Calomnie contre Aïcha (qu’Allah soit satisfait d’elle)
Au Nom d’Allâh, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.
Ô Allâh, prie sur notre maître Muḥammad, celui qui a ouvert ce qui était fermé, qui a scellé ce qui avait précédé, le défenseur de la Vérité par la Vérité, le guide vers Ton droit chemin, ainsi que sur sa famille, selon sa valeur et son rang immense.
Calomnie contre Aïcha, qu’Allah soit Satisfait d’elle
ALLAH le Très Haut dit :
« Ô vous qui avez cru ! Si un pervers vous apporte une nouvelle, voyez bien clair [de crainte] que par inadvertance vous ne portiez atteinte à des gens et que vous ne regrettiez par la suite ce que vous avez fait. » (Sourate 49 Les appartements, verset 6)
L’événement se produisit en l’an 6 de l’Hégire. ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) était maintenant une jeune femme de quatorze ans. Le Prophète (prière et paix d’Allah sur lui) se prépara à aller en expédition militaire. Selon son habitude, il tira au sort l’épouse qui devait l’accompagner. Ce fut ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) qui fut choisie et qui partit avec lui, heureuse et tranquille.
À son retour victorieux de cette expédition, le Prophète (prière et paix d’Allah sur lui) retourna à Médine à la tête de son armée qui entonnait des chants célébrant leur triomphe sur l’ennemi. À quelque distance de la ville, le convoi fit une halte et passa une partie de la nuit en ce lieu. Le lendemain, le signal du départ fut donné, sans que personne ne sache que ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) fût descendue de son chameau pour aller s’acquitter de besoins naturels.
La caravane arriva à Médine au lever du jour. Le chameau de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) fut conduit jusqu’au seuil de la maison de cette dernière. Ce fut à ce moment que les gens s’aperçurent avec stupéfaction que la Mère des croyants ne se trouvait pas dans son palanquin. Le Prophète (prière et paix d’Allah sur lui) et ses Compagnons restèrent perplexes, inquiets et tourmentés par cette incompréhensible disparition. Certains prirent la décision de revenir sur leur chemin et suivirent l’itinéraire inverse dans l’espoir de la retrouver.
Voilà qu’au loin, ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) apparut, montée sur le chameau d’un homme connu sous le nom de Safwan Ibn al-Mu’attal as-Salmi. C’était l’époque où l’ordre, donné aux mères des croyantes de se voiler le visage et de ne pas se montrer aux gens, n’avait pas encore été révélé. Le Prophète (prière et paix d’Allah sur lui) fut apaisé et écouta attentivement le récit de sa femme, lui expliquant les causes de sa mésaventure :
« J’ai quitté mon palanquin pour m’acquitter d’un besoin naturel, avant que tu ne donnes au convoi le signal du départ. J’avais un collier autour de mon cou. Quand j’ai terminé mes besoins, le collier s’était détaché de mon cou, puis il était tombé je ne sais où. Je ne m’en étais aperçu qu’en revenant à l’endroit où nous avons fait halte. Aussi, ai-je fait demi-tour pour rechercher mon bijou. Quand je l’ai retrouvée, je suis revenu au lieu du campement, mais vous étiez déjà partis. Je suis tellement légère que ceux qui placèrent mon palanquin sur le chameau pensaient que je m’y trouvais.
Je n’ai pas trouvé mieux que de demeurer sur place. Je me suis emmitouflée dans mon jilbab et me suis allongée sur le sol, attendant l’éventualité d’un secours. Au bout d’un moment, Safwan Ibn al-Mu’attal as-Salmi m’aperçut, car, lui aussi, resta en arrière du convoi pour des besoins particuliers. Il manifesta son étonnement de me trouver seule à cet endroit. Enfin, il me demanda de monter sur son chameau, prit les rênes de la bête et me conduisit jusqu’ici à toute allure. »
Après son récit, ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) s’endormit paisiblement, la conscience tout à fait tranquille. Ce n’était pas le cas de tous dans la ville. Un groupe de Juifs et d’hypocrites, à leur tête Abdoullah Ibn Ubbay, qui éprouvait une haine envers le Prophète (prière et paix d’Allah sur lui) exploitèrent l’événement du collier pour propager des mensonges au sujet de la chasteté de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée). C’était pour eux l’occasion de déverser leur venin sur l’Envoyé de Dieu (prière et paix d’Allah sur lui) et son innocente femme.
