Les pièges de Satan (Chayṭān) : le récit de l’ermite égaré

Au nom d’Allâh, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux

Ô Allâh, prie sur notre maître Muḥammad, l’Ouverture de ce qui fut fermé, le Sceau de ce qui a précédé, le Défenseur de la Vérité par la Vérité, le Guide vers Ton chemin droit, ainsi que sur sa famille, selon son immense valeur et la grandeur de son rang.

« Dis : “Ceci provient de la grâce d’Allah et de Sa miséricorde. Qu’ils s’en réjouissent donc. Cela est bien meilleur que tout ce qu’ils amassent.”
(Coran 10 Yunus, verset 58)

« Dis : “Si vous aimez vraiment Allah, alors suivez-moi ; Allah vous aimera et vous pardonnera vos péchés. Allah est Pardonneur et Miséricordieux.”
(Coran 3 Al-‘Imran, verset 31)

Le Prophète ﷺ a dit :

« Le licite est clair et l’illicite est clair ; entre les deux se trouvent des choses ambiguës que beaucoup de gens ne connaissent pas. Celui qui se préserve des choses ambiguës préserve sa religion et son honneur. »
(Rapporté par Al-Bukhârî et Muslim)

Les pièges de Satan (Chayṭān) : le récit de l’ermite égaré

Allah, Exalté soit-Il, nous met en garde contre l’ennemi le plus ancien de l’humanité :

« Certes, Satan est pour vous un ennemi. Prenez-le donc pour ennemi. Il ne fait qu’appeler ses partisans afin qu’ils soient parmi les gens de la Fournaise. »
(Coran 35:6)

Parmi les récits les plus célèbres rapportés par les savants pour illustrer la ruse de Chayṭān figure l’histoire de Barṣîṣâ, l’ermite des fils d’Israël. Ce récit est mentionné par plusieurs exégètes à propos de la parole d’Allah :

« Ils sont semblables à Satan lorsqu’il dit à l’homme : “Mécrois !” Puis, lorsque celui-ci a mécru, il dit : “Je te désavoue, car je crains Allah, le Seigneur des mondes.” »
(Coran 59 Al-Hashr, verset 16)

Les savants expliquent toutefois que les détails de cette histoire proviennent principalement des traditions des Enfants d’Israël (Isrâ’îliyyât). Ils ne constituent donc pas un hadith authentique du Prophète ﷺ. Néanmoins, le sens général est conforme aux enseignements du Coran et de la Sunna : Satan avance progressivement, étape après étape, jusqu’à entraîner sa victime dans la désobéissance.

Le récit

On rapporte qu’il y avait parmi les fils d’Israël un homme réputé pour son immense dévotion. Il avait quitté les distractions du monde afin de se consacrer entièrement à l’adoration d’Allah.

Trois frères, devant partir au combat, cherchèrent une personne digne de confiance pour protéger leur sœur durant leur absence. Après avoir refusé plusieurs propositions, ils confièrent finalement leur sœur à cet ermite, convaincus de sa piété.

Au début, l’ermite restait extrêmement prudent. Il déposait simplement la nourriture devant la porte et repartait aussitôt.

Mais Satan ne renonce jamais.

Il lui souffla :

« Pourquoi laisser cette femme sortir seule ? Tu pourrais lui apporter la nourriture jusqu’à sa porte. »

L’ermite accepta.

Puis Satan lui suggéra :

« Tu pourrais lui parler de loin afin de la rassurer. »

Il accepta encore.

Puis vinrent des conversations plus longues, puis une proximité croissante, jusqu’à ce que l’ermite tombe dans la tentation. Il commit la fornication avec cette femme, qui tomba enceinte.

Satan lui inspira alors une nouvelle ruse :

« Si ses frères découvrent cela, tu seras déshonoré. Tue-la et enterre-la. Ensuite tu te repentiras. »

Il la tua ainsi que l’enfant qu’elle portait et les enterra secrètement.

Lorsque les frères revinrent, il leur annonça que leur sœur était décédée.

Mais Allah fit apparaître la vérité : selon certains récits, les frères virent en rêve l’emplacement où étaient enterrés leur sœur et l’enfant. En creusant, ils découvrirent le crime.

L’ermite fut arrêté et condamné à mort.

Au moment où il allait être exécuté, Satan lui apparut et lui dit :

« C’est moi qui t’ai conduit jusqu’ici. Si tu veux être sauvé, prosterne-toi devant moi. »

Désespéré, l’ermite accepta.

Alors Satan lui dit :

« Je te désavoue. Je crains Allah, Seigneur des mondes. »

Ainsi se réalisa le sens du verset : Satan pousse l’homme vers la perte, puis l’abandonne au moment où il a le plus besoin d’aide.

Les enseignements

Cette histoire montre que Satan ne commence presque jamais par les grands péchés. Il ouvre d’abord une petite porte, puis une autre, jusqu’à ce que le cœur s’habitue à ce qui était auparavant impensable.

Les savants disent :

« Les grands péchés commencent souvent par la négligence des petits. »

C’est pourquoi Allah dit :

« Ô vous qui avez cru ! Ne suivez pas les pas de Satan. »
(Coran 24 An-Noor, verset 21)

Allah n’a pas dit : « Ne suivez pas Satan », mais « Ne suivez pas ses pas », car son œuvre consiste à faire avancer le serviteur progressivement.

