Les Sahabiyattes Mecquoises, ‘Atika bint Zayd (qu’Allâh l’agrée)

Au Nom d’Allâh, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.

Ô Allâh, prie sur notre maître Muḥammad, celui qui a ouvert ce qui était fermé, qui a scellé ce qui avait précédé, le défenseur de la Vérité par la Vérité, le guide vers Ton droit chemin, ainsi que sur sa famille, selon sa valeur et son rang immense.

Les Sahabiyattes Mecquoises

‘Atika bint Zayd qu’Allah soit satisfait d’elle.

Originaire de La Mecque, issue de la tribu des Banû Makhzum, son père était Zayd ibn Amr ibn Nufayl. On nous rapporte que ce dernier s’opposa au culte des idoles et qu’il resta fidèle à la religion d’Abraham, refusant notamment de manger de la chair des bêtes immolées pour les idoles. Son frère, Sa’îd ibn Zayd, fut époux de Fâtima bint Al-Khattâb, la sœur de ‘Umar ibn Al-Khattâb (qu’Allah les agrée).

‘Âtika fut parmi les premières personnes à embrasser l’Islam et fit preuve, tout au long de sa vie, de piété, de courage et de patience. Il est à remarquer que les époux successifs de cette femme sont tous morts martyrs. Ce fait fut très connu, à tel point que Abdallah, le fils de ‘Umar ibn Al-Khattâb (qu’Allah les agrée), dit à son propos : « Celui qui désire mourir en martyr, qu’il prenne pour épouse ‘Âtika bint Zayd ! »

Son premier époux fut Abdallah ibn Abu Bakr (qu’Allah l’agrée). Il l’épousa alors qu’ils étaient tous deux très jeunes. On nous rapporte qu’elle était belle, spirituelle et maitrisait l’art de la poésie. Abdallah était très épris et passait beaucoup de temps en sa compagnie, négligeant parfois ses affaires et même ses obligations religieuses. Un jour, le père de Abdallah se dirigeait vers la mosquée pour aller à la prière et se proposa de prendre son fils au passage.

Arrivé devant la maison de celui-ci, il l’entendit qui déclamait de la poésie amoureuse à son épouse. S’interdisant d’entrer dans leur intimité, Abu Bakr (qu’Allah l’agrée) continua son chemin puis, au retour de la prière, il trouva de nouveau son fils chez lui ! Il l’interpella : « Ô Abdallah ! As-tu prié ? » ‘Abdallah questionna son père : « Les gens ont-ils prié ? » Abu Bakr (qu’Allah l’agrée) lui répondit : « Oui, mais toi non ! Atika t’a distrait de tes affaires et même de la prière ! Répudie-la donc ! »

Abdallah (qu’Allah l’agrée), prenant conscience qu’il se laissait détourner de ses affaires et de ses obligations envers Dieu, obéit aussitôt à son père en répudiant la belle Atika, qui retourna chez ses parents. Mais les deux époux s’aimaient et la séparation leur fut une véritable souffrance. Le malheureux Abdallah (qu’Allah l’agrée) regretta finalement de l’avoir répudiée et passa ses nuits sans sommeil. Un jour, son père l’entendit déclamer des vers vantant les qualités de sa bien-aimée : « Ô Atika, je ne t’oublierai pas tant que le soleil se lèvera à l’Orient et tant que la colombe mise en cage lancera ses roucoulements plaintifs ! Ô Atika ! Tous les jours et toutes les nuits, mon cœur ne cesse de penser à toi. ».

Abu Bakr (qu’Allah l’agrée) fut ému en entendant ces paroles et compatit à son état, d’autant que Abdallah (qu’Allah l’agrée) semblait sincèrement regretter ses négligences à l’égard de Dieu. Il appela son fils et lui dit : « Reprends ta femme ! » De bonheur, Abdallah appela un de ses esclaves et l’affranchit, puis il se rendit auprès de ‘Âtika (qu’Allah l’agrée) pour lui annoncer la bonne nouvelle. ‘Âtika (qu’Allah l’agrée) en fut très heureuse et le couple reprit sa vie faite à la fois d’amour, mais aussi d’adoration de Dieu et d’actes de piété.