Le bruit de la mésaventure de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) se répandit dans toute la ville. Les mauvaises langues doutaient de l’honnêteté de cette dernière. Elles imaginaient mille et une choses, car, dans leur esprit, un homme et une femme, étrangers l’un à l’autre, ne pouvaient entreprendre seuls, sans la présence de témoins, un si long trajet sans qu’il n’y eût quelque chose de malsain entre eux.
Malheureusement, des musulmans et des musulmanes reprirent à leur compte ces mensonges sans demander des preuves qui justifieraient de telles accusations. Il en a été ainsi de Hasan ibn Thabit al-Ansari, poète du Prophète (prière et paix d’Allah sur lui), Mastah ibn Athathah, proche d’Abu bakr, Hamnatah Bint Jahsh, sœur de Zaynab.
La douleur poignante de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée)
La rumeur ne manqua pas d’arriver jusqu’aux oreilles du Prophète (prière et paix d’Allah sur lui), ainsi que de ceux d’Abou Bakr et de Oum Ruman (qu’Allah les agrée), père et mère de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée). Celle-ci ignorait ce que les gens disaient à son sujet. Elle était inquiète en s’apercevant que son mari la boudait sans raison. C’est que personne ne s’aventura à lui expliquer les raisons de cette agitation dans la ville. Pourtant, elle sentait que quelque chose n’allait pas chez son époux. Elle pensa que c’était probablement sa pénible tâche qui le rendait silencieux ou que quelque chose de très lourd qui pesait sur son cœur. Elle n’osait pas lui poser la question pour savoir ce qui le tracassait à ce point.
Cependant, observant son attitude sèche à son égard, elle lui proposa d’aller chez son père et sa mère en attendant que les choses se tassent.
Le Prophète (prière et paix d’Allah sur lui) ne s’opposa pas à la proposition de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée). Celle-ci demeura dans l’ignorance de ce qui se tramait contre elle. Ce ne fut que quelques jours plus tard, alors qu’elle sortit de nuit pour ses besoins naturels, que Umm Masta’, tante maternelle d’Abu Bakr, lui dit :
« Ô fille d’Abu Bakr ! Ne t’est-il pas parvenu la nouvelle qui circule à ton sujet ? »
Ce fut ainsi que ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) prit connaissance des dénigrements dont elle était injustement l’objet. Elle pleura longtemps au point qu’elle sentit son cœur se détacher de sa poitrine. Elle s’en prit à sa mère qui l’avait laissé dans une ignorance absolue :
« Qu’Allah te pardonne ! Les gens disent du mal de moi et tu ne me dis rien de ce qui se passe autour de moi ! »
Oum Ruman la calma en lui affirmant qu’elle était une femme bonne et aimée de son mari. Cet éloge ne calma pas ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) pour autant. Elle passa la nuit éveill ée, des sanglots agitant sa frêle poitrine et de grosses larmes coulant sur ses joues roses.
‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) était loin de s’imaginer que le Prophète (prière et paix d’Allah sur lui) allait prendre au sérieux ces rumeurs. Il n’allait pas, tout de même, prendre en considération de telles insanités et méchancetés déversées sur elle. Elle savait, elle, qu’elle était victime d’un complot, fondé sur des accusations injustes. Ce qu’elle ne savait pas, c’est que son mari défendait son honneur et le sien. En effet, le Prophète (prière et paix d’Allah sur lui) prit témoin une assemblée de personnes :
« Ô vous les gens ! Quelle est l’intention de ces hommes qui portent préjudice à ma famille et disent sur elle ce qui n’est pas la vérité ? »
La majorité des musulmans partageait les soucis de leur Prophète (prière et paix d’Allah sur lui) et l’épreuve qu’il traversait. Ils étaient en colère contre ceux qui colportaient des mensonges et portaient atteinte à l’honneur d’une épouse noble, sage et pure. Ils demandaient vengeance contre ces dénigreurs. Il va de soi que ce qui touchait à la dignité de la famille du Prophète (prière et paix d’Allah sur lui) se répercutait sur eux-mêmes.
