Saïda Safiya Bint Huyayya (qu’Allâh l’agrée) épouse du bien-aimé Prophète (sas).
Au Nom d’Allâh, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.
Ô Allâh, prie sur notre maître Muḥammad, celui qui a ouvert ce qui était fermé, qui a scellé ce qui avait précédé, le défenseur de la Vérité par la Vérité, le guide vers Ton droit chemin, ainsi que sur sa famille, selon sa valeur et son rang immense.
Saïda Safiya Bint Huyayya (qu’Allah l’agrée) épouse du bien-aimé Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui).
Safiya (qu’Allah l’agrée) au milieu des captives de Khaybar
La sixième année de l’hégire prit fin après que deux événements, l’un gai et l’autre triste, eurent lieu dans la Maison du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). Ce fut d’abord le mariage avec Juwayriya et ensuite l’affaire du collier de ‘Aïcha (qu’Allah les agrée). Il y eut ensuite le pacte de Hudaybiyya signé avec les associateurs.
Au début de la septième année de l’Hégire, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) se prépara à affronter, dans une bataille décisive, les Juifs qui l’avaient trahi dans celle du « Fossé ». Il fallait mettre un terme à cette menace des Juifs qui exploitaient la moindre occasion pour, pensaient-ils, détruire les assises de l’Islam.
Au cours de la seconde moitié de Muharram, l’Envoyé de Dieu (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) se dirigea, à la tête de ses troupes, vers Khaybar, siège de ses ennemis irréductibles. Les musulmans sortirent victorieux après avoir détruit les forteresses des Juifs, tué les hommes et capturé les femmes.
Parmi ces dernières, il y avait Safiya Bint Huyiya Ibn Akhtab (qu’Allah l’agrée), qui descendait de la branche de Aaron, frère de Moïse (sur eux la paix). Elle n’avait pas encore dix-huit ans. En dépit de son jeûne âge, elle avait été mariée deux fois, d’abord avec le poète de son clan, Sallam Ibn Mashkam, et ensuite avec Kinana Ibn ar-Rabi’. Elle faisait partie des nombreuses captives que les musulmans firent à Khaybar.
Safiya (qu’Allah l’agrée) contint sa douleur et s’efforça de garder sa dignité et son orgueil. Ce n’était pas le cas de sa cousine qui pleurait, se lamentait et jetait de la terre sur sa tête. Les deux femmes étaient traînées par Bilal (qu’Allah l’agrée). Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) s’approcha d’elles. Il les regarda avec pitié et compassion.
Il dit à Bilal (qu’Allah l’agrée) :
-« Je vois que tu t’es dépouillé de toute miséricorde en traînant ces deux femmes qui viennent de perdre leur mari ».
Après quoi, il jeta sur Safiya (qu’Allah l’agrée) son manteau, ce qui signifiait qu’il l’avait choisie pour lui.
Selon Anas (qu’Allah l’agrée), le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) dit à Safiya (qu’Allah l’agrée) :
-« As-tu de quoi payer la rançon ?»
– «Cela était possible quand je vivais dans l’associationnisme. Comment pourrais-je le faire à présent que je vis en Islam ».
Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) affranchit Safiya (qu’Allah l’agrée) et l’épousa. Sa libération remplaçait la dot qu’il devait lui offrir. Pendant ce temps, la cousine continuait à se lamenter, en déchirant ses vêtements de désespoir.
Safiya (qu’Allah l’agrée) entre dans la Maison du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui)
Quand le calme fut revenu et que la peur de Safiya (qu’Allah l’agrée) s’était quelque peu dissipée, il porta celle-ci derrière lui sur son chameau et se dirigea vers Médine. À mi-chemin, il s’arrêta. Il constata que Safiya (qu’Allah l’agrée) était plus sereine. Cette dernière était donc prête pour le mariage. Une coiffeuse vint la peigner, la maquiller et la parfumer. Les effets de la tristesse et de la souffrance disparurent complètement. Ce n’était plus la femme sortie du blocus de Khaybar, captive et humiliée.
À l’occasion de ce mariage, un banquet avait été organisé. Les invités mangèrent les bonnes choses prises de Khaybar jusqu’à satiété. Après quoi, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) reprit le chemin de Médine, ayant toujours à l’esprit le premier refus de Safiya (qu’Allah l’agrée) de le prendre comme époux. Mais elle lui raconta un songe qu’elle avait fait avant la prise de Khaybar : La nuit de son mariage avec Kinana Ibn Rabi’, elle vit en rêve une lune se poser sur ses genoux. Elle le raconta à son mari qui lui dit en colère : « En vérité, tu désires Mohammed, le roi du Hijaz ».
Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) se réjouit de cette nouvelle. Il comprit qu’à présent, elle l’acceptait comme époux. Il ne voulait pas lui montrer sa satisfaction. Aussi lui demanda-t-il la raison de son premier refus. Elle lui dit : « J’avais peur pour ta sécurité tant que tu étais encore proche du lieu où se trouvaient les Juifs ».
