Saïda`Aïcha, fille d’Abu Bakr (qu’Allâh l’agrée)

Au Nom d’Allâh, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.

Ô Allâh, prie sur notre maître Muḥammad, celui qui a ouvert ce qui était fermé, qui a scellé ce qui avait précédé, le défenseur de la Vérité par la Vérité, le guide vers Ton droit chemin, ainsi que sur sa famille, selon sa valeur et son rang immense.

Saïda`Aïcha, fille d’Abu Bakr qu’ALLAH soit satisfait d’elle (1ère Partie).   

La solitude, puis les mariages du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui).

Depuis la mort de Khadija (qu’Allah l’agrée), les jours s’écoulaient chargés du poids de la mission prophétique. Quant aux nuits, elles s’emplissaient du souvenir de la disparue. Ainsi, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) demeurait sans compagne. De leur côté, ses compagnons observaient sur lui les effets de la tristesse. Ils auraient souhaité le voir briser sa solitude en se mariant le plus tôt possible.

Cependant, aucun des Compagnons ne prenait le courage de l’entretenir d’une éventuelle union. Il a fallu qu’un soir Khalwa Bint Hakim as-Salmiyya aille chez lui et lui dit :

« Ô Envoyé de Dieu ! Je te vois plongé dans la plus totale des tristesses depuis la mort de Khadija ».

Elle l’observa un moment, puis soudain, elle lui proposa de se remarier. Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) la regarda en silence, écoutant la voix de son cœur plein de souvenirs de la défunte. Il se rappela alors du jour, voilà plus de vingt ans, où Nafisa Bint Muniyya vint à lui pour lui parler de mariage et lui présenter une éventuelle union avec Khadija (qu’Allah l’agrée).

Quelque temps après, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) leva la tête et dit : « Qui épouserais-je après Khadijah ? »

La demande en mariage  

Ainsi, quand Khalwa proposa à l’Envoyé de Dieu (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui), le nom de `Aïcha, le cœur de celui-ci s’épanouit en raison du fort lien d’amitié qui le liait à Abu Bakr (qu’Allah les agrée). Aussi avant d’aller chez Sawda, Khalwa se rendit d’abord à la maison de celui qui allait être le premier calife de l’Islam, après la mort du sceau des envoyés. Elle trouva Umm Rûman, la mère de `Aïcha (qu’Allah l’agrée) et lui dit qu’elle venait lui annoncer une heureuse nouvelle.

« L’Envoyé de Dieu m’a envoyé pour demander la main de `Aïcha. »

La mère se réjouit de cette annonce et appela son mari. Dès que celui-ci fit son apparition, Khalwa répéta le motif de sa mission. Abu Bakr (qu’Allah l’agrée) fut surpris et dit : « Le Prophète et moi, nous nous sommes toujours considérés comme des frères. `Aïcha est donc sa nièce. Comment peut-elle se marier à lui ? »

Khalwa revint voir le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) et l’informa des inquiétudes d’Abu Bakr. Elle reçut cette réponse :

« Dis à Abu Bakr qu’il n’est pas mon propre frère, mais seulement mon frère en islam. L’Islam n’interdit pas le mariage avec la fille d’un tel frère. »

Abu Bakr (qu’Allah l’agrée) demanda quelques instants de réflexion et sortit de la maison. Umm Ruman expliqua à Khalwa la raison du départ de son mari : Mat’am Ibn Addi avait sollicité la main de `Aïcha (qu’Allah l’agrée) pour son fils Jabir. Or Abu Bakr n’avait pas pour habitude de faillir aux promesses qu’il donnait. Et cette fois encore, il voulait s’assurer que les choses s’arrangeraient.

Abu Bakr (qu’Allah l’agrée) entra chez Mat’am et trouva avec lui sa femme, Umm Jabir, qui était encore idolâtre. Celle-ci prit la parole :

« Ô Abu Bakr ! il est possible qu’en mariant notre fils à ta fille, celle-ci le fasse entrer dans sa religion que toi-même tu partages ? »

Abu Bakr (qu’Allah l’agrée) ne lui répondit pas, mais se tourna vers le mari pour lui demander ce qu’il en pensait.

« Mon opinion, dit-il, est celle que tu as entendue de ma femme. »

Abu Bakr (qu’Allah l’agrée) sortit de chez Mat’am, l’air soulagé. Il ne pouvait pas donner sa fille à un idolâtre. C’est dire que sa promesse tombait à l’eau. Arrivé auprès de Khalwa, il lui demanda d’inviter le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui).

L’Envoyé de Dieu (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) répondit à l’invitation. Ce fut alors que l’accord de son union avec `Aïcha (qu’Allah l’agrée) était conclu, alors qu’elle n’avait que six ou sept ans. La dot avait été fixée à cinq cents dirhams.

Portrait du père et de la mère de `Aïcha (qu’Allah l’agrée)

Les membres de la famille de `Aïcha (qu’Allah l’agrée), les Banu Taym étaient connus pour leur générosité, leur courage, leur fidélité et leur opinion juste et sensée. Ils étaient donnés en exemple pour leur bonté envers leurs femmes et l’excellent traitement qu’ils leur réserveraient.

De plus, Abu Bakr (qu’Allah l’agrée) était renommé pour sa bonne moralité, sa douceur et sa sensibilité. C’était un commerçant avisé, droit et honnête. À ce titre, il avait gagné la confiance des Mecquois. À cela, il faut ajouter qu’il a été le premier homme à répondre à l’appel de l’Islam. Il s’adonna au service de la religion avec son corps, son esprit et ses biens. Il recruta même d’autres adeptes tels que Uthman Ibn Affan, az-Zubayr Ibn al-Awwam, Abd ar-Rahman Ibn ‘Awf, Sa’d Ibn Abi Waqqas, Talha Ibn ‘Ubayd Allah, etc. (qu’Allah les agrée). Ils font tous partie des dix musulmans auxquels le Paradis avait été promis. Que Dieu les ait en Sa miséricorde.

D’Abu Bakr (qu’Allah l’agrée), le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) avait dit :

« Je n’ai pas appelé une seule personne à l’Islam sans qu’elle ne refuse, n’émette des objections ou manifeste des hésitations, exception faite d’Abu Bakr Ibn Qouhafah. Quand je lui ai fait la proposition, il l’accepta sans aucune hésitation. »

Il ajouta : « Il n’y a pas de fortune qui m’a été autant utile que celle d’Abu Bakr. » Il est vrai que cet ami sincère et dévoué lui avait dit : « Ô Envoyé de Dieu ! Est-ce que mes biens et moi-même ne t’appartenons pas ? »

Quant à la mère de `Aïcha, Umm Rûman, fille de Amir al-Kinaniya, elle appartenait au nombre des illustres Sahabiyat (qu’Allah l’agrée). Au temps de la jahiliya, elle épousa Abd Allah Ibn al-Harith al-Asadi. Elle eut de lui un garçon nommé at-Tufayl. À sa mort, elle s’unit à Abu Bakr et, de leur union, deux enfants virent le jour : `Aïcha et Abd ar-Rahman (qu’Allah les agrée).

Elle émigra à Médine quand le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) et son compagnon Abu Bakr (qu’Allah l’agrée) furent bien installés. Elle mourut du vivant du Sceau des envoyés. Celui-ci visita sa tombe et, après avoir imploré le pardon de Dieu pour elle, dit : « Ô Seigneur Dieu ! Tu n’es pas sans savoir ce que Umm Ruman a enduré pour Toi et pour Ton Messager. »

Quant à `Aïcha (qu’Allah l’agrée), elle naquit à la Mecque, quatre ou cinq ans après le début de la révélation. Elle embrassa l’Islam, ainsi que sa sœur Asma, avant même sa maturité. C’était l’époque où les musulmans ne constituaient qu’un petit et faible groupe.  Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) l’a connu depuis sa tendre enfance. Il l’observa grandir et s’épanouir. Chaque fois qu’il voyait la mère, il lui demandait de prendre bien soin de sa fille. Un jour qu’il vit `Aïcha (qu’Allah l’agrée) avec un air fâché et renfrogné, il dit : « Ô Umm Ruman ! Ne t’avais-je pas conseillé de prendre bien soin d’elle ?»

L’émigration vers Médine  

Arriva le jour où le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) reçut l’ordre d’émigrer à Médine. Abu Bakr (qu’Allah l’agrée) attendait avec impatience et souhaitait être celui qui accompagnerait son ami dans cette traversée du désert. Le Prophète annonça ce départ et c’est ainsi que les deux compagnons montèrent sur leurs chameaux et se dirigèrent vers Médine.

Les notables Quraychites promirent cent chameaux à celui qui les arrêterait. Mais le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) et Abu Bakr (qu’Allah l’agrée) arrivèrent à Médine sain et sauf et furent accueillis triomphalement. Quelques semaines plus tard, Abu Bakr (qu’Allah l’agrée) envoya un mot à son fils Abdullah, lui disant de conduire la famille du Prophète, sa propre mère et ses sœurs à Médine. `Aïcha (qu’Allah l’agrée) vécut chez ses parents pendant huit mois à Médine.

La Maladie  

Au début, le climat de Médine ne convenait pas à beaucoup de réfugiés qui tombèrent malades. Abu Bakr (qu’Allah l’agrée) était l’un d’eux. Il avait une forte fièvre. `Aïcha (qu’Allah l’agrée) prenait soin de lui, jour et nuit. L’état de Abu Bakr (qu’Allah l’agrée) devint sérieux. Il était couché désespérément et répétait sans cesse ces mots : « Chacun se voit pris au piège sous les yeux de sa famille. La mort est plus proche que les lacets de ses chaussures » `Aïcha (qu’Allah l’agrée) alla voir le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) et elle lui demanda de prier pour la santé de son père. Il le fit et Abu Bakr (qu’Allah l’agrée) se sentit ensuite mieux.

Quelque temps après, `Aïcha (qu’Allah l’agrée) tomba malade. Sa maladie était grave aussi. Le père affectueux s’asseyait près de son lit jour et nuit. Finalement, la fièvre tomba et elle commença à guérir. Cependant, la maladie fut tellement sérieuse qu’elle perdit ses cheveux.

Le départ de la maison de ses parents  

Quand `Aïcha (qu’Allah l’agrée) fut complètement guérie, Abu Bakr (qu’Allah l’agrée) vint au Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) et lui aborda la question du mariage. Il fallait à présent concrétiser l’acte conclu à la Mecque trois années auparavant. Il lui dit :

« Messager d’Allah, pourquoi ne prends-tu pas ta femme dans ta propre maison maintenant ? »

« Je n’ai pas d’argent pour payer la dot ! » répondit le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui).

« Tu peux m’emprunter l’argent. » dit Abu Bakr (qu’Allah l’agrée)

Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) lui emprunta ainsi cinq cents dirhams et envoya l’argent à `Aïcha (qu’Allah l’agrée).

Le jour suivant, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) envoya quelques femmes Ansari chercher `Aïcha (qu’Allah l’agrée). Quand elles arrivèrent chez Abu Bakr, `Aïcha jouait. Sa mère la baigna, la coiffa et la conduisit dans la chambre où se trouvaient des femmes qui s’écrièrent en chœur : « Pour toujours et dans la joie, soit la bienvenue ! ».

Pendant ce temps, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) arriva. Il n’y avait dans la maison qu’un bol de lait. On le lui offrit. Il prit le bol de lait et en but une gorgée. Il passa ensuite le lait à Aïcha (qu’Allah l’agrée) qui, timidement, en fit de même.

Après cette simple cérémonie, `Aïcha (qu’Allah l’agrée) embrassa ses parents et alla vivre avec son glorieux mari.

La Maison de `Aïcha (qu’Allah l’agrée)

Du côté est de la mosquée du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui), il y avait une rangée de petites habitations en boue. C’était les demeures du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui), qu’occupaient ses femmes.

La chambre de `Aïcha (qu’Allah l’agrée) avait dix pieds de long, avec des murs en boue et le sol en terre. Elle avait un toit de chaume, de feuilles et de branches de datte. Le toit était si bas qu’on pouvait facilement le toucher. L’unique porte donnait sur la mosquée et était fermée par un simple rideau. Le mobilier consistait en un matelas, un oreiller de fibres de dattiers, un tapis, deux jarres, l’une pour les dattes, l’autre pour la farine, ainsi qu’une cruche pour l’eau et un bol. Il y avait aussi une lampe à huile, qui, faute d’huile, ne fonctionnait pas souvent.

