Dame Oumm Kaltoum (qu’Allâh l’agrée)

Au Nom d’Allâh, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.

Ô Allâh, prie sur notre maître Muḥammad, celui qui a ouvert ce qui était fermé, qui a scellé ce qui avait précédé, le défenseur de la Vérité par la Vérité, le guide vers Ton droit chemin, ainsi que sur sa famille, selon sa valeur et son rang immense.

Dame Oumm Kaltoum qu’Allah soit satisfait d’elle,

Fille du bien-aimé Prophète Mohammed 

(que la prière et la paix d’Allah soient sur lui).

Ni l’amertume ni le désappointement n’effleurèrent l’esprit de Mohammed (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) et Khadija (qu’Allah l’agrée) à la naissance d’une troisième fille, Um Kaltoumi (qu’Allah l’agrée). Pourtant, cette nouvelle aurait chagriné n’importe quel autre père qui n’ayant pas d’enfant mâle se serait senti humilié. Au contraire, Mohammed (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) et Khadija (qu’Allah l’agrée) ont remercié Dieu de leur avoir offert ce petit bijou qui réjouissait leurs yeux. 

Comme ses sœurs, elle reçut la meilleure éducation. 

Le mariage des deux sœurs.  

Quelque temps après le mariage de Zaynab avec Abu l-As Ibnu-r-Rabi’, une délégation de la famille de Abd al-Muttalib arriva dans la maison de Mohammed (prière et paix d’Allah sur lui). Elle était venue pour demander la main de Ruqiyya et sa petite sœur Um Kaltoum (qu’Allah les agrée) pour ‘Ataba et ‘Utayba, les deux neveux de ‘Abdul-‘Uzza. 

Les deux filles n’avaient rien à reprocher aux deux prétendants, mais elles s’inquiétèrent de la réputation de Umm Jamila, la femme de ‘Abdul-‘Uzza et mère des deux jeunes hommes, qui était connue pour avoir un cœur dur, insensible aux malheurs des autres. Elle était, de plus, une mauvaise langue. 

Mais Ruqiyya et Um Kaltoum (qu’Allah les agrée) ne purent pas décliner la proposition de mariage, car un refus aurait été ressenti comme un affront et une humiliation à Umm Jamila, qui n’aurait pas hésité à créer une zizanie dans le clan Quraychite. 

Ainsi, elles acceptèrent de se marier pour ne pas causer de problème entre leur Père Mohammed (prière et paix d’Allah sur lui) et ses proches parents. Il ne leur restait qu’à supporter l’animosité de ‘Abdu-l-‘Uzza et la malveillance de sa femme.

Répudiation des deux sœurs  

Le Mariage ne durera pas longtemps. En effet, dès que le Prophète (prière et paix d’Allah sur lui) commença sa mission et se mit à appeler les gens à la religion de la vérité, ses deux filles Umm Kaltoum et Ruqiyya (qu’Allah les agrée) furent chassées de la maison d »Abdu-l-‘Uzza surnommé Abu Lahab et retournèrent auprès de leur père et leur mère. 

Les membres de la famille des deux maris, enracinés dans leur idolâtrie, avaient été encouragés par les Quraysh, aussi entêtés dans leur mécréance qu’eux, à répudier les deux filles sans tarder : 

« En vous mariant avec ses filles, vous avez soulagé Mohammed de ses soucis. Rendez-lui donc ses filles pour le faire replonger dans ses insolubles problèmes ». Ils promirent aux deux fils d’Abu Lahab de les marier avec n’importe quelles autres femmes qurayshites qui leur plairaient.

Le blocus décrété par les mécréants  

Dieu avait voulu faire du bien à Um Kaltoum (qu’Allah l’agrée) en la divorçant de ‘Utayba Ibn Abu Lahab. Elle avait été délivrée de la fureur d’Umm Jamil, la porteuse de bois, ainsi que l’avait décrite le Coran. Donc, après sa répudiation, Umm Kaltoum (qu’Allah l’agrée) rejoignit la maison paternelle et vécut avec sa sœur Fatima (qu’Allah l’agrée) à la Mecque. 