Le Prophète (prière et paix d’Allah sur lui) voulait entendre les conseils afin de définir la position à prendre, car il était à la fois agité et soucieux. Aussi alla-t-il voir Ali et Usama Ibn Zayd (qu’Allah les agrée). Celui-ci prit la défense de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) en affirmant qu’il ne savait sur elle que du bien et que tout ce qui se disait n’était que pur mensonge.
Quant à ‘Ali (qu’Allah l’agrée), il prit une position qui la désavantageait. En effet, il dit au Prophète (prière et paix d’Allah sur lui) qu’il n’avait pas à se soucier du cas de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée), car ce n’était pas les femmes qui manquaient. Il avait donc loisir de la remplacer et de choisir celle qui lui conviendrait. Alors le Prophète (prière et paix d’Allah sur lui) questionna Barira, la servante de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) :
« Ô Barira, n’as-tu jamais rien vu dans la conduite de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) qui aurait pu éveiller des soupçons ? »
– Par celui qui t’a envoyé avec la vérité, je n’ai jamais rien vu de mal dans la conduite de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) pour la blâmer. »
Le Prophète (prière et paix d’Allah sur lui) sortit de la maison, triste et accablé par une douleur morale. Il se dirigea vers la maison d’Abu Bakr (qu’Allah l’agrée). ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) s’y trouvait, les yeux gonflés de larmes. Il y avait à ses côtés des visiteuses parmi les femmes des Ansars. Son père et sa mère étaient là également et la regardaient en gardant le silence, ne sachant quoi lui dire.
Pour la première fois depuis l’éclatement du faux scandale, l’Envoyé d’Allah (prière et paix d’Allah sur lui) s’assit aux côtés de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) et lui adressa la parole.
« Ô ‘Aïcha ! Tu es au courant de ce que disent les gens à ton sujet. Crains Allah ! Si tu as fait le mal dont les gens parlent, repens-toi à Allah, car Allah accepte le repentir de ses serviteurs. »
‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) n’en croyait pas ses oreilles. Ainsi, le doute habitait la pensée de son mari. Elle se tourna vers son père et sa mère, espérant qu’eux-mêmes répondraient à sa place à son époux. Ils déclarèrent :
« Par Allah ! Nous ne savons pas quoi répondre ».
Il ne restait plus à ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) qu’à se défendre elle-même. Ses larmes se remirent à couler, alors elle se tourna vers son mari et lui dit avec insistance :
« Par Allah ! Je ne me repentirai jamais à Allah à propos de ces accusations. Je ne peux pas confirmer ce que les gens colportent sur moi. Allah sait que je suis innocente. Je ne peux pas dire ce qui n’existe pas. Mais si je démens ce qui se dit, vous ne me croirez pas. Je dirais seulement ce que le père de Joseph a dit : « Il ne me reste que la Patiente ! C´est à Allah qu´il faut appeler au secours contre ce que vous racontez ! » (Sourate 12 Youssouf, verset 18)
‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) déclarée innocente
Le Prophète (prière et paix d’Allah sur lui) n’avait pas encore quitté la pièce qu’il perdit connaissance. Son inconscience était de celle qui précédait la descente de la révélation. Les présents le recouvrirent de son vêtement et placèrent un coussin sous sa tête. Le père et la mère de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) se tordaient de peur, craignant que la révélation dévoile un possible crime commis par leur fille. Quant à celle-ci, elle garda son calme, certaine de son innocence et sachant que Dieu ne serait point injuste envers elle.
Quelque temps après, le Prophète (prière et paix d’Allah sur lui) se réveilla de son inconscience. Il s’assit en essuyant la sueur qui coulait de son front. Il dit alors, le sourire aux lèvres :
« C’est une bonne nouvelle pour toi ô ‘Aïcha. Allah a révélé ton innocence ».