La cour de la mosquée servait aussi de cour à la chambre. Pendant le mois de Ramadan, quand le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) s’asseyait pour l’Itikaf, il s’asseyait près de la chambre. Il mettait sa tête à l’intérieur pour se faire coiffer les cheveux. S’il avait besoin de quelque chose, il tendait la main et `Aïcha (qu’Allah l’agrée) le lui donnait.

Une éducation minutieuse commence

L’éducation d’Aïcha (qu’Allah l’agrée) se fit sous les soins du meilleur professeur de l’histoire. Avec un but défini, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) commença à façonner l’esprit de la femme qui était destinée à transmettre et à interpréter ses enseignements au monde féminin.

Avec une ardeur étonnante, `Aïcha (qu’Allah l’agrée) plaça ses remarquables talents au service de son éducation. Chacune des vertus humaines se trouvait achevée à la perfection dans la personnalité du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). Dès que le Prophète entrait dans sa chambre, elle commençait à poser toutes sortes de questions. La porte de la chambre donnait sur la cour de la mosquée. Quand le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) s’asseyait dans la mosquée pour enseigner aux gens et leur expliquer des choses, `Aïcha (qu’Allah l’agrée) restait près de la porte et écoutait chaque mot qu’il disait. Le résultat était une connaissance étonnamment large et une profonde compréhension. Très peu de compagnons pouvaient égaler `Aïcha (qu’Allah l’agrée) dans la compréhension du Qur’an et de la Sunna.

L’esprit de recherche de `Aïcha (qu’Allah l’agrée) rendait un service permanent à l’Islam. Ses questions étaient la source de lumière à plusieurs problèmes importants. Voici quelques exemples :

Combattre pour la cause d’Allah est le devoir de tout musulman. Un jour `Aïcha (qu’Allah l’agrée) demanda : « Ô Messager d’Allah, les femmes devraient-elles aller aux champs de bataille, tout comme les hommes ? »

« Non, le Pèlerinage est suffisant pour elles ! » répondit le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui).

Un jour, elle demanda : « Messager d’Allah, le consentement d’une femme est-il nécessaire avant le mariage ? » « Oui ! », fut la réponse. « Mais les filles sont généralement trop timides pour exprimer leur consentement ! », continua `Aïcha (qu’Allah l’agrée). « Leur silence traduit leur consentement », expliqua le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui).

Une fois, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) déclara : « Suivez la voie du milieu. Essayer de rapprocher les gens. Dites-leur qu’ils entreront au Paradis, non seulement par mérite, mais par la grâce Divine ! »

Cette annonce sonnait étrange aux oreilles de `Aïcha (qu’Allah l’agrée). Aussi, demanda-t-elle : « Messager d’Allah, est-ce que cela s’applique à toi aussi ?» « Oui, répondit le Prophète, moi aussi je prie pour la faveur d’Allah et son pardon. »

Un jour, quelqu’un avait volé quelque chose appartenant à `Aïcha (qu’Allah l’agrée). Elle maudit le voleur. En entendant l’injure, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) dit : « N’enlève pas le péché de cette personne et ta propre récompense en proférant ces injures ! »

Cette éducation continuait jour et nuit. `Aïcha (qu’Allah l’agrée) est entrée dans la maison du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) à neuf ans et elle avait 18 ans à sa mort. Elle a donc passé les neuf années les plus formatives d’une vie sous les soins affectueux du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). Elle était la seule femme vierge qu’il avait épousée. Ses co-épouses étaient toutes des veuves, bien éduquées dans les manières, dans les maisons de leurs premiers maris. `Aïcha (qu’Allah l’agrée) arriva au Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) avec un esprit neuf et flexible.

L’Amour pour le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui)

`Aïcha (qu’Allah l’agrée) débordait d’amour pour son noble mari (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). Elle aimait le servir. Même quand elle avait une servante pour l’aider, elle préférait faire les choses de ses propres mains. Elle moulait elle-même la farine, la pétrissait et faisait le pain. C’était elle qui faisait le lit et lavait le linge du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). C’était elle qui préparait le Miswak et l’eau pour l’ablution.

La dévotion de `Aïcha (qu’Allah l’agrée) était si grande qu’elle aimait tout ce qu’il aimait et détestait ce qu’il détestait.

Une fois, elle reçut un rideau imprimé à portraits d’hommes et d’animaux. La vue même du rideau fit rougir le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). En demandant ce qui n’allait pas, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) dit : « Les anges n’entrent pas dans une maison où il y a des images d’hommes et d’animaux. » `Aïcha (qu’Allah l’agrée) enleva immédiatement les rideaux.

Un jour, un compagnon devait donner une fête de mariage, mais n’avait pas d’argent pour le faire. Il rechercha l’aide du Prophète. « Allez chez `Aïcha, dit-il, et dites-lui de vous donner un panier de grains. » `Aïcha (qu’Allah l’agrée) obéit, bien que cela la laissât sans nourriture pour la nuit.

La dévotion de `Aïcha (qu’Allah l’agrée) était telle que l’absence du Prophète la rendait inquiète. Elle se leva une nuit, et ne trouvant pas le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) dans son lit, commença à tâtonner dans l’obscurité. Sa main toucha son pied. Elle comprit qu’il était occupé dans la prière. Une autre fois, elle fut réveillée par le bruit de la porte. « Le Prophète est parti », pensa-t-elle. « Mais où pourrait-il aller ? Peut-être chez une autre femme ! » `Aïcha (qu’Allah l’agrée) le suivit furtivement. Il se dirigea vers le cimetière de Médine et s’abandonna aux prières. « Puissent mes parents mourir pour lui ! » soupira `Aïcha (qu’Allah l’agrée). « Comme la réalité était loin de mon imagination ! » Il arrivait fréquemment que le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) s’endormît avec sa tête sur les genoux de `Aïcha (qu’Allah l’agrée). Elle ne bougeait pas pour ne pas déranger son sommeil.

L’épouse préférée du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui)

L’Amour de `Aïcha (qu’Allah l’agrée) était pleinement récompensé. De toutes les femmes, elle était la préférée. Dans toute chose, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) traitait ses femmes de manière égale, mais il ne pouvait leur rendre un amour équivalent. En cela, `Aïcha (qu’Allah l’agrée) dépassait les autres. C’est pourquoi le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) disait souvent : « Seigneur, je fais avec justice tout ce qui est en mon pouvoir, mais pardonne-moi pour ce qui est au-dessus de mon contrôle ! »

Du pain trempé dans la soupe était le plat préféré des Arabes de cette époque. Le Prophète comparait Aïcha (qu’Allah l’agrée) à ce plat. Une fois, il déclara (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) : « Parmi les hommes, beaucoup ont atteint la perfection, mais parmi les femmes, Marie fille d’Imran et Assya femme de pharaon, sont les seuls exemples. Aïcha a la même supériorité sur les femmes que le taourid sur les autres plats. »

Une fois, Amr ibn al-As demanda au Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) : « Messager d’Allah ! Qui aimez-vous le plus ? » « `Aïcha », fut la réponse. « Ô Messager d’Allah, ma question concernait les hommes. » « Le père d’Aïcha », répondit le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui).

Une fois, `Aïcha (qu’Allah l’agrée) accompagna le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) au cours d’un voyage. Le chameau sur lequel elle était montée s’échappa et s’enfuit avec elle. Cela rendit le Prophète si agité, qu’il cria : « Ô ma femme ! » Tant que le chameau ne fut pas pris, il était inquiet.

Les compagnons (qu’Allah les agrée) connaissaient l’attention spéciale du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) pour Aïcha (qu’Allah l’agrée). Ils envoyèrent généralement de la nourriture le jour où il était chez `Aïcha (qu’Allah l’agrée). Les co-épouses n’appréciaient pas cela. Elles poussèrent Fatima (qu’Allah l’agrée), la fille du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui), à transmettre leur point de vue à son noble père (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). Elle lui parla de la question, mais la réponse fut : « Ô Fatima, j’aime celle que vous n’aimez pas ! »

La remarque fit taire Fatima (qu’Allah l’agrée). Sa belle-mère la poussa une nouvelle fois à faire un deuxième essai, mais elle refusa. À la fin, les coépouses persuadèrent l’une d’entre elles, Oum Salma (qu’Allah l’agrée) de porter le problème au Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). Elle était une femme de tact. Trouvant une occasion un jour, elle posa le cas au Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) : « Oum Salma, répondit-il, ne dit rien contre Aïcha. Elle est la seule femme dans le lit de laquelle, j’ai reçu une Révélation. »

Un jour de l’Aïd, des noirs d’Abyssinie se livraient à la gaieté. Ils s’entrainaient avec des lances. `Aïcha (qu’Allah l’agrée) voulait voir le spectacle. Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) se mit debout devant elle afin qu’elle puisse voir d’au-dessus de ses épaules. Il resta debout ainsi aussi longtemps que `Aïcha (qu’Allah l’agrée) fut intéressée par le spectacle.

Une fois, un voisin perse invita le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) à diner. « Est-ce que `Aïcha est invitée ? » demanda-t-il. « Non », répondit l’homme. « Je ne peux pas accepter l’invitation », dit alors le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). L’homme revint et offrit une invitation à `Aïcha (qu’Allah l’agrée) aussi. Cette fois, l’invitation fut acceptée et tous deux allèrent ensemble au dîner.

Au retour du pèlerinage de l’Adieu, ‘ Aïcha refusa d’alourdir son chameau avec les bagages d’une autre épouse comme le lui a demandé le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). Celui-ci lui proposa : « Veux-tu que Abu Ubayda arbitre entre nous ? – Non-dit-elle, il ne me donnera jamais raison contre toi ! – Alors ‘Umar ? proposa-t-il. – Oh non ! J’ai peur de lui ! Même Satan a peur de lui ! – Eh bien, veux-tu que ce soit ton père, Abu Bakr ? » Elle y consentit et on fit appeler Abu Bakr (qu’Allah l’agrée), qui, apprenant la cause de l’incident et l’entêtement de sa fille avant même que le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) n’ait terminé son exposé et que Aïcha puisse défendre sa cause – leva la main et la gifla… Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) l’arrêta en disant : « Je n’ai pas voulu cela. » Il se leva et lava de ses mains le visage et la robe de sa jeune épouse. [Rapporté par Boukharî]

Une autre fois, `Aïcha (qu’Allah l’agrée) était avec le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) lors d’un voyage. Les compagnons (qu’Allah les agrée) étaient tous devant et eux, très en arrière. « Faisons une course ! », suggéra le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). Ils coururent et `Aïcha (qu’Allah l’agrée) gagna parce qu’elle était plus mince. Des années plus tard, `Aïcha (qu’Allah l’agrée) perdit parce qu’elle avait grossi. « `Aïcha, dit le Prophète, nous sommes à égalité maintenant ! »

Une fois elle demanda au Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) : « Comment est ton amour pour moi ? ». Il lui répondit : « Comme le nœud de la corde », voulant ainsi dire qu’il était fort et sûr. À maintes reprises ensuite elle lui demanda comment était le nœud, il lui répondait : « Toujours inchangé ».

Le vrai secret  

Certains pensaient que l’amour du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) pour `Aïcha (qu’Allah l’agrée) était dû à sa beauté. Il est vrai que `Aïcha (qu’Allah l’agrée) était jolie. Elle avait un beau teint et un corps mince. Mais quelques co-épouses étaient plus jolies. Zaynab, Jouwayriya et Safya (qu’Allah les agrée) étaient décidément bien plus belles qu’elle. Le vrai secret de l’amour du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) ne devrait pas être cherché dans le charme physique, mais dans les hautes qualités de `Aïcha (qu’Allah l’agrée).

Ce point de vue se renforce quand on se souvient que le Prophète aimait évoquer la mémoire de sa défunte femme, Khadija (qu’Allah l’agrée). Sa mémoire était encore si chère à son cœur, qu’il parlait toujours d’elle avec les mots les plus gentils, à tel point que `Aïcha (qu’Allah l’agrée) l’enviait. Une fois, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) commença à louer sa mémoire pendant un long moment. À cela, `Aïcha (qu’Allah l’agrée) dit : « Ô Messager d’Allah, pourquoi autant parler d’une vieille femme Qouraïchite ? Allah vous a donné de meilleures femmes. »

Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) changea de couleur et lui dit : « Elle fut l’épouse qui a cru en moi quand d’autres m’ont rejeté. Quand les gens m’accusaient de mentir, elle a affirmé ma sincérité. Quand j’ai été abandonné, elle a dépensé sa richesse pour soulager le poids de ma douleur. Elle m’a donné des enfants alors que les autres femmes ne m’en ont pas donné. »

Ces faits montrent que seulement les hautes qualités de caractère pouvaient compter pour `Aïcha, dans l’esprit du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). Elle était douée de talents extraordinaires que l’éducation et l’instruction avaient développés à l’extrême. Tout ceci faisait de `Aïcha la femme la plus accomplie du siècle et donc la femme favorite du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui).

