Dame Zaynab, fille du bien-aimé Prophète Mohammad (sas)
Au Nom d’Allâh, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.
Ô Allâh, prie sur notre maître Muḥammad, celui qui a ouvert ce qui était fermé, qui a scellé ce qui avait précédé, le défenseur de la Vérité par la Vérité, le guide vers Ton droit chemin, ainsi que sur sa famille, selon sa valeur et son rang immense.
Dame Zaynab, fille du bien-aimé Prophète Mohammad
(que la prière et la paix d’Allah soient sur lui).
Zaynab était la fille aînée de l’Envoyé de Dieu (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) et de Khadija (qu’Allah les agrée). Sa naissance précéda de dix ans la révélation divine faite à son noble père (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). Quant à sa mère, elle entrait dans ses quarante-cinquièmes années (qu’Allah l’agrée).
Elle épousa son cousin Abû-l-Âs Ibnu Rabi’, qui faisait partie des hommes riches et honorables de la Mecque.
Ils eurent deux heureux événements, en premier lieu la naissance d’une fille dénommée Oumama et plus tard, un garçon prénommé Ali. Ces circonstances ont eu lieu juste avant l’Hégire du Messager de Dieu (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui).
Les premiers à croire à sa mission et à rallier l’Islam furent sa femme Khadija, Zaynab et ses sœurs, Ali fils de Abi Talib ainsi que Zaïd, fils de Harith (que Dieu les agrée), qui faisait partie de la famille du Messager de Dieu (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). Ce fut la première famille islamique.
De retour d’un voyage, Abû-l-Âs fut mis au courant au sujet de la nouvelle religion que son noble beau-père (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) devait communiquer au peuple, à savoir, l’adoration d’un Dieu unique. Zaynab (qu’Allah l’agrée) exhortait son époux à se rallier à sa foi. Hélas, il déclina l’offre, argumentant sur le fait que l’on dise qu’il a soi-disant abandonné la religion de ses aïeux pour l’Islam, et tout cela à cause de sa femme.
Les Qurayshites multipliaient leur agressivité à l’égard du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). Ce fut ainsi que les notables de Quraysh décidèrent, dans une proclamation, affichée à la Kaaba, d’organiser un blocus autour de la famille du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). Celui-ci, ses parents et ses adeptes furent isolés dans un terrain, non loin de la Mecque. Le blocus dura trois longues années.
Certes Zaynab (qu’Allah l’agrée) ne faisait pas partie de ceux qui avaient été bannis. Mais les nouvelles de sa famille lui parvenaient jusqu’à la maison de son mari. Elle ne pouvait qu’être peinée par l’état dans lequel son noble père (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui), sa mère et ses sœurs vivaient.
Cet isolement prit fin après que quelques personnalités mecquoises se révoltèrent contre le sort réservé au Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). Ils décidèrent d’arracher la proclamation des murs de la Kaaba. Enfin, si la vie relativement normale reprit son court, il n’en resta pas moins que ce blocus eut de néfastes répercussions sur la santé de son oncle Abu Talib et de sa femme Khadija (qu’Allah l’agrée).
En effet, Abu Talib qui accordait sa protection au Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui), mourut six mois après la fin du blocus, suivi trois jours après par la mort de Khadija (qu’Allah l’agrée). Ainsi, les premiers soutiens du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) disparurent.
Les idolâtres redoublèrent alors leur persécution jusqu’à ce que vint l’ordre du Messager de Dieu (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) d’émigrer. Une petite partie des fidèles se rendirent en Abyssinie dont sa sœur Ruqyiya (qu’Allah l’agrée). Le reste des fidèles finirent par quitter la Mecque pour se rendre à Médine, suivi plus tard par le Prophète Muhammad (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) et son fidèle compagnon Abou Bakr (qu’Allah l’agrée). Zaynab (qu’Allah l’agrée) demeura ainsi seule à la Mecque en compagnie de ses enfants.