Les souvenirs de Safiya (qu’Allah l’agrée)
Safiya (qu’Allah l’agrée) se remémorait les discussions des membres de sa famille qui parlaient de leur Livre annonçant la venue d’un prophète. Elle se rappelait leur haine et leur déception quand ce Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) émigra à Médine alors que cela aurait dû être pour eux une bonne nouvelle. Safiya (qu’Allah l’agrée) se rappelait encore quand son père et son oncle paternel partirent à la rencontre de ce Prophète, entrant triomphalement à Médine. Ils ne revinrent qu’au coucher du soleil. Ils arrivèrent exténués et abattus par cette apparition. Safiya (qu’Allah l’agrée) s’approcha d’eux pour entendre leur discussion. Ses deux parents étaient tellement soucieux qu’ils ne firent pas attention à sa présence. Elle entendit son oncle dire à son père :
-« Est-ce bien lui le prophète attendu ? »
Ayant reçu une réponse affirmative, il insista :
-« Tu l’as bien reconnu et tu en as la preuve ? Si c’est le cas, que ressens-tu à présent ?
– Par Dieu ! Mon animosité à son égard demeure et persiste, répondit le père de Safiya ».
L’empoisonnement du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui)
Pendant ce temps, les musulmans n’avaient pas oublié l’acte perfide d’une femme juive de Khaybar, à savoir Zaynab Bint al-Harith, épouse de Sallâm Ibn Mishkam, un des chefs du clan des juifs de Khaybar. Elle entra chez le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) alors que celui-ci se sentait tranquille depuis la reddition des Juifs et la conclusion de leur accord. Cette femme lui présenta un rôti d’agneau empoisonné après avoir demandé à ses Compagnons : « Quelle est la partie préférée de l’Envoyé de Dieu ? » Aussi força-t-elle la dose de poison dans la partie concernée.
Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) ne mangea qu’une partie du rôti et donna l’autre à un de ses Compagnons Bishr Ibn-Barra (qu’Allah l’agrée). Après quoi, il dit : « L’os de ce rôti me dit qu’il est empoisonné ! » Il appela la femme de Sallam qui reconnut avoir empoisonné la viande en disant :
-« Je me suis dit : si c’est vraiment un Prophète, il en sera averti. Si ce n’est qu’un roi, je me serais débarrassé de lui ».
Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) ne prit aucune mesure contre elle. Cependant, son compagnon, qui avait mangé une partie du rôti, mourut des conséquences de l’empoisonnement.
La vie familiale
Sur le chemin du retour à Médine, la chamelle, qui portait Safiya (qu’Allah l’agrée), trébucha et fit tomber celle-ci. Les femmes y virent un mauvais présage et dirent qu’il fallait éloigner d’eux cette Juive. Aussi, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) préféra ne pas faire entrer Safiya (qu’Allah l’agrée) parmi ses autres épouses. Ainsi, il l’emmena chez un de ses Compagnons, Harith Ibn an-Na’man (qu’Allah l’agrée). Les femmes Ansarites se précipitèrent pour aller admirer la beauté de cette Juive. Entre-temps, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) reconnut ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée), le visage entièrement recouvert, qui marchait d’un pas précipité. De loin, il l’a suivi du regard. Il la vit entrer dans la maison d’al-Harith Ibn Nu’am. Il l’attendit jusqu’au moment où elle ressortit. Il alla vers elle et la saisit par son vêtement en lui disant : « Comment l’as-tu trouvé, ô la rousse ? »
La jalousie de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) se manifesta et, haussant les épaules, elle répondit :
-« J’ai vu la Juive.
– «Ne dis pas cela, car elle a embrassé l’Islam et son islam est bon ».
‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) ne fit aucun commentaire et se dirigea à la maison où Hafsa (qu’Allah l’agrée) l’attendait avec impatience pour connaitre l’opinion qu’elle avait sur la nouvelle mariée. ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) ne nia pas que Safiya (qu’Allah l’agrée) était d’une grande beauté. Elle lui raconta aussi que leur noble époux (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) l’a surpris à la sortie de la maison d’al-Harith ainsi que la discussion qu’elle eut avec lui.
En arrivant dans la maison du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui), Safiya (qu’Allah l’agrée) trouva deux groupes de femmes qui l’attendaient. D’un côté, il y avait ‘Aïcha, Hafsa et Sawdah et de l’autre, les autres femmes dont Fatima az-Zahra (qu’Allah les agrée). C’était comme si ces deux groupes lui demandaient de quel clan elle allait faire partie. Il lui était difficile de choisir entre l’épouse préférée du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) et sa fille bien-aimée (qu’Allah l’agrée). Aussi, décida-t-elle de ne pas prendre position pour l’une ou l’autre, mais d’entretenir plutôt de bons rapports avec toutes les femmes qu’elles soient dans un clan ou dans l’autre.
Cependant, Safiya (qu’Allah l’agrée) ne pouvait s’attendre à aucun mal de la part de Fatima (qu’Allah l’agrée), car celle-ci n’avait nullement l’intention de participer à ces antagonismes de femmes. Au contraire, elle recherchait la paix morale de son noble père (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui).