Dévotion pour Allah  

Si `Aïcha (qu’Allah l’agrée) aimait quelqu’un plus que le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui), c’était Allah le Tout-Puissant. En cela, comme en d’autres choses, elle suivait l’exemple du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) lui-même.

Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) aimait `Aïcha (qu’Allah l’agrée) plus que tout autre. Mais cet amour n’était rien en comparaison de son amour pour Allah. `Aïcha (qu’Allah l’agrée) elle-même disait qu’aussitôt que se faisait l’appel à la prière, il se levait et s’en allait comme s’il n’avait rien à faire avec elle. Au moment où il entrait dans la maison, il disait : « Si un homme obtient deux vallées pleines d’or, il en aurait désiré encore une autre. Seule la poussière peut remplir son ventre. Allah a créé plusieurs formes de richesse pour lesquelles nous le remercions et que nous donnons aux pauvres. Allah se penche vers celui qui se penche à lui. »

Le but de cette constante déclaration était de rappeler à sa famille que les richesses de ce monde ne comptaient pas.

Même chez lui, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) était souvent pris dans le souvenir d’Allah. Quand il rentrait de la prière du soir, il se brossait les dents avec du miswak et se mettait au lit. Au milieu de la nuit, il se levait et commençait à prier. Avant l’aube, il réveillait `Aïcha (qu’Allah l’agrée) qui le rejoignait dans la prière. Après l’aube, il offrait deux rakaats de la prière du matin. Ensuite, il s’allongeait sur son côté pendant quelques minutes et se rendait à la mosquée pour la prière. Il n’était pas rare pour le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) et `Aïcha (qu’Allah l’agrée) de passer toute la nuit en prières, pleurant et demandant le pardon d’Allah. Pendant ces prières, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) récitait de longs chapitres du Coran.

Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) jeûnait très souvent. `Aïcha (qu’Allah l’agrée) aussi jeûnait avec lui. Pendant les dix derniers jours de Ramadan, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) s’asseyait dans la mosquée pour l’Itikaf. On dressait une tente pour lui dans la cour de la mosquée. Quelques fois, `Aïcha (qu’Allah l’agrée) aussi s’asseyait pour l’Itikaf et une tente séparée était dressée pour elle.

Cet acte rendit `Aïcha (qu’Allah l’agrée) profondément pieuse. Même après la mort du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui), la prière et le jeûne étaient les deux choses les plus chères à `Aïcha (qu’Allah l’agrée). Une fois elle jeûna la veille de la fête du sacrifice, il faisait extrêmement chaud et elle perdit connaissance. Les gens vidèrent de l’eau sur sa tête. Quelqu’un suggéra qu’elle rompe le jeûne. Elle répondit : « Comment puis-je faire cela ? J’ai entendu le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) dire que jeûner ce jour lave les péchés de l’année précédente. »

`Aïcha (qu’Allah l’agrée) ne manquait jamais son Hajj annuel, parce qu’elle avait entendu le Messager d’Allah dire que le Pèlerinage à la Mecque apporte la même récompense aux femmes que la guerre sainte aux hommes.

Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) ne se souciait jamais de garder quoi que ce soit. `Aïcha (qu’Allah l’agrée) a suivi fidèlement cette pratique durant toute sa vie. Elle recevait une bonne pension de la part des Califes, mais elle la distribuait aussitôt aux nécessiteux.

Les relations humaines

`Aïcha (qu’Allah l’agrée) avait de très bonnes relations avec tous les membres de la famille du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). Elle devait traiter avec huit co-épouses. Mais elle n’avait que de la bienveillance pour toutes.

Sawdah était en si bons termes avec `Aïcha, qu’elle lui céda volontairement son tour, et concernant Hafsa, elle avait des relations de sœur (qu’Allah les agrée).

Umm Salma, comme `Aïcha, était remarquable par ses qualités intellectuelles. Malgré son âge avancé, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) avait une grande attention pour elle. Et il y avait une parfaite entente entre elle et `Aïcha (qu’Allah les agrée).

Juwayriyya (qu’Allah l’agrée) était la plus attirante. Quand elle est entrée dans la maison du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui), `Aïcha (qu’Allah l’agrée) craignait qu’elle n’attire en premier l’attention du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). Mais sa crainte était mal fondée. Aïcha (qu’Allah l’agrée) continuait à occuper la première place dans le cœur du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui).

Zaynab (qu’Allah l’agrée) était la cousine du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) et elle se considérait la plus importante de toutes les femmes. Elle se mettait en colère facilement. Une nuit, elle était assise chez `Aïcha (qu’Allah l’agrée). Il n’y avait pas de lumière. Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) entra et se dirigea vers Zaynab. `Aïcha (qu’Allah l’agrée) s’écria : « C’est Zaynab ! » Ce qui rendit celle-ci furieuse. Elle dit beaucoup de choses peu aimables sur Aïcha (qu’Allah l’agrée) qui rétorqua. Mais la discussion s’arrêta là. Elles ne manifestèrent plus de mauvaise volonté l’une envers l’autre.

Une fois, Zaynab (qu’Allah l’agrée) appela Safiya « une juive ». Cela déplut tellement au Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) qu’il ne parla plus à Zaynab (qu’Allah l’agrée) pendant deux mois. À la fin, Zaynab rechercha l’aide de `Aïcha (qu’Allah l’agrée). Elle traita le sujet avec une telle habilité, que la faute de Zaynab (qu’Allah l’agrée) fut pardonnée.

Quand les hypocrites portèrent une fausse accusation sur `Aïcha (qu’Allah l’agrée), le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) rechercha l’opinion de Zaynab. « Je ne vois que de la vertu en `Aïcha », déclara Zaynab (qu’Allah l’agrée).

À la mort de Zaynab, voici ce qu’a dit `Aïcha (qu’Allah les agrée) : « Je n’ai pas connu de femme plus honnête, plus religieuse, plus pieuse, plus véridique, plus généreuse et qui craigne le plus Allah que Zaynab. Elle se mettait facilement en colère, mais elle s’excusait toujours par la suite. »  L’opinion de `Aïcha sur Maymuna (qu’Allah les agrée) : « Elle était la plus pieuse de nous »

Quand Oum Habiba était sur le point de mourir, elle fit appeler `Aïcha et dit (qu’Allah les agrée) : « En vivant ensemble, il est naturel que des désaccords surgissent quelquefois. S’il te plait, oublie et pardonne ce qui a pu y avoir ! »

« Qu’Allah te pardonne et te libère de tout blâme ! » répondit `Aïcha (qu’Allah l’agrée).

« Tu m’a rendue heureuse à la fin de ma vie, dit la femme mourante, qu’Allah te rende toujours heureuse ! »

Au sujet de Safya (qu’Allah l’agrée), elle disait : « C’est la meilleure cuisinière que j’ai connue. »

Bref, `Aïcha (qu’Allah l’agrée) rendait à chaque co-épouse ce qui lui était dû. Avec un esprit ouvert, elle appréciait les vertus de chacune. Il était naturel que des mésententes se produisissent quelquefois, mais elles n’étaient que passagères.

`Aïcha (qu’Allah l’agrée) n’avait pas d’enfant d’elle-même. Il était d’usage en Arabie d’être appelé par le père ou la mère d’un tel. Ces noms étaient une marque de noblesse. `Aïcha (qu’Allah l’agrée) s’occupa tellement de son neveu Abdullah que le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) la surnomma « Oum Abdullah ». `Aïcha (qu’Allah l’agrée) adopta et éleva également une fille Ansari. Quand elle fut grande, elle la donna en mariage.

`Aïcha (qu’Allah l’agrée) avait aussi quatre belles-filles. Elles étaient toutes plus âgées qu’elle ; la plus jeune, Fatima, avait cinq ans de plus qu’elle. Zaynab, Ruqiyya, Oum Kalthoum étaient déjà mariées quand `Aïcha entra chez le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). Fatima (qu’Allah l’agrée) se maria un an plus tard. Toutes deux vivaient ensemble très amicalement.

`Aïcha (qu’Allah l’agrée) s’est beaucoup occupée du mariage de Fatima. C’est elle qui a plâtré les murs de sa maison, rembourré les oreillers avec des fibres de dattes et préparé ce qu’elle allait avoir comme dot. Quand le marié arriva, `Aïcha (qu’Allah l’agrée) lui offrit des dattes et des raisins. Après cela, `Aïcha (qu’Allah l’agrée) disait souvent : « Je n’ai jamais vu un meilleur mariage que celui-là. »

`Aïcha (qu’Allah l’agrée) avait la plus grande admiration pour Fatima (qu’Allah l’agrée). Voici ce qu’elle pensait de Fatima (qu’Allah l’agrée) : « À la seule exception de son père, je ne connais personne, meilleure que Fatima. Elle ressemblait beaucoup à son père en tout. Quand elle visitait son père, il se mettait debout immédiatement, lui baisait la main et lui laissait sa place. De la même façon, quand il allait la voir, elle se levait, l’embrassait et lui cédait sa place. »

Deuxième partie

Les Hypocrites  

L’Islam a réalisé un miracle à Médine. À partir des petits groupes humains qui se faisaient la guerre, la nouvelle religion avait créé un sentiment solide de fraternité, au service ce Dieu et de l’homme. Pour la première fois dans l’histoire, une démocratie spirituelle était née. La République de Médine se dressait pour la gloire d’Allah et la dignité de l’homme. Cela ouvrit une époque d’or pour la ville qui a été, longtemps, le lieu de luttes interminables et de misère humaine.

Les habitants de Médine étaient reconnaissants à Allah, pour cette faveur singulière. Cependant, il y avait un groupe d’habitants qui étaient mécontents. Il s’agit des hypocrites, avec Abdoullah Ibn Oubbay à leur tête. Cet homme projetait de se déclarer Roi de Médine avant l’arrivée du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). Les espoirs d’Abdoullah s’envolèrent pour toujours, il n’avait maintenant aucune chance de réaliser son rêve, ce qui le rendit, ainsi que ses valets, amers envers l’Islam.

Mais il était impossible de défier l’Islam ouvertement. Abdoullah Ibn Oubbay et ses partisans agirent alors par dissimulation. Ils professaient extérieurement être musulmans, mais ils s’occupaient secrètement à détruire le pouvoir de l’Islam. Pour cela, ils se servaient de différentes armes. Dans la bataille d’Uhud et du fossé, ils désertèrent les musulmans. Mais l’Islam résista avec succès. Les hypocrites décidèrent alors d’utiliser des armes plus subtiles.

La Fausse Accusation  

L’événement se produisit en l’an VI de l’hégire. `Aïcha (qu’Allah l’agrée) était maintenant une jeune femme de quatorze ans. Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) se prépara à aller en expédition militaire. Selon son habitude, il tira au sort l’épouse qui devait l’accompagner. Ce fut `Aïcha (qu’Allah l’agrée) qui fut choisie et partit avec lui, heureuse et tranquille.

À son retour victorieux de cette expédition, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) retourna à Médine à la tête de son armée qui entonnait des chants célébrant leur triomphe sur l’ennemi. À quelque distance de la ville, le convoi fit une halte et passa une partie de la nuit en ce lieu. Le lendemain, le signal du départ fut donné, sans que personne ne sache que `Aïcha (qu’Allah l’agrée) fût descendue de son chameau pour aller s’acquitter de besoins naturels.

La caravane arriva à Médine au lever du jour. Le chameau de `Aïcha (qu’Allah l’agrée) fut conduit jusqu’au seuil de la maison de cette dernière. Ce fut à ce moment que les gens s’aperçurent avec stupéfaction que la Mère des croyants ne se trouvait pas dans son palefrenier. Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) et ses Compagnons restèrent perplexes, inquiets et tourmentés par cette incompréhensible disparition. Certains prirent la décision de revenir sur leur chemin et suivirent l’itinéraire inverse dans l’espoir de la retrouver.