Cela lui donna l’occasion d’aider sa mère Khadija (qu’Allah l’agrée), et son noble père (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) qui revenait à chaque fois exténué par les offenses dont ses compatriotes l’accablaient. Les deux femmes étaient là pour le soulager de ses souffrances morales. 

Entre-temps, Hamza rallia les rangs de la communauté musulmane, suivi de Umar Ibn Khattab (qu’Allah les agrée). Umm Kaltoum (qu’Allah l’agrée) se sentait quelque peu soulagé, car elle voyait que son noble père (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) était à présent entouré d’hommes vaillants, capables de lui apporter une aide précieuse. 

Cependant, la vindicte des Quraysh était tenace. Aussi Umm Kaltoum (qu’Allah l’agrée) subit avec ses parents et toute la famille hachimite, sauf Abu Lahab, le blocus organisé par les mécréants. Elle mangea avec eux les feuilles des arbres quand ils n’avaient pas de quoi se nourrir décemment. Pendant trois ans, toutes les nourritures, qu’ils recevaient, leur parvenaient clandestinement par des amis et des alliés. 

Cette pénible situation n’ébranla pas pour autant la foi d’Umm Kaltoum (qu’Allah l’agrée). Elle était certaine de la victoire de son noble père (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) bien qu’elle avait, comme tous les autres, si faim qu’elle portait à sa bouche tout ce qui lui paraissait consommable. Cet état dura jusqu’au jour où un groupe d’idolâtres eurent leur conscience troublée de voir des gens souffrir de la sorte. Beaucoup commencèrent à regretter leur acte. Ce fut ainsi qu’une nuit, Hisham Ibn Amru arriva avec un chameau plein de provisions près du lieu du blocus. Il libéra la bête de ses rênes et celle-ci se dirigea vers le campement. 

Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) distribua le contenu entre tous les prisonniers du campement. 

Quelque temps plus tard, Hisham Ibn Amr et d’autres hommes avec lui décidèrent de déchirer la proclamation du blocus. Arrivés à la Kaaba, ils trouvèrent la proclamation rongée par les termites. Il ne restait suspendu qu’un petit carré de papier où il était encore écrit : 

« En ton Nom Seigneur Dieu – Bismika Allahouma ». Devant ce spectacle imprévu, les Quraysh restèrent interloqués.

Fin du blocus et décès de Khadija  

Les musulmans présents dans ce campement applaudirent la bonne nouvelle. Tous se préparèrent à quitter ce lieu de sacrifice et de privation et se dirigèrent vers la Ka’ba. Ils firent le tour de ce temple, après quoi, chacun retourna chez lui. 

Dans la maison du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui), As-Sayyida Khadija (qu’Allah l’agrée) se prépara à rencontrer son Seigneur. Quelque temps après la levée du blocus, alors que son noble mari (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) se trouvait à ses côtés, elle rendit l’âme. Ses filles, Umm Kaltoum et Fatima (qu’Allah les agrée) entouraient son lit. Elles embrassèrent une dernière fois cette mère qui avait montré tant de courage, de persévérance et de ténacité devant l’adversité (qu’Allah les agrée).

L’émigration à Médine  

Le moment arriva où Dieu ordonna au Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) d’émigrer à Yathrib. Il fit ses adieux à ses filles, avec l’espoir de les revoir à Médine et émigra avec son compagnon Abu Bakr (qu’Allah l’agrée). 

La bonne nouvelle de leur arriver à Yathrib, sains et saufs, arriva à la Mecque. Il était à présent temps que les filles, Umm Kaltoum et Fatima (qu’Allah les agrée), ainsi que la famille d’Abu Bakr rejoignent leur père sous la conduite de Zayd Ibn Harytha (qu’Allah l’agrée). La tristesse d’abandonner leur maison se mêlait à la joie de revoir leur noble père (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) et de vivre avec lui au milieu d’autres émigrants et de leurs hôtes bienfaiteurs les Ansârs. 