Lors de la bataille de Badr, les musulmans étaient approximativement trois cents, alors que les Qoraychites furent un millier. Pourtant, les musulmans remportèrent la victoire avec l’aide du Tout-Puissant. Rentrant victorieux à Médine avec un butin et de nombreux prisonniers de guerre, parmi lesquels se trouvait Abû-l-Âs.
Les musulmans avaient exigé une rançon contre la liberté des captifs. A la Mecque, les Qorayshites se rendirent chez les parents des détenus, afin de réunir la rançon réclamée. Ils se rendirent chez Zaynab (que Dieu l’agrée) lui réclamant le prix de la rançon contre la liberté de son mari. Elle ne possédait que le bijou que Khadija (qu’Allah l’agrée) lui offrit lors de son mariage. Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) l’ayant reconnue, il pleura et expliqua aux musulmans les faits, leur demandant avec leur approbation la liberté d’Abû-l-Âs.
Abû-l-Âs rentra ainsi chez lui. Quand Zaynab (qu’Allah l’agrée) le vit, elle sauta de joie. Cependant, ces retrouvailles allaient être suivies par une nouvelle séparation. En effet, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) avait demandé que sa fille lui soit ramenée à Médine. Il n’était plus possible à une croyante d’être unie à un mécréant.
Il faut rappeler que les deux sœurs de Zaynab, Ruqiyya et Umm Kaltoum (qu’Allah les agrée), furent répudiées par leurs maris idolâtres. Par contre celui de Zaynab (qu’Allah l’agrée) refusa de divorcer malgré la promesse des notables de son clan de le marier le plus rapidement possible.
Malgré l’amour qu’elle portait à son mari, Zaynab (qu’Allah l’agrée) était une fille obéissante. Elle ne pouvait pas aller à l’encontre de la décision de son noble père (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui), d’autant plus qu’elle revêtait un caractère religieux. Enceinte, elle s’apprêta à émigrer, les préparations terminées, elle se mit en route en plein jour et devant les Qoraychites, accompagnée seulement par le frère de son conjoint. La nouvelle de son exode est parvenue aux oreilles des ennemis de l’Islam, et la blessure de la défaite était encore béante chez eux, et dont l’auteur n’était autre que son noble père (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui), il fallait se venger, ils envoyèrent quelques hommes pour les intercepter.
Ils finirent par les rejoindre hors de la Mecque. Le premier qui les aperçut fut Habbâru Ibn al-Aswad qui avait perdu à Badr ses trois frères. Il piqua de sa lance le chameau sur lequel était montée Zaynab (qu’Allah l’agrée). Le chameau se rua et fit tomber Zaynab (qu’Allah l’agrée) qui heurta un rocher tout prêt de là. Grand archer, son beau-frère s’était mis en position l’arc à la main, la défendant contre quiconque voulait s’approcher d’elle. À cet instant précis, Abou Soufyan, qui ne se trouvait non loin de là, intervint en disant :
« Ô Kinâna (le frère du mari de Zaynab), baisse ton arc. Nous avons à parler ! Je ne m’oppose pas au départ de Zaynab qui va rejoindre son père. Cependant, vous partez en plein jour, au vu et au su de tous alors que tu connais le malheur qui nous a frappés à Badr. En te laissant partir, les gens prendront cela comme une humiliation et une faiblesse de notre part. Retourne donc sur tes pas et attends que le calme revienne. Les gens sauront que nous nous sommes opposés à ce départ. Ensuite, tu reprendras Zaynab et tu la conduiras chez son père discrètement ».
Zaynab (qu’Allah l’agrée) était à terre, le sang coulant de sa blessure provoquée par sa chute. Kinâna fit demi-tour avec sa belle-sœur à la Mecque où malheureusement elle perdit son fœtus. Son mari resta avec elle jusqu’au moment où ses blessures se cicatrisèrent. Une fois ses forces revenues, elle quitta la Mecque avec son beau-frère. Cette fois, les poursuivants de la veille fermèrent leurs yeux.