Voilà qu’au loin, `Aïcha (qu’Allah l’agrée) apparut, montée sur le chameau d’un homme connu sous le nom de Safwan Ibn al-Mu’attal as-Salmi. C’était l’époque où l’ordre, donné aux mères des croyantes de se voiler le visage et de ne pas se montrer aux gens, n’avait pas encore été révélé. Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) fut apaisé et écouta attentivement le récit de sa femme, lui expliquant les causes de sa mésaventure :

« J’ai quitté mon palefrenier pour m’acquitter d’un besoin naturel, avant que tu ne donnes au convoi le signal du départ. J’avais un collier autour de mon cou. Quand j’ai terminé mes besoins, le collier s’était détaché de mon cou, puis il était tombé je ne sais pas où. Je m’en étais aperçu qu’en revenant à l’endroit où nous avons fait halte. Aussi, ai-je fait demi-tour pour rechercher mon bijou. Quand je l’ai retrouvée, je suis revenu au lieu du campement, mais vous étiez déjà partis. Je suis tellement légère que ceux qui placèrent mon palefrenier sur le chameau pensaient que je m’y trouvais.

Je n’ai pas trouvé mieux que de demeurer sur place. Je me suis emmitouflée dans mon jilbab et me suis allongée sur le sol, attendant l’éventualité d’un secours. Au bout d’un moment, Safwan Ibn al-Mu’attal as-Salmi m’aperçut, car, lui aussi, resta en arrière du convoi pour des besoins particuliers. Il manifesta son étonnement de me trouver seule à cet endroit. Enfin, il me demanda de monter sur son chameau, prit les rênes de la bête et me conduisit jusqu’ici à toute allure ».

Après son récit, `Aïcha (qu’Allah l’agrée) s’endormit paisiblement, la conscience tout à fait tranquille. Ce n’était pas le cas de tous dans la ville. Un groupe de Juifs et d’hypocrites, à leur tête Abdoullah Ibn Ubbay, qui éprouvait une haine envers le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) exploita l’événement du collier pour propager des mensonges au sujet de la chasteté de `Aïcha (qu’Allah l’agrée). C’était pour eux l’occasion de déverser leur venin sur l’Envoyé de Dieu (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) et son innocente femme.

Le bruit de la mésaventure de `Aïcha (qu’Allah l’agrée) se répandit dans toute la ville. Les mauvaises langues doutaient de l’honnêteté de cette dernière. Elles imaginaient mille et une choses, car, dans leur esprit, un homme et une femme, étrangers l’un à l’autre, ne pouvaient entreprendre seuls, sans la présence de témoins, un si long trajet sans qu’il n’y eût quelque chose de malsain entre eux. Malheureusement, des musulmans et des musulmanes reprirent à leur compte ces mensonges sans demander des preuves qui justifieraient de telles accusations. Il en a été ainsi de Hasan ibn Thabit al-Ansari, poète du Prophète, Mastah Ibn Athathah, proche d’Abu bakr, Hamnatah Bin Jahsh, sœur de Zaynab.

La douleur poignante de `Aïcha (qu’Allah l’agrée)  

La rumeur ne manqua pas d’arriver jusqu’aux oreilles du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui), ainsi que de ceux d’Abu Bakr et de Oum Rouman, père et mère de `Aïcha (qu’Allah les agrée). Celle-ci ignorait ce que les gens disaient à son sujet. Elle était inquiète en s’apercevant que son noble mari (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) la boudait sans raison. C’est que personne ne s’aventura à lui expliquer les raisons de cette agitation dans la ville. Pourtant, elle sentait que quelque chose n’allait pas chez son noble époux (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). Elle pensa que c’était probablement sa pénible tâche qui le rendait silencieux ou que quelque chose de très lourd qui pesait sur son cœur. Elle n’osait pas lui poser la question pour savoir ce qui le tracassait à ce point.

Cependant, observant son attitude sèche à son égard, elle lui proposa d’aller chez son père et sa mère en attendant que les choses se tassent. Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) ne s’opposa pas à la proposition de `Aïcha (qu’Allah l’agrée). Celle-ci demeura dans l’ignorance de ce qui se tramait contre elle. Ce ne fut que quelques jours plus tard, alors qu’elle sortit de nuit pour ses besoins naturels, que Umm Masta’, tante maternelle d’Abu Bakr (qu’Allah les agrée), lui dit :

« Ô fille d’Abu Bakr ! Ne t’est-il pas parvenu la nouvelle qui circule à ton sujet ? »

Ce fut ainsi que `Aïcha (qu’Allah l’agrée) prit connaissance des dénigrements dont elle était injustement l’objet. Elle pleura longtemps au point qu’elle sentit son cœur se détacher de sa poitrine. Elle s’en prit à sa mère qui l’avait laissé dans une ignorance absolue :

« Que Dieu te pardonne ! Les gens disent du mal de moi et tu ne me dis rien de ce qui se passe autour de moi ! »

Oum Ruman (qu’Allah l’agrée) la calma en lui affirmant qu’elle était une femme bonne et aimée de son noble mari (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). Cet éloge ne calma pas `Aïcha (qu’Allah l’agrée) pour autant. Elle passa la nuit éveillée, des sanglots agitant sa frêle poitrine et de grosses larmes coulant sur ses joues roses.

`Aïcha (qu’Allah l’agrée) était loin de s’imaginer que le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) allait prendre au sérieux ces racontars. Il n’allait pas, tout de même, prendre en considération de telles insanités et méchancetés déversées sur elle. Elle savait, elle, qu’elle était victime d’un complot, fondé sur des accusations injustes. Ce qu’elle ne savait pas, c’est que son mari défendait son honneur et le sien. En effet, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) prit témoin une assemblée de personnes :

« Ô vous les gens ! Quelle est l’intention de ces hommes qui portent préjudice à ma famille et disent sur elle ce qui n’est pas la vérité ? »

La majorité des musulmans partageait les soucis de leur Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) et l’épreuve qu’il traversait. Ils étaient en colère contre ceux qui colportaient des mensonges et portaient atteinte à l’honneur d’une épouse noble, sage et pure. Ils demandaient vengeance contre ces dénigreurs. Il va de soi que ce qui touchait à la dignité de la famille du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) se répercutait sur eux-mêmes. Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) voulait entendre les conseils afin de définir la position à prendre, car il était à la fois agité et soucieux. Aussi alla-t-il voir Ali et Usama Ibn Zayd (qu’Allah les agrée). Celui-ci prit la défense de `Aïcha (qu’Allah l’agrée) en affirmant qu’il ne savait sur elle que du bien et que tout ce qui se disait n’était que pur mensonge.

Quant à Ali (qu’Allah l’agrée), il prit une position qui la désavantageait. En effet, il dit au Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) qu’il n’avait pas à se soucier du cas de `Aïcha (qu’Allah l’agrée), car ce n’était pas les femmes qui manquaient. Il avait donc loisir de la remplacer et de choisir celle qui lui conviendrait. Alors le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) questionna Barira, la servante de `Aïcha (qu’Allah l’agrée) :

« Ô Barira, N’as-tu jamais rien vu dans la conduite d’Aïcha qui aurait pu éveiller des soupçons ? »

« Par celui qui t’a envoyé avec la vérité, je n’ai jamais rien vu de mal dans la conduite de Aïcha pour la blâmer. »

Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) sortit de la maison, triste et accablé par une douleur morale. Il se dirigea vers la maison d’Abu Bakr (qu’Allah l’agrée). `Aïcha (qu’Allah l’agrée) s’y trouvait, les yeux gonflés de larmes. Il y avait à ses côtés des visiteuses parmi les femmes des Ansars. Son père et sa mère étaient là également et la regardaient en gardant le silence, ne sachant quoi lui dire. Pour la première fois depuis l’éclatement du faux scandale, l’Envoyé de Dieu (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) s’assit aux côtés de `Aïcha (qu’Allah l’agrée) et lui adressa la parole.

« Ô `Aïcha ! Tu es au courant de ce disent les gens à ton sujet. Crains Dieu ! Si tu as fait le mal dont les gens parlent, repens-toi à Dieu, car Dieu accepte le repentir de ses serviteurs ».

`Aïcha (qu’Allah l’agrée) n’en croyait pas ses oreilles. Ainsi, le doute habitait la pensée de son noble mari (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). Elle se tourna vers son père et sa mère, espérant qu’eux-mêmes répondraient à sa place à son noble époux (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). Ils déclarèrent :

« Par Dieu ! Nous ne savons pas quoi répondre ».

Il ne restait plus à `Aïcha (qu’Allah l’agrée) qu’à se défendre elle-même. Ses larmes se remirent à couler, alors elle se tourna vers son noble mari (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) et lui dit avec insistance :

« Par Dieu ! Je ne me repentirai jamais à Dieu à propos de ces accusations. Je ne peux pas confirmer ce que les gens colportent sur moi. Dieu sait que je suis innocente. Je ne peux pas dire ce qui n’existe pas. Mais si je démens ce qui se dit, vous ne me croirez pas. Je dirais seulement ce que le père de Joseph a dit : « Il ne me reste que la Patience ! C´est à Allah qu´il faut appeler au secours contre ce que vous racontez ! ». »

`Aïcha (qu’Allah l’agrée) déclarée innocente  

Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) n’avait pas encore quitté la pièce qu’il perdit connaissance. Son inconscience était de celle qui précédait la descente de la révélation. Les présents le recouvrirent de son vêtement et placèrent un coussin sous sa tête. Le père et la mère de `Aïcha (qu’Allah les agrée) se tordaient de peur, craignant que la révélation dévoile un possible crime commis par leur fille. Quant à celle-ci, elle garda son calme, certaine de son innocence et sachant que Dieu ne serait point injuste envers elle.

Quelque temps après, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) se réveilla de son inconscience. Il s’assit en essuyant la sueur qui coulait sur son front. Il dit alors, le sourire aux lèvres :

« C’est une bonne nouvelle pour toi ô `Aïcha. Dieu a révélé ton innocence ».

Abu Bakr (qu’Allah l’agrée) expira fortement comme s’il voulait libérer un poids énorme qui obstruait sa respiration. Quant à Oum Ruman (qu’Allah l’agrée), elle bondit de la place où elle se trouvait, emportée par la joie qui la saisit. Elle fit signe à sa fille de se lever et d’aller vers son noble époux (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). `Aïcha (qu’Allah l’agrée) répondit spontanément :

« Par Dieu ! Je n’irai pas vers lui. Je n’ai qu’à louer Dieu, le Puissant, le Glorieux ! C’est lui qui a fait descendre mon innocence ».

Puis, elle se tourna vers son père alors qu’il s’approchait d’elle. Abu Bakr (qu’Allah l’agrée), les larmes aux yeux, embrassa le front de sa fille. Celle-ci lui dit :

« Ô père ! M’avais-tu soupçonnée ? ». Il répliqua : « Quel est le ciel qui m’aurait recouvert et quelle est la terre qui m’aurait supporté si je t’avais accusé de quelque chose que j’ignorais. »

Quant au Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui), il se remémora la douleur que `Aïcha (qu’Allah l’agrée) avait endurée à cause d’une accusation injuste. Il sortit aussitôt de la maison, se dirigea directement à la mosquée et récita les versets révélés au sujet de `Aïcha (qu’Allah l’agrée):

« Ceux qui sont venus avec la calomnie sont un groupe d´entre vous. Ne pensez pas que c´est un mal pour vous, mais plutôt, c´est un bien pour vous. À chacun d´eux ce qu´il s´est acquis comme péché. Celui d´entre eux qui s´est chargé de la plus grande part aura un énorme châtiment. 

Pourquoi, lorsque vous l´avez entendue [cette calomnie], les croyants et les croyantes n´ont-ils pas, en eux-mêmes, conjecturé favorablement, et n´ont-ils pas dit : « C´est une calomnie évidente ? » 

Pourquoi n´ont-ils pas produit [à l´appui de leurs accusations] quatre témoins ? S´ils ne produisent pas de témoins, alors ce sont eux, auprès d´Allah, les menteurs. 

N´eussent été la grâce d´Allah sur vous et Sa miséricorde ici-bas comme dans l´au-delà, un énorme châtiment vous aurait touchés pour cette (calomnie) dans laquelle vous vous êtes lancés, quand vous colportiez la nouvelle avec vos langues et disiez de vos bouches ce dont vous n´aviez aucun savoir ; et vous le comptiez comme insignifiant alors qu´auprès d´Allah cela est énorme. 

Et pourquoi, lorsque vous l´entendiez, ne disiez-vous pas : « Nous ne devons pas en parler. Gloire à Toi (ô Allah) ! C´est une énorme calomnie » ? 