Ce bonheur dura un temps. Mais la vie d’ici-bas est un parcours semé d’épreuves et il en fut pour Atika (qu’Allah l’agrée) comme pour chacun ! Un jour, Abdallah – qui s’était ressaisi et remplissait scrupuleusement ses devoirs envers Dieu – partit pour combattre lors de la Campagne de Hunayn où il mourut martyr. Son épouse le pleura longuement, composant des poésies à la mémoire de son bien-aimé.

Elle était encore jeune ; sa beauté, sa piété et sa spiritualité ne manquèrent pas d’attirer des prétendants parmi les plus illustres des Compagnons. C’est ainsi qu’elle fut demandée par ‘Umar ibn Al-Khattâb (qu’Allah l’agrée), alors Calife. Atika (qu’Allah l’agrée) voulut bien accepter, mais il subsistait un empêchement : Abdallah lui avait fait cadeau d’un jardin à condition qu’elle n’épouse personne après lui ! Elle demanda conseil à Ali (qu’Allah l’agrée) à ce sujet et il fut décidé qu’elle pourrait épouser ‘Umar (qu’Allah l’agrée) après avoir restitué le jardin en question aux héritiers de Abdallah (qu’Allah l’agrée).

Dans la maison de ‘Umar, Atika (qu’Allah l’agrée) partagea son temps entre les actes de dévotion et l’acquisition du savoir dont elle était assoiffée. Auprès d’elle, le Calife trouvait le bon conseil, la sérénité, la tendresse. Mais une fois encore, le destin de Atika (qu’Allah l’agrée) allait se trouver bouleversé. En effet, tandis que ‘Umar (qu’Allah l’agrée) dirigeait la prière, un esclave du nom de Fayruz le poignarda et ‘Umar (qu’Allah l’agrée) mourut à son tour. Atika (qu’Allah l’agrée) se retrouva de nouveau seule. Elle pleura ‘Umar (qu’Allah l’agrée) et se résigna à la volonté de Dieu.

Elle demeura chez elle, le cœur blessé. On ne la voyait que dans la mosquée où elle se rendait pour prier et adorer Dieu. Lorsque sa période de deuil fut terminée, ‘Âtika (qu’Allah l’agrée) reçut une nouvelle demande en mariage. Elle émana d’un Compagnon bien connu, Zubayr ibn Al-Awwâm (qu’Allah l’agrée), l’un des dix élus du Paradis. Atika (qu’Allah l’agrée) hésita, encore sous le coup de ses malheureuses expériences, puis elle finit par accepter et devint l’épouse de Zubayr (qu’Allah l’agrée), après avoir formulé certaines conditions, car Zubayr (qu’Allah l’agrée) était connu pour sa sévérité et sa jalousie excessive !

Une fois marié, Zubayr (qu’Allah l’agrée) tenta de l’empêcher d’accomplir ses devoirs religieux à la mosquée en dépit de la promesse qu’il avait faite. Atika (qu’Allah l’agrée) lui rétorqua : « Ta jalousie voudrait elle m’empêcher de me rendre dans un endroit où j’ai prié avec l’Envoyé de Dieu (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui), Abu Bakr et ‘Umar ? » Et Zubayr (qu’Allah l’agrée), surpris, répondit : « Je ne t’en empêcherai pas ! »

Cependant, Zubayr (qu’Allah l’agrée) ne renonça pas tout à fait. Un matin, il se pressa pour la devancer lors de la prière de l’aube. Il se cacha sur le chemin de la mosquée et, lorsqu’elle arriva à sa hauteur, il lui donna une claque sur une partie de son corps sans se montrer ! Surprise, elle s’exclama : « Qu’as-tu donc ! Que Dieu te coupe la main ! » Puis elle rebroussa chemin. À son retour, Zubayr (qu’Allah l’agrée) fit mine de s’étonner : « Pourquoi ne t’ai-je pas vue à la mosquée ce matin ? » Pas dupe, elle lui rétorqua : « Que Dieu te fasse miséricorde, ô Zubayr. Les gens sont devenus immoraux. »