Deux années s’écoulèrent depuis l’émigration d’Umm Kaltoum et de Fatima (qu’Allah les agrée). Cette période avait été pleine d’évènements. Umm Kaltoum était témoin du retour de son noble père victorieux à Badr. De la même manière, elle vécut la triste mort de sa chère sœur Ruqiyya (qu’Allah les agrée).

Le mariage avec Uthman Ibn Affan (qu’Allah l’agrée)

Au cours de la troisième année, les Quraysh continuaient à pleurer leurs morts de Badr et appelaient à la vengeance. Umm Kaltoum s’attendait à ce que Uthman Ibn Affan demande sa main après la mort de sa femme Ruqiyya (qu’Allah les agrée). Cependant, un léger incident faillit déranger ce projet. En effet, un jour du mois ar-Rabi’, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) rentra à la maison pour un repos bien mérité. 

Il n’eût pas le temps de s’asseoir que ‘Umar Ibn Khattab fit irruption chez lui, agité par la colère. Il se plaignit de l’attitude d’Abu Bakr et de Uthman parce qu’il avait proposé, à l’un puis à l’autre, de prendre pour femme sa fille Hafsa (qu’Allah les agrée). Celle-ci avait perdu son mari Khunays Ibn Hadhafah. Si Abu Bakr (qu’Allah l’agrée) garda le silence, Uthman (qu’Allah l’agrée) lui répondit : « Je ne veux pas me marier aujourd’hui. » 

Umm Kaltoum entendit son père dire à Umar (qu’Allah les agrée) : « Hafsa se mariera avec un homme meilleur que Uthman. Et Uthman se mariera avec une femme meilleure que Hafsa ». 

Elle comprit l’allusion et son cœur se mit à battre de joie. Alors le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) l’appela et lui proposa de se marier avec Uthman. Elle donna son accord. Le mariage fut célébré et Umm Kaltoum rejoignit la maison de Uthman (qu’Allah les agrée), où sa grande sœur avait auparavant également vécu. 

Umm Kaltoum vécut six années dans la maison de Uthman (qu’Allah les agrée). Elle avait vu l’Islam remporter victoire sur victoire, comme elle avait vu son noble père (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) organiser des expéditions militaires les unes après les autres. Son mari était toujours aux côtés de son père. Il combattait en donnant sa fortune et en se disposant à sacrifier sa vie.

La générosité de Uthman Ibn Affan (qu’Allah l’agrée)

Il y avait un puits nommé « puits de Ruma » qui appartenait à un Juif. Celui-ci s’enrichissait en vendant de l’eau aux musulmans. Une fois, l’Envoyé de Dieu (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) dit à ses compagnons : 

« Qui de vous achètera ce puits et le mettra à la disposition des musulmans pour qu’ils puissent s’alimenter librement en eau ? Celui qui le fera aura un abreuvoir spécialement réservé à lui au Paradis ». 

Uthman (qu’Allah l’agrée) se proposa d’aller voir le Juif, propriétaire du puits. Il lui fit une proposition, mais le Juif ne daigna en vendre que la moitié au prix de douze mille dirhams. Ainsi, il l’acheta. Il fut décidé que la propriété du puits serait un jour à Uthman et un jour au Juif. Quand le tour du premier arrivait, les musulmans emplissaient de l’eau de sorte que ce liquide leur suffise pendant deux jours. Quand le Juif vit ce qui se passait, il lui dit : « Tu m’as privé d’une source de revenus. Achète donc l’autre moitié pour huit mille dirhams ». C’est ce qui fut fait. 

Une autre fois, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) demanda à ses compagnons : « Qui de vous voudrait agrandir notre mosquée ? » Uthman acheta un terrain qui permit d’élargir l’espace du lieu de prière. 