Allah vous exhorte à ne plus jamais revenir à une chose pareille si vous êtes croyants. 

Allah vous expose clairement les versets et Allah est Omniscient et Sage. 

Ceux qui aiment que la turpitude se propage parmi les croyants auront un châtiment douloureux, ici-bas comme dans l´au-delà. Allah sait, et vous, vous ne savez pas ». (Sourate 24 La lumière, versets 11 à 19).

Et par ordre de Dieu, les calomniateurs furent fouettés ainsi que le préconise le verset quatre de la sourate citée plus haut : « Et ceux qui lancent des accusations contre des femmes chastes sans produire par la suite quatre témoins, fouettez-les de quatre-vingts coups de fouet, et n´acceptez plus jamais leur témoignage. Et ceux-là sont les pervers ».

L’ablution sèche – le Tayamoun  

Au cours d’un autre voyage, `Aïcha (qu’Allah l’agrée) était avec le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). Elle portait encore le même collier. À l’aube, la caravane allait partir quand on remarqua que le collier n’était plus là. `Aïcha (qu’Allah l’agrée) informa immédiatement le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) qui donna l’ordre de prolonger l’arrêt. La recherche du collier commença…

L’heure de la prière du matin était très proche, mais il n’y avait pas d’eau dans le voisinage pour les ablutions. Les musulmans s’inquiétèrent : « La fille d’Abu Bakr nous a tous mis dans une situation difficile », disaient-ils.

Abu Bakr se sentit gêné par `Aïcha (qu’Allah les agrée). Il vint à elle, mais vit que le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) dormait la tête sur ses genoux : « Tu crées constamment des problèmes » protesta Abu Bakr (qu’Allah l’agrée).

Un peu avant l’heure de la prière, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) se réveilla. On le mit au courant du problème de l’eau. La révélation suivante arriva immédiatement :

« Ô les croyants ! … Si vous êtes malades ou en voyage … et que vous ne trouviez pas d´eau, alors recourez à une terre pure (ou sable), et passez-vous en sur vos visages et sur vos mains. Allah, en vérité est Indulgent et Pardonneur ». (Sourate 4 Les femmes, verset43)

La nouvelle transforma aussitôt l’inquiétude des gens en joie. Ils commencèrent maintenant à dire : « Ô famille d’Abu Bakr ! Ce n’est pas votre premier don à l’Islam. »

Abu Bakr (qu’Allah l’agrée) qui était bien fâché contre sa fille vint lui dire : « Je n’imaginais pas que tu puisses être la source d’une telle bénédiction pour les musulmans. Grâce à toi, les gens se sont vus accorder une grande facilité.»

Un Mois de séparation  

En l’an 9 de l’Hégire, pratiquement toute l’Arabie était sous le drapeau de l’Islam. De tous les coins du pays, des richesses affluaient dans les caisses du trésor public de Médine. Mais tous ces revenus étaient dépensés pour les besoins de l’État. Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) et sa famille menaient la même vie nécessiteuse et de demi-famine. Maintenant qu’elles pouvaient se le permettre, les épouses du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) souhaitaient qu’il dépense plus pour elles. Elles observaient le niveau de vie des autres femmes de la ville s’améliorer et ne voyaient plus aucune raison à continuer à mener cette vie rude.

Toutes les femmes du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) avec à leur tête `Aïcha (qu’Allah l’agrée), se réunirent pour solliciter un meilleur confort. Quand Umar apprit la chose, il alla chez sa fille Hafsa (qu’Allah les agrée) et lui dit : « Je t’avertis de ne pas presser le Prophète, et de ne plus lui répondre de cette manière. Si tu as besoin de quelque chose, demande-moi, je te l’apporterai. N’essaie pas d’imiter `Aïcha, car elle est plus belle et plus aimée par le Prophète que toi. Par Allah ! Le Prophète a de la considération pour moi, ou il divorcera de toi ! »

Umar (qu’Allah l’agrée) alla aussi chez les autres femmes et leur donna le même conseil, mais elles objectèrent qu’il n’avait pas le droit d’intervenir dans leurs affaires privées qui ne regardaient qu’elles et le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). Pendant ces mêmes jours, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) tomba de cheval et eut quelques blessures légères. Se trouvant incapable de faire face à la demande incessante de ses femmes, il alla se réfugier dans une maison reculée, et déclara qu’il resterait là-bas tout seul, pendant un mois.

Les hypocrites saisirent  aussitôt   cette occasion. Ils propageaient l’information que le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) avait divorcé de ces femmes. La nouvelle causa une agitation dans la ville. Les musulmans se sentirent très bouleversés, la paix familiale du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) les touchait directement. Les femmes du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) commencèrent alors à pleurer. Elles regrettèrent leurs actes, car elles ne s’attendaient pas à ce que leurs gestes allaient prendre une si grande proportion. Elles n’attendaient que la miséricorde de Dieu et le Pardon de son Messager (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui).

Quant à `Aïcha (qu’Allah l’agrée), qui était à la tête de ses revendications féminines, elle sentit sa responsabilité dans cette situation. Il lui semblait que son cœur allait se déchirer en songeant à la peine qu’elle faisait à son noble époux (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui).

En fait, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) n’avait pas répudié ses femmes. Ce n’était qu’un avertissement qu’il leur adressait. Mais si elles ne se repentaient pas, Son Seigneur lui ordonnerait de les répudier et de prendre d’autres épouses meilleures que les précédentes.

Aussi, toutes les femmes furent séparées du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) durant un mois, attendant chacune dans leurs chambres respectives le retour de leur noble époux (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui).

Quand elles entendirent ses pas s’approcher, `Aïcha (qu’Allah l’agrée) se prépara à le recevoir, car elle savait que c’était chez elle qu’il entrerait en premier. Son cœur battait à forte allure au rythme des pas qui avançaient.

Dès que `Aïcha (qu’Allah l’agrée) le vit, elle rassemble toute son énergie pour lui déclarer :

« Ô Apôtre de Dieu ! Tu as juré de te séparer de nous pendant un mois. Or, seulement vingt-neuf jours se sont écoulés. Que s’est-il passé ? »

Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) se réjouit de constater qu’Aïcha (qu’Allah l’agrée) comptait les jours et les nuits de la séparation (ce qu’il faisait également) impatiente de voir le délai écoulé. Il lui dit tout en souriant :

« Ne sais-tu pas que le mois en cours n’a que vingt-neuf jours ? »

Puis le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) lui dit : « Je vais t’entretenir d’une affaire, mais ne te hâte pas de me répondre tant que tu n’auras pas consulté tes parents. »

Il récita les paroles d’Allah : « Ô Prophète ! Dis à tes épouses : Si c’est la vie présente que vous désirez et sa parure, alors venez ! Je vous donnerai (les moyens) d’en jouir et vous libérerez (par un divorce sans préjudice). Mais si c’est Dieu que vous voulez et Son Messager ainsi que la demeure dernière, Dieu a préparé pour les bienfaisantes parmi vous une énorme récompense ». (Sourate 33 Les coalisés, versets 28 et 29)

« À quoi bon, répondit `Aïcha, de consulter mon père et ma mère, puisque c’est Dieu, Son Envoyé et la demeure dernière que je désire ? »

Puis, les autres épouses du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) firent de même. Elles ont toutes accepté calmement la vie de pauvreté en échange du Paradis. Ainsi, `Aïcha (qu’Allah l’agrée) reprit le cours de sa vie normale auprès de son noble mari (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) qui l’aimait. L’accord entre les deux conjoints était parfait et ce n’était pas les légers et passagers mécontentements qui pouvaient ternir leurs relations.

Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) lui avait dit qu’elle était pour lui comme l’anse la plus solide (al-‘Urwah al-Wuthqa). Il la connaissait si bien qu’il savait, à tout moment, son humeur de l’instant : « Je sais, lui dit-il, quand tu es satisfaite de moi et quand tu es en colère ».

Elle lui demanda comment il pouvait connaître ce changement d’humeur. Il dit : « Si tu es satisfaite, tu me dis : « Que non ! Par le Seigneur de Muhammad ! » Mais si tu es en colère, tu me réponds : « Non, par le Seigneur d’Abraham ». » Ce qui était également juste.

La maladie du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui)

Après ces quelques péripéties, les jours s’écoulaient paisiblement. `Aïcha (qu’Allah l’agrée) était témoin des victoires de son noble époux (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). Elle l’accueillait chaque fois avec cette joie qui ressemblait à la lumière de l’aube qui déchirait les ténèbres de la nuit. Hélas ! Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) n’était qu’un humain et comme tel, il était mortel. Il devait rejoindre son Seigneur après avoir accompli sa mission.

C’était ainsi qu’en revenant du pèlerinage d’adieu, en l’an XI de l’hégire, il allait au cimetière al-Baqi pour saluer les morts et demander pardon pour eux. Le lendemain, au réveil, il passa devant `Aïcha (qu’Allah l’agrée) qui se plaignait de maux de tête. Il lui dit, alors qu’il commençait à ressentir les douleurs de la maladie : « C’est moi, ô Aïcha qui a un terrible mal de tête ».

Quand il vit que son épouse continuait à se plaindre, il lui dit en plaisantant : « Que dirais-tu si tu mourais avant moi ! Je te mettrai dans un linceul. Je prierai devant ton corps et je t’enterrerai ».

Son sourire fit épanouir le visage de sa femme, d’autant plus que la douleur de sa tête se calma un moment. Mais, ce ne fut qu’un court répit, car la souffrance le reprit.

Malgré la gravité de sa maladie, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) continuait ses tâches quotidiennes. Il conduisit la prière du matin et se rendit chez chaque femme. Voyant la maladie qui s’empirait, les épouses du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) lui donnèrent la permission de se reposer chez `Aïcha (qu’Allah l’agrée). Celle-ci surveillait son noble mari (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) jour et nuit, avec la plus grande dévotion et le plus grand soin.

Un matin, il essaya plusieurs fois de se lever pour aller à la mosquée. N’ayant plus de force pour diriger la prière des musulmans, il ordonna d’appeler Abu Bakr (qu’Allah l’agrée) pour le remplacer dans cette noble tâche. `Aïcha (qu’Allah l’agrée) répliqua que son père avait le cœur trop tendre et qu’il pleurait facilement pendant la prière. Mais le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) insista à ce qu’aucun autre ne dirige la prière si ce n’est Abu Bakr (qu’Allah l’agrée), qui par cette désignation sera reconnu par la suite, premier calife des musulmans.

Quelques jours avant sa maladie, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) avait donné quelques pièces d’or à `Aïcha (qu’Allah l’agrée), pour qu’elle les garde. Cette pensée lui vint soudain à l’esprit et il dit : « `Aïcha, où sont les pièces d’or ? Va et donne-les aux pauvres. Muhammad veut rencontrer son Seigneur avec la plus grande tranquillité d’esprit ! » `Aïcha (qu’Allah l’agrée) obéit immédiatement.

La Mort du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui)

Au dernier jour de sa vie, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) était allongé sur son lit, sa tête posée sur les genoux de `Aïcha (qu’Allah l’agrée). Son frère Abderahman arriva avec un Siwak à la main. Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) regarda le Siwak. `Aïcha (qu’Allah l’agrée) comprit alors qu’il voulait se brosser les dents. Elle prit le Siwak des mains de son frère, le ramollit avec ses dents et le donna au Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). Jamais il ne se lava les dents aussi longtemps et avec autant de soin.

Une fois terminé, il leva le doigt et dit « Ô Allah ! Avec le plus grand Compagnon ». Puis son âme rejoignit son Seigneur.

C’est ainsi que le Messager de Dieu (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) est mort, dans les bras de sa tendre épouse `Aïcha (qu’Allah l’agrée). Il fut enterré au même endroit.