La crainte de Safiya (qu’Allah l’agrée) ne pouvait venir que de la jalousie de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) qui ne supportait pas qu’une belle femme puisse venir s’associer à elle à l’intérieur de la Maison de l’Élu de Dieu (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). En effet, l’épouse préférée du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui), Hafsa et les autres femmes s’enorgueillissaient de leur appartenance à la famille des Qurayshites et des Arabes. Quant à Safiya (qu’Allah l’agrée), elle n’était qu’une juive donc une étrangère et une intruse.
Quand Safiya (qu’Allah l’agrée) entendait les critiques et les sous-entendus de Aïcha et Hafsa, elle se plaignait au Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) en pleurant. Elle lui disait :
-« Comment peuvent-elles prétendre être meilleures que moi alors que Muhammad est mon mari, mon père est Aaron et mon oncle paternel est Moïse ?! »
L’Envoyé de Dieu (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) sentait que Safiya (qu’Allah l’agrée) était considérée comme une étrangère dans sa Maison. Aussi ne se privait-il pas de la défendre auprès des autres femmes, chaque fois que l’occasion se présentait.
Au cours d’un voyage, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) était accompagné de Safiya et de Zaynab bint Jahsh (qu’Allah les agrée). Chemin faisant, le chameau de la première se blessa et ne pouvait plus supporter un poids sur son épaule. Heureusement que le palanquin de Zaynab (qu’Allah l’agrée) était spacieux et qu’il pouvait contenir deux personnes. Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) lui demanda alors de céder un espace à Safiya (qu’Allah l’agrée). Zaynab (qu’Allah l’agrée) répondit avec hauteur et orgueil :
-« Moi, donner une place à cette juive ! »
Cette réflexion fâcha l’Envoyé de Dieu (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). Il bouda Zaynab (qu’Allah l’agrée) deux mois ou même trois sans jamais l’approcher.
Safiya (qu’Allah l’agrée) ne fut jamais privée de la protection de son noble mari (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) jusqu’à la mort de ce dernier. Alors que le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) se trouvait atteint de cette maladie qui allait l’emporter, toutes les Mères des croyants (qu’Allah les agrée) se réunirent autour de son lit. Safiya (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) dit, en cette occasion :
-« Je jure par Dieu ô Messager de Dieu ! J’aurais aimé être atteinte à ta place du mal qui te fait souffrir ».
Les autres femmes se regardèrent en se jetant des clins d’œil, comme pour se dire que Safiya (qu’Allah l’agrée) ne pensait pas ce qu’elle disait. Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) surprit leurs regards. Aussi leur dit-elle :
-« Cessez de faire des clins d’œil entre vous. Je jure par Dieu que les paroles de Safiya sont sincères ».
A la mort du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui), Safiya (qu’Allah l’agrée) perdit cette protection. Les gens n’avaient pas oublié qu’elle était d’origine juive. Ils ne manquaient pas de la harceler, de temps à autre, pour lui rappeler ses origines, en dépit de la sincérité de son islam et de sa qualité d’épouse de l’Élu de Dieu (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). Ce fut ainsi qu’une de ses servantes alla voir l’Émir des Croyants, ‘Umar Ibn al-Khattab (qu’Allah l’agrée) pour lui rapporter que Safiya (qu’Allah l’agrée) pratiquait le Sabbat et priait à la manière des Juifs. Ce n’était, en réalité, qu’un pur mensonge, une invention destinée seulement à porter préjudice à sa maitresse.
Le Calife interrogea la Mère des croyants pour connaitre la vérité. Safiya (qu’Allah l’agrée) lui répondit :
-« Quant au Sabbat, je ne l’aime plus depuis que Dieu me l’a fait remplacer par le vendredi. Quant à être juive, je ne peux pas nier cette origine puisque je suis d’origine juive ».
Lorsque Safiya (qu’Allah l’agrée) interrogea sa servante sur les raisons qui la poussèrent à lancer contre elle de telles calomnies, elle reçut cette réponse :
-« C’est Satan ».
Safiya (qu’Allah l’agrée) la congédia en décidant de la libérer de son asservissement :
-« Pars d’ici, lui dit-elle, tu es libre ! »
Lors de la grande fitna, qui aboutit à l’assassinat de ‘Uthman (qu’Allah l’agrée), Safiya (qu’Allah l’agrée) prit ouvertement position pour ce dernier. Ainsi, quand le troisième Calife de l’Islam était encerclé par ses assaillants, elle allait, elle-même lui porter à manger et à boire.
Safiya (qu’Allah l’agrée) mourut sous le califat de Mu’awiyya (qu’Allah l’agrée) et fut enterrée au cimetière d’al-Baqi avec toutes les autres Mères des croyants. Qu’Allah soit satisfait d’elle. Amine.
Ô Allah ! Prie sur notre seigneur Mohammed, Celui qui a ouvert ce qui était clos, et clos ce qui a précédé, le soutien de la Vérité par la Vérité, le guide vers Ton droit chemin, ainsi que sur sa noble famille, selon sa valeur et à la mesure de son immense dignité.
Le pauvre serviteur en Allâh et disciple de Cheikh Ahmed Tidjani (qu’Allâh sanctifie son précieux secret),
Mohammed El Mansour El Mohieddine Tidjani