Au mois de Dhu-l-Qi’da, l’an 6 de l’hégire, Umm Kaltoum (qu’Allah l’agrée) vit son noble père (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) quitter Médine à la tête d’environ mille cinq cents compagnons. Il voulait aller à la Mecque pour effectuer la ‘Omra, le petit pèlerinage. Tous partirent sans armes, sauf leurs épées gardées dans leurs fourreaux. Ce qui signifiait qu’ils n’avaient pas l’intention de livrer une bataille. Les Mecquois s’opposèrent à l’entrée des musulmans dans leur cité. Ils les bloquèrent à Hudaybiyya. Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) envoya Uthman (qu’Allah l’agrée) comme émissaire afin qu’il fasse savoir aux idolâtres que les musulmans n’ont pas d’intention belliqueuse. Leur seul désir est seulement de s’acquitter des rites de la ‘Omra. 

En apprenant que son mari avait été désigné en qualité d’émissaire pour le camp ennemi, Umm Kaltoum (qu’Allah l’agrée) sentit de fortes palpitations dans son cœur. Elle n’ignorait pas que son noble père (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) avait une grande confiance en son époux. Il était digne de confiance d’accomplir une mission aussi délicate et périlleuse. Cela ne l’empêcha pas de craindre pour sa vie. La fausse nouvelle de la mort de Uthman, tué par les idolâtres, se répandit à Médine. Son angoisse se transforma alors en une profonde consternation tant son chagrin n’avait plus aucune limite. 

Quant au Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui), il appela les croyants à prêter le serment « bay’atou-r-Ridwan » de venger Uthman (qu’Allah l’agrée). Cependant le deuil d’Umm kaltoum (qu’Allah l’agrée) ne dura pas longtemps puisque son mari était revenu, sain et sauf, de sa mission. Un traité fut signé entre les deux parties dans lequel les Mecquois autorisaient les musulmans à revenir l’an prochain accomplir leur devoir. C’est ce qui fut fait.

Triomphe de l’Islam et décès d’Umm Kaltoum (qu’Allah l’agrée)  

Deux années après le pacte de Hudaybiyya, les musulmans entrèrent triomphalement à la Mecque. Ainsi, Umm Kaltoum (qu’Allah l’agrée) assista à la victoire finale de l’Islam. À ce moment où la voie était libre pour ceux qui voulaient retourner chez eux à la Mecque, elle se rappela sa mère et ses deux sœurs Zaynab et Ruqiyya, tous ensemble dans leur maison familiale (qu’Allah les agrée). Umm Kaltoum (qu’Allah l’agrée) fut aussi témoin de l’expédition de Tabouk au mois de Rajab, l’an 9 de l’hégire. Ce fut avec l’argent de son mari (qu’Allah l’agrée) que l’armée musulmane fut équipée. Il offrit neuf cent cinquante chameaux. Il ajouta cinquante chevaux pour boucler le chiffre de mille. Tous ces évènements ne pouvaient que réjouir Umm Kaltoum (qu’Allah l’agrée). 

Hélas ! Tout a une fin. Umm Kaltoum (qu’Allah l’agrée) mourut dans la maison de son époux, en l’an 9 de l’hégire sans laisser de descendance. Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) demeura debout devant la tombe de sa fille, les yeux pleins de larmes et le cœur serré de souffrance. Il ne restait auprès de lui que Fatima (qu’Allah l’agrée), la plus jeune des filles. 

Ainsi Umm Kaltoum (qu’Allah l’agrée) mourut avant son père qui retournera auprès de son Créateur une année plus tard. Sa mort lui évita d’assister à la mort tragique de son mari Uthman (qu’Allah l’agrée), assassiné par des assiégeants en furie et qui, après elle, épousa deux autres femmes : Umm alBanin bint Ubayda et Naïla Bint al-Farâfasa (qu’Allah les agrée).

Ô Allah ! Prie sur notre seigneur Mohammed, Celui qui a ouvert ce qui était clos, et clos ce qui a précédé, le soutien de la Vérité par la Vérité, le guide vers Ton droit chemin, ainsi que sur sa noble famille, selon sa valeur et à la mesure de son immense dignité.

Le pauvre serviteur en Allâh et disciple de Cheikh Ahmed Tidjani (qu’Allâh sanctifie son précieux secret),
Mohammed El Mansour El Mohieddine Tidjani