Longtemps avant, `Aïcha (qu’Allah l’agrée) avait vu dans un rêve trois lunes tombant dans sa chambre. Elle raconta son rêve à son père. Il lui répondit : « C’est l’une des lunes de ta chambre. C’est la meilleure des trois ! »

Troisième partie

La Question de l’héritage  

Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) n’a laissé aucun bien sous forme d’argent ou de nourriture. En fait, dans sa maison, il n’y avait rien à manger pour le repas du soir où il mourut. Cependant, il possédait quelques jardins. Les revenus de ces terres étaient dépensés pour les besoins publics. D’après la loi de l’héritage, ces terres étaient maintenant la propriété de ses femmes qui avaient l’intention de les réclamer au nouveau chef de l’état. Aïcha (qu’Allah l’agrée) les arrêta en disant : « Vous ne vous rappelez pas des paroles du Prophète ? Il a clairement dit que tout ce qu’il laisse derrière appartiendrait au peuple en général et à aucun individu en particulier! »

La mort du père de Aïcha (qu’Allah l’agrée)

Abu Bakr (qu’Allah l’agrée) fut Calife pour un peu plus de deux ans. Pendant les derniers moments de sa maladie, Aïcha (qu’Allah l’agrée) s’asseyait à son chevet. Il lui avait donné quelques biens. Maintenant qu’il allait quitter ce monde, il pensa à ses autres enfants. Il dit à Aïcha (qu’Allah l’agrée) :

« Aïcha, céderais-tu ces biens à tes plus jeunes frères et sœurs ? »  Aïcha (qu’Allah l’agrée) accepta promptement. Il demanda ensuite :

« Combien de pièces de tissu le linceul du Prophète avait-il ?

–  Trois morceaux de tissu blanc, répondit Aïcha (qu’Allah l’agrée).

-Et quel jour est-il mort ?

-Lundi !

-Quel jour est-ce aujourd’hui ?

-Lundi !

-Je vais aussi quitter ce monde d’ici ce soir. »

Le Calife regarda alors le drap qui le recouvrait. Il avait quelques tâches.

« Nettoie-le, dit-il, et apporte deux autres pièces. Les trois suffiront pour couvrir mon corps !

-Mais ce drap est usé, père, protesta Aïcha (qu’Allah l’agrée).

es vivants ont plus besoin de vêtements neufs qu’un mort, répondit le Calife. »

Le soir même, Abu Bakr (qu’Allah l’agrée) mourut et fut enterré au côté du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui).

Aïcha offre sa place à Omar (qu’Allah les agrée)

Quand Omar, second Calife, était couché, blessé mortellement, il envoya son fils Abdullah, prier Aïcha de le laisser être enterré au côté de ses deux illustres Compagnons (qu’Allah les agrée). Abdullah trouva Aïcha (qu’Allah l’agrée) en pleurs. En réponse au message du Calife mourant, elle dit : « Je voulais que ma tombe soit là. Mais je préfère Omar à moi-même ! » Omar fut alors enterré dans la chambre de Aïcha (qu’Allah les agrée). Son rêve s’était totalement réalisé. Les trois lunes étaient descendues dans sa chambre.

L’assassinat d’Uthman (qu’Allah l’agrée)

Aïcha, comme la plupart des Compagnons, n’était pas d’accord sur quelques points politiques d’Uthman (qu’Allah les agrée). Mais elle était contre la violence. Oushtar Nakhi, un rebelle, lui demanda ce qu’elle pensait du projet d’assassiner Uthman. Elle s’écria avec horreur : « Qu’Allah m’en préserve ! Comment puis-je prendre part à l’assassinat du chef des chefs ? »

Le plus jeune frère de Aïcha, Muhammed, qui fut élevé par Ali, était également un des chefs rebelles. Avant de partir pour le Hadj, Aïcha (qu’Allah l’agrée) lui conseilla fortement de l’accompagner à la Mecque, mais il ne l’écouta pas.

Aïcha était sur le chemin de retour à Médine, quand Talha et Zoubeïr la rencontrèrent (qu’Allah les agrée). Tous deux étaient les maris de ses sœurs et des Compagnons d’un haut rang. Ils lui racontèrent le meurtre de sang-froid du Calife et du vaste pillage dans Médine. Le remède qu’ils proposèrent était de lever une armée forte qui ramènerait la paix dans le pays. Aïcha (qu’Allah l’agrée) fut facilement persuadée et une grande armée se réunit sous le drapeau. Les Chefs de Banu Umayya, dont la plupart étaient à la Mecque, se joignirent à cette armée. Ceci les permit de passer pour des défenseurs de la vérité et de la justice. Le plan de Aïcha (qu’Allah l’agrée) était de marcher sur Médine. Mais ses conseillers pensèrent différemment. Ils la forcèrent de marcher sur Bassora. La nouvelle que la femme du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) conduisait une armée pour restaurer la paix dans le pays se répandit très vite. Des hommes venus de près ou de loin commencèrent à se précipiter dans son armée, afin qu’elle bénéficie d’une grande force.

En marchant, l’armée passa par l’étang d’un village. Les chiens du voisinage commencèrent à aboyer. Quand leurs hurlements atteignirent ses oreilles, une prophétie oubliée du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) lui revint soudain à l’esprit. Il y a quelques années, il avait dit un jour, au milieu de ses femmes :

« Je ne sais pas laquelle de vous sera aboyée par les chiens de Joab ! »

« À quel endroit, sommes-nous ? » demanda anxieusement Aïcha (qu’Allah l’agrée).

« Joab ! » lui répondit-on.

« Alors, je dois revenir sur mes pas, » soupira-t-elle. Talha, Zoubeïr et les autres s’opposèrent à elle, mais elle ne voulait pas faire un pas de plus (qu’Allah les agrée). L’armée fit halte. À la fin, ses conseillers eurent le dessus, et elle continua sa marche à contrecœur.

Entrée dans Bassora  

Outhman Ibn Hounayf, le Gouverneur de Bassora, envoya une délégation à Aïcha (qu’Allah l’agrée), pour savoir le but de sa campagne. Aïcha (qu’Allah l’agrée) fit un discours tellement animé devant la délégation, qu’un membre de la délégation se joignit à elle. Cependant, le Gouverneur décida de faire son devoir. Il sortit avec une armée pour arrêter l’entrée de Aïcha (qu’Allah l’agrée) dans la ville.

Les deux armées se tinrent face à face. Talha et Zoubeïr (qu’Allah les agrée) sortirent et abordèrent l’armée du Gouverneur, ce qui produisit un vacarme. Voyant cela, Aïcha (qu’Allah l’agrée) s’avança. Il y avait une telle dignité dans ses paroles qu’il y eut aussitôt un silence de part et d’autre. Elle termina son discours avec ses mots : « Oui, écoutez attentivement ! Ce que vous devriez faire maintenant et qu’il serait peu convenable d’ignorer, c’est d’arrêter les assassins d’Uthman et de mettre en vigueur les commandements d’Allah ! »  L’effet fut spectaculaire. On criait : « Oui, elle a raison ! Elle a parfaitement raison. » En très peu de temps, la moitié de l’armée du Gouverneur se joignit à celle de Aïcha (qu’Allah l’agrée).

Le Gouverneur, cependant, refusa d’abandonner. Pendant trois jours, les deux armées se tinrent face à face. Au troisième jour, on décida d’envoyer un homme à Médine pour savoir si Talha et Zoubeïr avaient fait serment d’allégeance à Ali de leur propre gré ou sous la pression (qu’Allah les agrée). Dans le premier cas, l’armée de Aïcha (qu’Allah l’agrée) devrait retourner. Dans le second, le Gouverneur remettrait la ville à Aïcha.

Kaab Ibn Thaur, le juge de Bassora, fut choisi pour aller à Médine pour connaître les faits réels. Kaab arriva à Médine un vendredi. Après la prière du vendredi, il se leva dans la mosquée et s’écria : « Dites-moi, Ô peuple ! Talha et Zoubeïr ont-ils fait serment d’allégeance de leur propre gré ou sous la pression ? » Tout le monde se tut, mais Oussama (qu’Allah l’agrée) se leva et dit : « Par Allah ! Ils le firent sous la pression ! »

Kaab transmit la réponse. Entre-temps, le Gouverneur avait reçu des ordres d’Ali (qu’Allah l’agrée) de ne pas remettre la ville. Il obéit aux ordres du Calife. Dans la bataille qui suivit, le Gouverneur fut renversé. Aïcha (qu’Allah l’agrée) entra dans Bassora. Ceux qui avaient pris part dans la révolte contre Uthman furent tués. Cependant, un des chefs put s’échapper, car des centaines de ses hommes armés, étaient venus le défendre. L’armée de Aïcha (qu’Allah l’agrée) ne réussit pas à mettre la main sur lui.

La Bataille du Chameau  

Ali (qu’Allah l’agrée) fut profondément bouleversé par la nouvelle que Bassora était tombée aux mains de Aïcha (qu’Allah les agrée). Il se rappela alors une parole du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) qui lui avait dit un jour :

« Quelque chose surviendra entre toi et Aïcha.

-Je serai alors le plus malchanceux des humains ! s’était exclamé Ali (qu’Allah l’agrée).

–Non, mais quand cela arrivera, fais-la retourner à son lieu de sécurité. »

Ali (qu’Allah l’agrée) devait donc apaiser en priorité le confit iraqien avant de s’occuper de la Syrie. Il demanda de l’aide au Médinois, mais la réponse fut maigre. Seulement 700 hommes acceptèrent d’aller avec lui. Beaucoup plus se joignirent à lui en chemin ; de même que 7000 venant de Koufa. Au moment où il arriva à Bassora, il avait 20 000 hommes. Aïcha (qu’Allah l’agrée) sortit pour le rencontrer avec une armée de 30 000 hommes.

Pour la première fois dans la brève histoire de l’islam, deux armées musulmanes se tenaient prêtes pour s’affronter. Des parents et des proches étaient opposés les uns aux autres. À la pensée de la lutte à venir, les cœurs des musulmans soucieux saignaient. Zoubeïr (qu’Allah l’agrée) s’écria avec dégoût : « Hélas ! Après être devenus puissants comme le roc, les musulmans sont maintenant prêts à briser leur propre pouvoir ! »

Des musulmans soucieux priaient dans leurs cœurs afin que le choc soit évité. Un chef très influent poussa Ali (qu’Allah l’agrée) vers des pourparlers de paix. Ali (qu’Allah l’agrée) apprécia la demande. L’homme alla ensuite à l’autre camp. Aïcha, Talha et Zoubeïr (qu’Allah les agrée) expliquèrent que leur seul but était de punir les assassins d’Uthman et de tout faire rentrer dans l’ordre.

À cela, l’homme répondit : « Mère des fidèles ! Réfléchissez attentivement à la situation. Afin de punir 500 personnes, vous verserez le sang de 5000. Les familles de ces 5000 personnes vont prendre alors leur revanche. Dans ces conditions, comment les choses vont-elles rentrer dans l’ordre ? »

L’argument rendit Aïcha (qu’Allah l’agrée) et ses conseillers silencieux. Ils étaient tous d’accord pour faire la paix avec Ali (qu’Allah l’agrée). La nouvelle contenta Ali (qu’Allah l’agrée). Cette déclaration se fit entendre de l’armée du Calife. « Personne ne doit penser à la guerre. Demain, nous allons arranger la situation paisiblement. Ceux qui sont, en quelque façon, impliqués dans l’assassinat d’Uthman doivent se séparer de nous ! »

Cette déclaration mit une bonne partie de l’armée de Ali (qu’Allah l’agrée), mal à l’aise. C’étaient ceux qui avaient pris part dans la révolte contre Uthman. Ils avaient l’espoir que dans le camp d’Ali (qu’Allah l’agrée), ils seraient saufs. Cet espoir semblait s’envoler. Leur seule chance était de précipiter la lutte. Ils étaient décidés de ne pas la laisser s’envoler.

La nuit arriva et les hommes des deux camps dormaient, mais les assassins d’Uthman étaient occupés à préparer une attaque-surprise. Un peu avant l’aube, ils attaquèrent l’armée de Aïcha (qu’Allah l’agrée). Il y eut une ruée soudaine sur les armes, des deux côtés. Chaque camp accusait l’autre de trahison. Ali (qu’Allah l’agrée) essaya en vain de retenir ses hommes, mais la bataille était trop poussée.

Kaab, le juge de Bassora, était du côté de Aïcha (qu’Allah l’agrée). Il vint à elle et dit : « Mère des fidèles ! Si vous montez votre chameau et que vous alliez dans la bataille, la scène pourrait inciter l’autre camp à faire la paix ! »

Elle s’assit sur son chameau et se dirigea droit en pleine bataille. Ali (qu’Allah l’agrée) fit un essai de dernière minute pour la paix. Il se tint en face de son armée et aperçut Zoubeïr (qu’Allah l’agrée). Les deux chefs se tinrent si près l’un de l’autre que les cous de leurs chevaux se touchaient.

« Zoubeïr, dit Ali. As-tu oublié que le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) a dit un jour que tu lutteras contre moi pour une raison injuste ? » Zoubeïr, se souvenant de ces propos du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui), réalisa son erreur. Il abandonne le combat et quitte le champ de bataille. Sur son chemin vers Médine, il est tué par un ennemi alors qu’il priait.