De ce jour, elle ne se rendit plus à la mosquée pour ne pas contrarier Zubayr (qu’Allah l’agrée) ! Les épreuves de Âtika (qu’Allah l’agrée) ne furent pas encore terminées. Zubayr (qu’Allah l’agrée) fit partie de l’armée qui se rendit à la Bataille du Chameau avec Aïcha (qu’Allah l’agrée), la Mère des Croyants. Tout comme Aïcha, Zubayr se rendit compte qu’ils avaient été induits en erreur dans cette affaire et il regretta beaucoup de s’être laissé piéger et d’y avoir entraîné d’autres Compagnons. Alors que Zubayr (qu’Allah l’agrée) était en prière, un des partisans de Alî (qu’Allah l’agrée) s’approcha et le tua.

Le meurtrier se rendit ensuite auprès de Alî (qu’Allah l’agrée) pour lui dire que Zubayr (qu’Allah l’agrée) était mort de sa main, mais Alî (qu’Allah l’agrée) refusa de le recevoir. Il chargea un de ses gardes de lui dire : « Annonce au meurtrier du fils de Safiyya le châtiment de l’Enfer. » Nous retrouvons à nouveau Âtika (qu’Allah l’agrée) veuve. Elle prit le deuil de Zubayr (qu’Allah l’agrée) et composa à sa mémoire des vers émouvants, se rappelant qu’elle avait vécu avec lui des jours heureux et paisibles.

Malgré la richesse de Zubayr (qu’Allah l’agrée), elle continua de vivre modestement, détachée des biens de ce monde. On rapporte à ce propos qu’après la mort de Zubayr, son fils Abdallah lui délégua son épouse Asma bint Abu Bakr (qu’Allah les agrée) pour voir avec elle ce qu’elle désirait recevoir de l’héritage, mais elle répondit qu’elle n’avait aucune prétention sur les biens de Zubayr (qu’Allah l’agrée). Lorsque sa période de veuvage fut terminée, elle reçut encore une nouvelle demande en mariage, cette fois de la part de Alî (qu’Allah l’agrée) lui-même, veuf de Fatima (qu’Allah l’agrée) la fille de l’Envoyé de Dieu (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui).

Mais Âtika (qu’Allah l’agrée) refusa cette fois en lui répondant : « Ô cousin du Prophète ! Je redoute pour toi la mort, car tous les hommes que j’ai épousés ont été tués. » De cette réponse naquit la légende : « Que celui qui désire mourir martyr épouse Atika ! »

Cependant, après avoir éconduit poliment Alî (qu’Allah l’agrée), voilà qu’elle se remaria encore une fois, cette fois avec le fils de Alî, Al-Husayn (qu’Allah les agrée) l’illustre petit-fils de l’Envoyé de Dieu (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). Elle fut à ses côtés dans son épopée tragique et assista à son martyre à Karbala. Elle composa à sa mémoire des vers d’une haute facture littéraire.

Elle passa le reste de sa vie absorbée dans l’adoration de Dieu. Elle consacra sa vie à l’Islam et, après bien des épreuves vécues aux côtés des Compagnons les plus illustres, elle rendit l’âme en l’an 40 de l’Hégire.

Que Dieu soit satisfait de Atika.

Ô Allah ! Prie sur notre seigneur Mohammed, Celui qui a ouvert ce qui était clos, et clos ce qui a précédé, le soutien de la Vérité par la Vérité, le guide vers Ton droit chemin, ainsi que sur sa noble famille, selon sa valeur et à la mesure de son immense dignité.

Le pauvre serviteur en Allâh et disciple de Cheikh Ahmed Tidjani (qu’Allâh sanctifie son précieux secret),
Mohammed El Mansour El Mohieddine Tidjani