Médine accueillit la fille du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) avec enthousiasme. Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) montra sa joie, d’un côté, mais il était courroucé par le traitement que les idolâtres avaient fait subir à sa fille.
Zaynab (qu’Allah l’agrée) vécut, au cours des six premières années à Médine, dans la sérénité, si ce n’est l’espoir d’apprendre un jour que son mari venait d’embrasser l’islam. C’est que depuis son arrivée auprès de son noble père (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui), des centaines et des centaines de gens avaient rejoint la religion de Dieu. Elle voyait que la victoire que le Très Haut avait promise à son Messager (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) était certaine.
Un matin, à l’heure de la prière du Fajr, elle entendit sa porte s’ouvrir lentement et avec précaution. Soudain, elle vit son mari, debout au seuil de la maison. Elle fut transportée de joie et cria : « Abû-l-Âs ! Abû-l-Âs ! ». Ces retrouvailles n’étaient pas toutes empreintes de joie. L’époux de Zaynab n’était pas venu à Médine en tant que musulman, mais comme fugitif. II demeurait toutefois associateur comme il l’était avant. Il lui donna alors les explications suivantes :
« Ô Zaynab ! Je ne suis pas à Yathrib en tant que musulman. Je revenais de Syrie avec une caravane transportant certaines marchandises à moi et d’autres à un groupe de Qurayshites. Au cours du chemin, une expédition militaire conduite par Zayd Ibn Harith et comprenant cent soixante-dix hommes nous intercepta. J’ai réussi à leur échapper. Je me suis caché jusqu’à la tombée de la nuit. À présent, je suis là en cachette et je me place sous ta protection ».
Zaynab (qu’Allah l’agrée) était angoissée. Elle ne savait quelle attitude prendre. Elle garda le silence et entendit son noble père (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) prononcer le takbîr de la prière de l’aube. À la fin de l’office, elle sortit au seuil de la porte et voyant les croyants sortir en groupe de la mosquée, elle cria :
« Ô vous les gens ! Sachez que j’ai sous ma protection Abû-l-Âs Ibn Rabi’ ».
L’Envoyé de Dieu (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) dit à son entourage :
« Avez-vous entendu ce que j’ai entendu ? » Ayant reçu une réponse positive, il ajouta « Par celui qui détient l’âme de Muhammad dans ses mains, je n’étais pas au courant de cette nouvelle jusqu’au moment où je l’ai entendue comme vous. » Il poursuivit après un court silence : « Je place sous ma protection ce que ma fille a placé sous sa protection ».
Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) entra chez sa fille. Dès que Zaynab (qu’Allah l’agrée) le vit, elle s’écria, attendant de lui son approbation et son soutien :
« Ô Envoyé de Dieu ! Si Abû-l-Âs est proche, c’est qu’il est le fils d’un oncle. Et s’il ne l’est pas, il reste le père d’un enfant. Je déclare qu’il est sous ma protection ».
Son généreux père (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) manifesta de la tendresse à sa fille. Cependant, il lui apprit qu’étant musulmane et lui associateur, elle n’était plus licite pour lui. Zaynab (qu’Allah l’agrée) comprit que l’union conjugale était à présent interdite par la religion de Dieu puisque celle-ci n’autorisait pas le mariage d’une croyante avec un idolâtre. Aussi, lui dit-elle d’un ton triste : « C’est le moment de notre séparation ». Abul-‘As se cacha le visage afin que son épouse ne voie pas les larmes qui coulaient sur ses joues. Après quoi, il leva la tête et lui dit d’un ton calme et pondéré :
« Hier, il m’a été proposé d’embrasser l’Islam et de prendre avec moi les biens que je transportais. Mais ces biens appartiennent aux associateurs. Aussi ai-je refusé d’obtempérer. C’est qu’il est malheureux que ma vie de musulman commence en trahissant la confiance de ceux qui m’ont remis leur dépôt. »
Zaynab (qu’Allah l’agrée) le regarda bien en face, cherchant à déchiffrer la pensée de son mari. Elle n’en croyait pas ses oreilles. Était-il vraiment disposé à embrasser l’Islam ? Ce serait vraiment une nouvelle des plus importantes, car ce serait leur retour à une vie conjugale commune.