Talha (qu’Allah l’agrée) veut également, à un moment donné, interrompre la lutte. Mais il est blessé par une flèche ; on le ramène, suite à sa demande, à Bassora, où il meurt.

Voyant les musulmans s’entretuer, Aïcha demanda à Kaab, le juge de Bassora, d’appeler Ali au livre d’Allah (qu’Allah les agrée). Il ouvrit le Qur’an et le mit entre les deux armées. Mais avant qu’il ne pût réciter un verset, une flèche mit fin à sa vie.

Les hommes de Aïcha (qu’Allah l’agrée) se pressèrent autour d’elle comme un solide mur humain et chantaient les vers suivants : « Ô notre Mère ! Ô la meilleure mère que nous connaissons ! Ne voyez-vous pas combien de guerriers ont été blessés ainsi que leurs mains et têtes coupées ! »

Pour arrêter la lutte, Ali (qu’Allah l’agrée) ordonna à ses hommes de renverser le chameau. En prenant un grand risque, quelques hommes d’Ali (qu’Allah l’agrée) passèrent derrière le chameau et coupèrent ses pattes de derrière. Le chameau retomba sur ses pattes de devant, descendant ainsi Aïcha (qu’Allah l’agrée). La lutte s’arrêta alors. Le frère de Aïcha, Muhammed qui combattait du côté d’Ali (qu’Allah l’agrée) se précipita vers sa sœur et lui tendit la main pour se relever.

« Quelle main insolente, est-ce ? demanda Aïcha (qu’Allah l’agrée).

-Je suis ton frère, répondit Muhammed. Es-tu blessée ?

-Non ! dit-elle »

Ali traita Aïcha avec le plus grand respect (qu’Allah les agrée). Elle se reposa quelques jours à Bassora, puis elle fut escortée par son frère Muhammed accompagnée d’une quarantaine de femmes respectables. Ali et son fils Hassan l’accompagnèrent quelques kilomètres (qu’Allah les agrée). Avant de se quitter, Aïcha (qu’Allah l’agrée) s’adressa au peuple en disant : « Mes enfants ! Il n’y a pas d’inimitié entre Ali et moi. Je le considère comme un homme bon ! »

« La Mère des croyants a raison, ajouta Ali (qu’Allah l’agrée). Elle est la femme honorée du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) dans ce monde et dans l’autre. »

Regret permanent  

De Bassora, Aïcha (qu’Allah l’agrée) partit pour la Mecque afin d’accomplir le Pèlerinage. Elle retourna ensuite à Médine, à la porte du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui).

Aïcha (qu’Allah l’agrée) avait marché vers l’Iraq avec de bonnes intentions. Son but était de rétablir l’ordre et la paix. Maintenant qu’elle avait un certain recul, la mésaventure semblait être la plus grande tragédie de sa vie. Ses deux sœurs et des milliers d’autres musulmanes étaient devenues veuves à cause de sa campagne.

Sans aucun doute avait-elle choisi la mauvaise voie. Aïcha (qu’Allah l’agrée) regretta cette malheureuse erreur toute sa vie. À chaque fois que cela lui venait à l’esprit, elle s’exclamait :

« J’aurais dû être un arbre ! J’aurais dû être une pierre ou un caillou ! J’aurais dû être morte ! »

Jusqu’au dernier moment de sa vie, elle déclara qu’elle regrettait d’avoir pris part dans la campagne irakienne.

Quand elle récitait le Qur’an et spécialement le verset suivant :

« Ô femmes du Prophète, demeurez dans vos demeures… » (Sourate 33 Les coalisés, verset 33)

Elle pleurait tellement que son voile était trempé. Il y avait encore une place dans sa chambre pour une autre tombe, mais avant sa mort, elle laissa une volonté :

« Ne m’enterrez pas aux côtés du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui), car j’ai commis une erreur après lui ! »

Ce regret sincère aurait plus que racheté sa triste faute. Aïcha (qu’Allah l’agrée) eut le courage moral d’avouer ses erreurs et de s’en sentir sincèrement désolée.

Quatrième  partie

Le Rang Unique de Aïcha (qu’Allah l’agrée)

Aïcha (qu’Allah l’agrée) est indiscutablement l’un des plus grands professeurs que l’Islam ait produits. Elle appartient à l’ensemble des théologiens illustres qui ont continué le travail et la mission du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) après sa mort, en interprétant et transmettant ses enseignements. Parmi les hommes, plusieurs noms pouvaient prétendre cette distinction, mais parmi les femmes, Aïcha (qu’Allah l’agrée) était la seule. Pendant neuf années, elle partagea sa vie avec le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui), recevant plus d’attention que les autres épouses. Avec ses dons naturels extraordinaires, Aïcha (qu’Allah l’agrée) en tira les meilleurs profits.

L’islam est un code de vie complet qui guide les pas des croyants dans tous les domaines d’activité humaine. Les femmes ont leurs problèmes particuliers. En tant que femmes et mères, elles doivent remplir des devoirs différents de ceux des hommes. C’était à travers ses femmes que le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) a transmis ses enseignements au monde féminin. Aïcha (qu’Allah l’agrée) est facilement devenue la source la plus sûre de ses enseignements. Aïcha (qu’Allah l’agrée) était dotée d’une mémoire étonnante, à laquelle peut s’ajouter une habituelle observation attentive. Tout cela lui permettait de décrire en détail les expériences remontant aussi loin que son enfance. Ces qualités firent de Aïcha (qu’Allah l’agrée) une autorité très importante de la loi islamique.

Les sources ultimes de la loi en Islam sont le Coran et la Sunna. Plusieurs chapitres du Coran furent révélés dans la chambre d’Aïcha (qu’Allah l’agrée). Son observation attentive et sa mémoire étonnante lui permirent de mémoriser les faits et les dires du Prophète en différentes occasions. Tous ces faits faisaient que son opinion sur les points de la loi était très respectée.

En voici quelques exemples :

A la mort de Saad Ibn Abu Waqqas, Aïcha (qu’Allah l’agrée) suggéra que sa prière funéraire soit lue dans la mosquée du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). Les gens y firent une objection. « Les gens ont une mauvaise mémoire ! s’exclama Aïcha (qu’Allah l’agrée). Le Messager d’Allah a fait celle de Said Sohail ibn Baidha dans cette mosquée. »

Une fois, quelques Compagnons (qu’Allah les agrée) racontèrent aux gens que les pleurs et les lamentations des parents ajoutent quelque chose au châtiment de la personne morte. Ils citèrent un hadith du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) à l’appui. Quand la question fut rapportée à Aïcha (qu’Allah l’agrée), elle dit : « Qu’Allah leur pardonne ! Ils n’ont pas menti, mais ils ont oublié ou mal compris. Le fait réel est qu’un jour le Messager d’Allah passa à côté d’une procession funéraire d’une juive dont les parents pleuraient et gémissaient. A cela, il fit cette remarque : « Ces gens hurlent et elle subit le châtiment. »

Une fois, le Compagnon très connu Abu Hourayra (qu’Allah l’agrée) dit aux gens : « Si quelqu’un prie et qu’une femme ou un âne ou un chien passe devant lui, sa prière est annulée. » Quand ce récit arriva aux oreilles de Aïcha (qu’Allah l’agrée), elle s’exclama : « Quoi ! Veut-il dire qu’une femme ne vaut pas mieux qu’un âne ou un chien ? Ma chambre était si petite que mon bistarah (matelas) se trouvait juste en face du tapis de prière du Prophète. Quand il priait, j’étais allongée dans mon lit, mes pieds pendillant au-dessus de son tapis. Quand il allait se prosterner, il touchait mes pieds et je les retirais. Je les tendais de nouveau après cela. Il m’arrivait quelques fois par nécessité de passer devant lui pendant qu’il priait. »

Cette explication amena Abu Hourayra (qu’Allah l’agrée) à retirer ce qu’il avait dit.

Aïcha (qu’Allah l’agrée) vécut un demi-siècle après le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). La période qui suivait sa mort était la période des Compagnons (qu’Allah les agrée) qui avaient quelques difficultés à se diriger à partir du Coran et de la Sunna. Les Compagnons-chefs moururent un par un. Il y eut alors une génération qui n’avait pas de connaissances personnelles sur la façon de vivre du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). Seule une poignée de Compagnons qui étaient très jeunes à la mort du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui), était les porteflambeaux de la connaissance, pour cette génération. Abullah Ibn Omar, Abdullah Ibn Abbas et Aïcha appartenaient à ce groupe (qu’Allah les agrée).

L’Amour pour la vérité  

Aïcha (qu’Allah l’agrée) avait une telle passion pour la vérité que comme son illustre père, elle reçut le titre de « Véridique ». Elle n’a jamais hésité de déclarer que ce qu’elle pensait était la vérité. Pour rien au monde, elle n’aurait abandonné son devoir envers Dieu et les hommes.

Les Califats d’Abu Bakr et d’Omar (qu’Allah les agrée) furent des périodes d’harmonie interne. Les musulmans combattaient les ennemis étrangers et devaient se serrer les rangs. Pendant le Califat d’Othman (qu’Allah l’agrée), la situation changea. L’ère de conquête prit fin. Les gens commencèrent à exprimer le désir de vivre une vie aisée et confortable. Des querelles réciproques commencèrent, des rivalités oubliées refirent surface. Des redistributions inégales des biens produisirent une multitude de maux sociaux. La main du Calife âgé était trop faible pour mettre un terme à cela.

Comme des sentiments d’insatisfaction et d’inquiétude grandissaient, on recherchait la sérénité de Médine. Ceux qui avaient des plaintes s’adressèrent aux Compagnons et aux Mères des Croyants (qu’Allah les agrée). Aïcha (qu’Allah l’agrée) était parmi ceux qui considéraient comme capables d’améliorer les choses. Elle déclara très vite sa désapprobation de la politique d’Othman (qu’Allah l’agrée). Cependant, elle était strictement contre la violence. Quand Oushtar Nakhi, le chef rebelle suggéra que Othman fut tué, elle exprima son horreur. Son propre frère Muhammed, agissait contre le Calife. Elle le supplia de ne pas utiliser des méthodes illégales et le pria de l’accompagner à la Mecque pour le Pèlerinage. Mais il refusa d’accepter ce conseil.

L’assassinat d’Othman (qu’Allah l’agrée) a tellement secoué Aïcha (qu’Allah l’agrée) qu’elle exprime ouvertement sa haine pour cet acte, en des termes violents. Elle fut même décidée de marcher su Bassora à la tête d’une armée. Rien d’autre qu’un profond sens du devoir l’amena à tirer l’épée contre Ali (qu’Allah l’agrée). Elle a été absente de Médine pour quelque temps et ses points de vue sur les tragiques incidents dans la capitale étaient basés sur les récits de Talha et Zoubeïr (qu’Allah les agrée). Naturellement, elle dut faire confiance aux récits de ces témoins oculaires. Aussi, la solution qu’elle avait choisie n’était pas celle de son propre choix. Cependant, au moment où elle réalisa son erreur, elle ne perdit pas de temps à la confesser. Elle a fait tout ce qui était en son pouvoir pour se corriger. Une fois, quelqu’un lui demanda :

« Qui le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) aime-t-il le plus ?

-Fatima ! fut la réponse.

-Et parmi les hommes ?