Abu Bakr (qu’Allah l’agrée) expira fortement comme s’il voulait libérer un poids énorme qui obstruait sa respiration. Quant à Oum Ruman (qu’Allah l’agrée), elle bondit de la place où elle se trouvait, emportée par la joie qui la saisit. Elle fit signe à sa fille de se lever et d’aller vers son époux. ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) répondit spontanément :
« Par Allah ! Je n’irai pas vers lui. Je n’ai qu’à louer Allah, le Puissant, le Glorieux ! C’est lui qui a fait descendre mon innocence. »
Puis, elle se tourna vers son père alors qu’il s’approchait d’elle. Abou Bakr (qu’Allah l’agrée), les larmes aux yeux, embrassa le front de sa fille. Celle-ci lui dit :
« Ô père ! Ne m’avais-tu pas soupçonnée ? »
Il répliqua : « Quel est le ciel qui m’aurait recouvert et quelle est la terre qui m’aurai supporté si je t’avais accusé de quelque chose que j’ignorais. »
Quant au Prophète (prière et paix d’Allah sur lui), il se remémora la douleur que ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) avait endurée à cause d’une accusation injuste. Il sortit aussitôt de la maison, se dirigea directement à la mosquée et récita les versets révélés au sujet de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) :
« Ceux qui sont venus avec la calomnie sont un groupe d´entre vous. Ne pensez pas que c´est un mal pour vous, mais plutôt, c´est un bien pour vous. À chacun d´eux ce qu´il a acquis comme péché. Celui d´entre eux qui s´est chargé de la plus grande part aura un énorme châtiment. Pourquoi, lorsque vous l´avez entendue (cette calomnie), les croyants et les croyantes n´ont-ils pas, en eux-mêmes, conjecturé favorablement, et n´ont-ils pas dit : « C´est une calomnie évidente ? » Pourquoi n´ont-ils pas produit (à l´appui de leurs accusations) quatre témoins ? S´ils ne produisent pas de témoins, alors ce sont eux, auprès d´Allah, les menteurs. N´eussent été la grâce d´Allah sur vous et Sa miséricorde ici-bas comme dans l´au-delà, un énorme châtiment vous aurait touchés pour cette (calomnie) dans laquelle vous vous êtes lancés, quand vous colportiez la nouvelle avec vos langues et disiez de vos bouches ce dont vous n´aviez aucun savoir; et vous le comptiez comme insignifiant alors qu´auprès d´Allah cela est énorme. Et pourquoi, lorsque vous l´entendiez, ne disiez-vous pas : « Nous ne devons pas en parler. Gloire à Toi (ô Allah) ! C´est une énorme calomnie ? » Allah vous exhorte à ne plus jamais revenir à une chose pareille si vous êtes croyants. Allah vous expose clairement les versets et Allah est Omniscient et Sage. Ceux qui aiment que la turpitude se propage parmi les croyants auront un châtiment douloureux, ici-bas comme dans l´au-delà. Allah sait, et vous, vous ne savez pas. » (Sourate 24 La lumière, versets 11 à 19)
Et par ordre de Dieu, les calomniateurs furent fouettés ainsi : « Et ceux qui lancent des accusations contre des femmes chastes sans produire par la suite quatre témoins, fouettez-les de quatre-vingts coups de fouet, et n´acceptez plus jamais leur témoignage. Et ceux-là sont les pervers. » (Sourate 24 La lumière, verset 4)
Le sage dit : « Malheur à celui qui parle le langage d’ALLAH et qui est le premier à ne pas l’entendre. »
Ô Allah ! Prie sur notre seigneur Mohammed, Celui qui a ouvert ce qui était clos, et clos ce qui a précédé, le soutien de la Vérité par la Vérité, le guide vers Ton droit chemin, ainsi que sur sa noble famille, selon sa valeur et à la mesure de son immense dignité.
Le pauvre serviteur en Allâh et disciple de Cheikh Ahmed Tidjani (qu’Allâh sanctifie son précieux secret),
Mohammed El Mansour El Mohieddine Tidjani