L’imam Ibn al-Qayyim explique que Satan agit par degrés : il appelle d’abord à la mécréance ; s’il échoue, il appelle à l’innovation religieuse ; puis aux grands péchés ; ensuite aux petits péchés ; puis il occupe le serviteur par ce qui est permis mais inutile ; enfin, il le détourne de ce qui est meilleur vers ce qui est simplement bon.

Nul n’est à l’abri du stratagème d’Allah

Allah, Exalté soit-Il, dit :

« Sont-ils à l’abri du stratagème d’Allah ? Nul ne se croit à l’abri du stratagème d’Allah, sauf les gens perdus. »

﴿ أَفَأَمِنُوا مَكْرَ اللَّهِ ۚ فَلَا يَأْمَنُ مَكْرَ اللَّهِ إِلَّا الْقَوْمُ الْخَاسِرُونَ

(Sourate 7 Al-Aʿrâf, verset 99)

Explication des savants

Le terme makr (مكر), lorsqu’il est attribué à Allah, ne signifie pas une ruse injuste ou trompeuse comme chez les créatures.

Les savants d’Ahl as-Sunna expliquent qu’il s’agit d’un stratagème juste, par lequel Allah déjoue les complots de ceux qui s’opposent à Lui et saisit les injustes sans qu’ils s’y attendent.

Ainsi, Allah accorde parfois un délai au pécheur et lui ouvre les portes des bienfaits, tandis que celui-ci croit être en sécurité. Puis vient le châtiment au moment où il ne l’attend pas.

C’est pourquoi les croyants vivent constamment entre la crainte (al-khawf) et l’espérance (ar-rajâ’) :

  • Ils ne désespèrent jamais de la miséricorde d’Allah.
  • Ils ne se sentent jamais totalement à l’abri de Son jugement.

L’imam Ibn Kathîr explique que ce verset met en garde contre celui qui persiste dans la désobéissance tout en pensant être à l’abri du châtiment d’Allah.

De même, Al-Qurṭubî souligne que le croyant ne doit jamais se laisser tromper par les bienfaits, les succès ou le délai accordé par Allah, car cela peut être une épreuve avant la rétribution.

Allah dit :

« Invoquez-Le avec crainte et espoir. Certes, la miséricorde d’Allah est proche des bienfaisants. »

﴿ وَادْعُوهُ خَوْفًا وَطَمَعًا ۚ إِنَّ رَحْمَتَ اللَّهِ قَرِيبٌ مِّنَ الْمُحْسِنِينَ

(Sourate 7 Al-Aʿrâf, verset 56).

Exhortation

Le croyant sincère ne se fie jamais à sa propre piété. Il ne dit jamais : « Je suis à l’abri. » Celui qui pense être protégé est déjà en danger.

Notre règle est de ne jamais nous appuyer sur nos œuvres, notre science, notre rang, nos efforts ou nos états spirituels, mais de reconnaître avec humilité notre pauvreté devant Allah.

Nous plaçons toute notre confiance dans Sa faveur, Sa miséricorde et Sa grâce, tout en espérant Son pardon et en recherchant l’intercession de notre bien-aimé Prophète Muḥammad ﷺ.

Chaque jour, nous implorons notre Seigneur :

« Ô Toi qui fais tourner les cœurs, affermis nos cœurs sur Ta religion. »

Celui qui s’attache au Coran, à la Sunna, au rappel d’Allah, à la compagnie des pieux et qui fuit les causes de la tentation trouvera, par la permission d’Allah, une protection contre les ruses de Chayṭān.

Ne te crois jamais arrivé, car celui qui pense être arrivé cesse de cheminer. Ne te crois jamais en sécurité, car le croyant demeure vigilant jusqu’à son dernier souffle. La véritable force n’est pas dans la confiance en soi, mais dans la confiance placée en Allah. La véritable richesse n’est pas dans les œuvres accumulées, mais dans le besoin continuel que nous éprouvons envers notre Seigneur.

Le serviteur sincère vit entre la crainte et l’espérance : il espère la miséricorde d’Allah sans jamais se sentir à l’abri de Sa justice. Il demande constamment à son Seigneur de le préserver des ruses apparentes et cachées de Satan, de purifier son intention et de lui accorder la fermeté jusqu’à la rencontre avec Lui.

Conclusion

Qu’Allah purifie nos cœurs, nous protège des pièges de Chayṭān, nous accorde la sincérité dans nos paroles, nos actes et nos intentions, nous préserve des passions de nos âmes et des insufflations de notre ennemi déclaré.

Qu’Il fasse que notre dernier souffle soit accompagné de l’attestation de foi, qu’Il nous couvre de Sa miséricorde, nous accorde une bonne fin (ḥusn al-khâtima), nous ressuscite sous l’étendard de notre maître Muḥammad ﷺ et nous réunisse avec les prophètes, les véridiques, les martyrs et les pieux. Quelle excellente compagnie !

Ô Allâh, prie sur notre maître Muḥammad, l’Ouverture de ce qui fut fermé, le Sceau de ce qui a précédé, le Défenseur de la Vérité par la Vérité, le Guide vers Ton chemin droit, ainsi que sur sa famille, selon son immense valeur et la grandeur de son rang.

Le pauvre serviteur d’Allâh,
Disciple de notre maître Sîdî Aḥmad at-Tijânî (qu’Allâh sanctifie son précieux secret),
Muḥammad El Mansour El Moḥieddine At-Tijânî