-Son mari Ali qui était le premier pour les prières et pour le jeûne. »

Les dix-huit dernières années de la vie de Aïcha (qu’Allah l’agrée) ont été vécues sous l’autorité de Mou’awiyah (qu’Allah l’agrée). Contrastant avec le Califat des quatre Califes bien guidés, celui de Mou’awiyah était un cas particulier. Aïcha (qu’Allah l’agrée) n’a jamais hésité à déclarer la vérité. Hajr Ibn Abdi, un Compagnon, vivait à Koufa. Il était un partisan d’Ali (qu’Allah l’agrée). Le gouverneur de Koufa l’arrêta et l’envoya à Damas. Quand Aïcha (qu’Allah l’agrée) apprit cela, elle envoya immédiatement un homme à Mou’awiyah (qu’Allah l’agrée), lui demandant de ne pas gêner Hajr. Cependant, Hajr fut tué avant que le messager n’arrive. Quand Mou’awiyah visita Médine par la suite, la première question que Aïcha (qu’Allah l’agrée) lui posa fut celle-ci : « Mou’awiyah ! Qu’est-il arrivé à votre prudence au sujet de Hajr ? »

La guerre civile qui suivit l’assassinat d’Othman (qu’Allah l’agrée) divisa les musulmans en trois groupes. Les habitants de l’Iraq et de l’Egypte disaient du mal d’Othman (qu’Allah l’agrée) et de ses parents. Ceux de Syrie en faisaient de même pour Ali (qu’Allah l’agrée). Les Kharijites haïssaient les deux groupes. Regrettant cet état des choses, Aïcha (qu’Allah l’agrée) fit cette remarque : « Allah ordonne dans le Coran de demander Sa miséricorde et Ses bénédictions pour les Compagnons du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui), mais ces gens jettent des malédictions sur eux ! »

Une fois, Mou’awiyah écrivit à Aïcha (qu’Allah les agrée), lui demandant un conseil. Elle lui donna cette réponse : « J’ai entendu le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) dire : « Celui qui essaie de contenter Allah, ne se souciant pas du mécontentement des gens, sera protégé contre la méchanceté des gens. Mais celui qui contente les gens au prix du mécontentement d’Allah, sera abandonné par Allah à la merci des gens. »

Pendant sa vie, Mou’awiyah (qu’Allah l’agrée) commença à faire prêter serment d’allégeance à son fils Yazid. Aïcha n’apprécia pas cela. Abdullah Ibn Zoubeïr (qu’Allah l’agrée) et quelques autres chefs s’opposèrent sans peur à cette proposition. Quand, lors d’une visite à Médine, Mou’awiyah s’en plaignit à Aïcha (qu’Allah l’agrée), elle répondit : « Faites ce qui vous semble être bon ! Je demande une seule chose : ne forcez pas ces hommes à agir contre leur gré ! »

Un Grand Professeur  

L’islam insiste beaucoup sur l’importance de l’éducation. Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) lui-même était le plus grand professeur de l’histoire. Il voulait que l’éducation se répande. Pour cela, il rassembla toutes les personnes de talent et d’une grande vertu et les forma spécialement, pour travailler comme professeurs après lui. Aïcha (qu’Allah l’agrée) était l’un de ces professeurs.

Sa propre éducation et instruction commencèrent à l’âge de neuf ans, quand elle arriva chez le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). Elles continuèrent jusqu’à ses dix-huit ans. Cela fit d’elle un des plus grands professeurs de son siècle. Elle vécut jusqu’à l’âge de 67 ans, assez longtemps pour aider les gens à trouver des solutions à des problèmes d’une période si différente de celle du début de l’Islam. Elle partageait cette distinction avec de grands maîtres comme Abdullah Ibn Omar, Abdullah Ibn Abbas, Abu Hourayra et Zaid ibn Thabit (qu’Allah les agrée). Ces professeurs célèbres firent de Médine, le plus grand centre d’étude du monde. L’école de Aïcha (qu’Allah l’agrée) était considérée comme le siège le plus important du savoir.

Aïcha (qu’Allah l’agrée) continua à dormir encore quelque temps dans la chambre du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui), à côté de sa tombe. Une nuit, elle le vit en rêve. Le lendemain, elle emménagea dans la chambre voisine. Au cours du temps, la chambre devint le centre le plus important de l’éducation. En face de la porte, il y avait un rideau. Aïcha (qu’Allah l’agrée) s’asseyait derrière le rideau. Des filles, des garçons et les hommes pour lesquels elle n’avait pas à observer le voile, entraient dans la pièce et s’asseyaient en face d’elle. Les autres prenaient place dans la cour de la mosquée, près du rideau.

La méthode d’enseignement adoptée était une combinaison de conversation et de discussion. Quelquefois, elle parlait d’un sujet et les autres écoutaient. À la fin de l’exposé, on posait des questions et on y répondait. Quelquefois, la leçon prenait la forme de questions posées par les élèves et de réponses détaillées, données par le professeur. En d’autres occasions, on commençait une discussion, les élèves et le professeur y prenant part librement. Aïcha (qu’Allah l’agrée) veillait bien à la prononciation et à l’accent. Les fautes étaient corrigées immédiatement. Quelques-uns des adultes assistaient aux cours de temps en temps. La plupart des garçons et filles, cependant, étaient des étudiants réguliers. Les orphelins de Médine bénéficiaient d’une attention spéciale de la part de Aïcha (qu’Allah l’agrée). Elle s’occupait de toutes leurs dépenses. Les personnes qui avaient eu le privilège d’étudier avec Aïcha (qu’Allah l’agrée) surpassaient leurs camarades.

Aïcha (qu’Allah l’agrée) était plus gentille avec ses élèves que leurs propres mères. Elle en adopta quelques-uns. Son amour et son attention pour ses élèves étaient tels que sa propre famille les enviait. Elle aimait chèrement son neveu Abdullah Ibn Zoubeïr (qu’Allah l’agrée). Mais il enviait quand même Aswad, un élève prometteur de Aïcha (qu’Allah l’agrée). Ses élèves aussi avaient la plus grande estime pour elle.

Le nombre d’élèves qui profita de son éducation se comptait par centaines. Rares étaient les savants en hadiths qui n’avaient pas bénéficié directement de ses connaissances. Les plus grands noms parmi eux sont :

Orwa frère d’Abullah ibn Zoubeïr et neveu de Aïcha (qu’Allah les agrée). Il fut élevé par elle. Il était en passe de devenir le premier savant de Médine.

Qacim, un autre neveu de Aïcha (qu’Allah les agrée). Il était le fils de son frère Muhammed. Étant devenu orphelin, elle l’éleva. Il était en passe de devenir un grand savant de la loi islamique.

Abu Salma, fils d’Abdur Rahman Ibn Aouf (qu’Allah les agrée) lui aussi était orphelin et fut élevé par Aïcha (qu’Allah l’agrée). Il était en passe de devenir un grand savant en hadith.

Massrouq, le jeune d’Iraq que Aïcha avait adopté (qu’Allah les agrée). Il devint plus tard, l’autorité principale de la loi islamique en Iraq.

Imam Nakhi, d’Iraq. Les autres étudiants iraquiens enviaient sa chance d’avoir étudié avec Aïcha (qu’Allah l’agrée).

Omerah bint Abdur Rahman, une fille Ansari. Elle était l’élève la plus brillante parmi les filles, et très aimée de Aïcha (qu’Allah l’agrée). C’était elle qui écrivait les lettres de Aïcha (qu’Allah l’agrée). Les hadiths rassemblés par le Calife Omar ibn Abdul Aziz pendant son règne étaient scrupuleusement examinés par Omerah (qu’Allah les agrée).

Aïcha (qu’Allah l’agrée) accomplissait régulièrement le Hadj chaque année. Pendant le Hadj, sa tente devenant l’endroit le plus inspirant dans l’immense assemblée. Les gens de différents pays, se pressaient vers cette tente pour trouver des réponses à leurs questions. Aïcha (qu’Allah l’agrée) était extrêmement polie envers les gens. Si quelqu’un hésitait de poser une question, elle disait : « Vous pouvez librement me poser n’importe quelle question que vous poseriez à votre propre mère ! »

La mort de Aïcha (qu’Allah l’agrée)  

Même quand elle était âgée, Aïcha (qu’Allah l’agrée) continuait à servir l’islam et les musulmans avec la même vigueur. Elle devenait si chère au cœur du peuple qu’elle fut la personne la plus aimée et la plus respectée de son temps.

Dans le mois de Ramadan de l’an 58 de l’hégire, Aïcha (qu’Allah l’agrée) tomba soudainement malade. Les jours passèrent et sa condition s’aggravait. Les gens accouraient pour prendre des nouvelles de sa santé. Le célèbre compagnon et cousin du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui), Abdullah Ibn Abbas (qu’Allah l’agrée) lui rendit un jour visite. Elle hésitait à le recevoir, car elle avait peur qu’il commence à faire des éloges sur ses services rendus à l’islam. Poussée par ses neveux, elle le reçut.

Après quelques informations sur sa santé, le visiteur commença à faire des compliments à la mère des Croyants. « Tu étais la femme préférée du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). À cause de toi, Allah a révélé les versets se rapportant au Tayammum ; des versets du Coran parlent de la pureté de ton caractère. Ces versets sont aujourd’hui récités dans les mosquées, jour et nuit ! »

« Ibn Abbas ! dit-elle, d’une voie faible, n’en dit pas plus. Je souhaite n’être jamais née ! » (Se remémorant le fardeau de la Bataille du Chameau)

Quand sa fin était proche, Aïcha (qu’Allah l’agrée) dicta sa dernière volonté : « Ne m’enterrez pas dans mon ancienne maison, au côté de mon mari, car j’ai commis une faute. Enterrez-moi dans le cimetière de Médine, aux côtés des autres femmes ! Enterrez-moi la nuit, n’attendez pas le matin ! »

Quelqu’un suggéra : « Il serait préférable de vous enterrer là où le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) et votre père Abu Bakr reposent ! » « Dans ce cas, dit Aïcha, toute ma repentance aura été vaine et je devrais me repentir à nouveau. »

Au soir du 17 Ramadan, Aïcha Siddiqua (qu’Allah l’agrée), la Véridique, mourut paisiblement. Elle avait 67 ans. La prière venait de se terminer quand la nouvelle se répandit dans la ville. Elle affligea tout le monde. Des foules se rassemblèrent dans les rues.

« Hélas ! disait-on. Les gens viennent d’être privés du grand professeur, formé spécialement par le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) lui-même ! »

En accord avec sa volonté, Aïcha (qu’Allah l’agrée) fut enterrée dans le cimetière de Médine. Des milliers de personnes assistèrent à la prière funéraire qui fut dirigée par Abu Hourayra (qu’Allah l’agrée). Jamais auparavant dans l’histoire de Médine, des funérailles ne furent aussi largement assistés la nuit. Des foules énormes de femmes sortirent dans la rue, donnant à cette circonstance un aspect de recueil national.

Le Personnage  

La vie de Aïcha (qu’Allah l’agrée) démontre à quel degré peut s’élever une femme musulmane. Avant l’avènement de la religion, une femme n’avait presque aucun droit. L’islam l’a soudainement élevée au plus haut sommet de la dignité humaine tout en insistant sur la douceur et la pureté de sa nature. L’exemple de Aïcha (qu’Allah l’agrée) montre comment cela peut se faire. Elle était rigoureuse au sujet du voile et du code moral et pourtant, elle a joué un rôle vital dans la vie sociale, religieuse et politique de son peuple.

Aïcha (qu’Allah l’agrée) était une femme pieuse. En plus des cinq prières obligatoires, elle s’attachait également aux surérogatoires et elle jeunait fréquemment même après le mois de Ramadan. Aïcha (qu’Allah l’agrée) observa toute sa vie le même état d’ascétisme que durant la vie du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). Elle n’avait pas de passion pour les beaux vêtements. Elle n’avait qu’un seul ensemble à la fois. Quand il se déchirait, elle s’en procurait un autre. Aussitôt qu’elle recevait un peu d’argent, elle le distribuait aux pauvres. Une fois, Mou’awiyah (qu’Allah l’agrée) lui envoya 100 000 dirhams. Elle jeûnait ce jour-là. Elle les distribua immédiatement, sans rien garder pour elle. Le soir, elle n’avait rien à manger. « Pourquoi ne m’as-tu pas rappelé de garder quelque chose pour ce soir ? » dit-elle à la servante.

La malveillance n’est jamais entrée dans son cœur, bien que la provocation fût grande. Une fois, un Égyptien lui rendit visite : « Quel genre d’homme est votre gouverneur ? » demanda-t-elle. Il traite bien le peuple, fut la réponse.

« Quel que soit le traitement de cet homme envers mon frère Muhammed (Ibn Abu Bakr), fit remarquer Aïcha (qu’Allah l’agrée), je ne peux pas m’empêcher de déclarer que le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) a dit en ma présence : « Ô Allah ! Si un gouverneur est très dur envers son peuple, alors toi aussi, sois dur envers lui. Mais s’il est bon envers son peuple, alors Toi aussi sois bon envers lui. »

Ô Allah ! Prie sur notre seigneur Mohammed, Celui qui a ouvert ce qui était clos, et clos ce qui a précédé, le soutien de la Vérité par la Vérité, le guide vers Ton droit chemin, ainsi que sur sa noble famille, selon sa valeur et à la mesure de son immense dignité.

Le pauvre serviteur en Allâh et disciple de Cheikh Ahmed Tidjani (qu’Allâh sanctifie son précieux secret),
Mohammed El Mansour El Mohieddine Tidjani