Au matin, l’Envoyé de Dieu (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) envoya chercher Abu-l-‘As. Il se trouvait à la mosquée, entouré de quelques-uns de ses Compagnons parmi lesquels ceux qui avaient participé à l’expédition et s’étaient emparés des marchandises de la caravane. Il leur dit : « Comme vous le savez, cet homme est l’un de nous. Vous vous êtes saisie de sa marchandise. Si vous voulez lui rendre son bien, faites-le, mais si vous ne le voulez pas, gardez-le, car, faisant partie d’un butin de guerre, il est de votre droit de le garder ».
Tous, d’une même voix, répondirent : « Ô Envoyé de Dieu ! Nous lui rendons les biens que nous lui avons pris ».
Aussitôt dit, aussitôt fait. Tous les biens, sans exception, furent restitués.
Au moment de se dire adieu, Abu-l-‘As promit à l’Envoyé de Dieu (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) qu’il embrasserait l’Islam dès qu’il aurait remis les biens à leurs ayants droit.
Abu-l-‘As arriva à La Mecque. Les Mecquois étaient ravis de son retour avec des gains appréciables, conséquents à de fructueuses tractations commerciales. Il s’assura que tous avaient récupéré leurs biens. Puis, balayant du regard l’assistance, il dit avec calme et modération, mais d’une voix distincte pour qu’il puisse être entendu :
« Je témoigne qu’il n’y a point de divinité en dehors de Dieu et je témoigne que Mohammed est le serviteur et l’Envoyé de Dieu. » Il continua : « Si je n’ai pas donné mon adhésion à l’Islam alors que je me trouvais à Médine, c’est pour que vous ne disiez pas que je voulais m’accaparer de vos biens. À présent que je vous ai restitué votre dû, je me déclare musulman. »
Après quoi, il partit en direction de Médine, laissant le public abasourdi par cette sensationnelle nouvelle. Quant à lui, il resplendissait de joie, car il allait retrouver sa femme bien-aimée (qu’Allah l’agrée) et vivre auprès d’elle le restant de leurs jours. Arrivé à Médine, il se dirigea vers la mosquée où se trouvait le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). Sur son passage, les musulmans le saluaient et le félicitaient d’avoir embrassé l’Islam.
Mais lui, il était préoccupé par une seule idée : est-ce que l’Envoyé de Dieu (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) allait accepter une nouvelle union avec Zaynab (qu’Allah l’agrée) ? Étant musulman, rien ne s’opposait à ce qu’il vive sous le même toit que Zaynab (qu’Allah l’agrée). C’est pourquoi le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) prit son beau-fils par la main et le conduisit chez sa fille. C’était ainsi que le rempart, qui les avait désunis, avait été détruit et que la vie conjugale entre les deux époux reprit naturellement.
Hélas, une année après la reprise des liens conjugaux, Zaynab (qu’Allah l’agrée) mourut au début de l’an huit de l’Hégire. Cette fois, c’était une séparation définitive en ce monde.
C’est le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) qui la déposa dans sa tombe et on sait qu’il invoqua Allah en sa faveur.
Quant à Abû-l-`As, il survécut jusqu’au califat de `Umar (qu’Allah l’agrée).
Qu’Allah soit satisfait de Zaynab (qu’Allah l’agrée).
Ô Allah ! Prie sur notre seigneur Mohammed, Celui qui a ouvert ce qui était clos, et clos ce qui a précédé, le soutien de la Vérité par la Vérité, le guide vers Ton droit chemin, ainsi que sur sa noble famille, selon sa valeur et à la mesure de son immense dignité.
Le pauvre serviteur en Allâh et disciple de Cheikh Ahmed Tidjani (qu’Allâh sanctifie son précieux secret),
Mohammed El Mansour El Mohieddine Tidjani
