Deuxième partie du fath simplifié ou L’Ouverture Spirituelle selon notre bien-aimé Cheikh Aḥmad Tidjānī (que Allāh sanctifie son précieux) – Illustrée par un exemple d’illumination

Avant cette ouverture, le serviteur ressemble à un prisonnier enfermé dans une cellule dont les murs et le plafond sont épais, opaques, sans la moindre ouverture laissant passer la lumière.
Cette cellule, qui s’oppose à toute entrée de lumière, repose au centre et au-dessous d’autres cellules, toutes hermétiquement closes. Ainsi, le serviteur se trouve au cœur de cette multitude de cellules impénétrables, qui ne laissent entrer ni filtrer aucune clarté. Leur nombre est de cent soixante-cinq mille.

Enfermé dans sa cellule, le serviteur ne perçoit que les ténèbres.
Mais si, par la grâce divine, toutes ces cellules venaient à se rompre en un seul instant, alors jaillirait la lumière de l’Ouverture : le Fath.

Illustrée par un exemple
Le grand Pôle et Ghawth célèbre, celui que l’on désigne dignement du doigt de l’Orient à l’Occident, celui qui détenait les lumières de la Connaissance Divine, aux nombreux prodiges et au degré excellent, Sidi Abdelaziz Dabbâgh (qu’Allâh soit satisfait de lui )

Je vais vous raconter une infime partie du fath de Sîdî Cheikh al-Dabbâgh, le grand Pôle — que Dieu soit satisfait de lui.

Sachez, mes enfants, que les futûhât des grands hommes d’Allâh sont différentes les unes des autres.
Ne croyez donc pas que tous les fath se ressemblent : ils diffèrent selon chaque élu d’Allâh.

Trois jours après la mort de Sîdî ‘Umar, je connus, par la grâce de Dieu, l’illumination. Et Il me fit connaître la vérité de mon âme — à Lui la grâce et la reconnaissance.

Cela se produisit le jeudi huit du mois de Rajab de l’an 1125.

J’étais sorti de notre maison et Allah m’octroya, par le biais de quelques bienfaiteurs parmi Ses serviteurs, quatre petites pièces de monnaie.

J’achetai du poisson et l’emportai dans notre maison. La femme me dit :
« Va à Sîdî ‘Alî ibn Hirzihim et apporte-nous de l’huile pour frire ce poisson. »

Je partis. Arrivé à Bâb al-Futûh, je ressentis un frémissement et un intense tremblement envahir mon corps. Alors ma chair se mit à fourmiller énormément. Je marchai tout en étant dans cet état, qui allait en s’intensifiant, jusqu’à ce que j’arrive au tombeau de Sîdî Yahyâ ibn ‘Allâl, sur le chemin de Sîdî ‘Alî ibn Hirzihim.

Mon état s’aggrava. Ma poitrine se mit à trembler violemment, au point que ma clavicule frappait ma barbe. Je me dis :
« Cela est la mort même, sans aucun doute. »

Alors quelque chose se dégagea de mon corps, semblable à la vapeur qui sort du couscoussier. Mon corps devint immense, plus grand que tout grand. Les choses se mirent à se dévoiler pour moi et apparaître comme si elles se trouvaient entre mes mains.

Je vis alors tous les villages, toutes les villes et les bourgades, et tout ce qu’il y a sur la terre. Je vis une chrétienne allaitant son petit dans son giron. Je vis tous les océans, et les sept terres et tout ce qu’elles contiennent comme bêtes de somme et créatures. Et je vis le ciel comme si je me trouvais au-dessus de lui en train de regarder ce qui s’y trouve.

Alors une lumière intense, semblable à l’éclair éblouissant venant de tous côtés — au-dessus, au-dessous, à droite, à gauche, devant et derrière — tomba sur moi. J’en ressentis un froid intense au point de me croire mort.

Je me couchai sur mon visage pour éviter de voir cette lumière, mais lorsque je m’allongeai, je constatai que tout mon corps était devenu yeux : l’œil voyait, la tête voyait, le pied voyait. Je pouvais voir à travers tous mes membres. Je regardai mes vêtements : ils ne m’empêchaient pas de voir ce qui circulait dans mon corps. Je compris alors que me coucher ou rester debout ne changeait rien.

Cet état dura une heure puis s’arrêta, et je revins à ma condition normale. Je retournai en ville, incapable d’atteindre Sîdî ‘Alî ibn Hirzihim. Craignant pour moi-même, je me mis à pleurer.

Cet état revint une heure puis disparut, puis il réapparut encore durant une heure avant de s’interrompre. Cela continua ainsi : une heure présent, une heure absent, jusqu’à ce que mon corps s’y habitue.

Puis il ne se manifesta plus qu’une heure le jour et une heure la nuit, avant de devenir permanent.

Dieu Très-Haut eut compassion de moi et me permit de rencontrer certains connaisseurs parmi Ses saints.

Le lendemain du jour de l’illumination, je me rendis en visite pieuse au sanctuaire de Mawlây Idrîs. Là, dans le quartier des notaires, je rencontrai le juriste Sîdî al-Hâjj Ahmad al-Jurundî, l’imam du sanctuaire.

Je lui racontai ce que j’avais vu et ce qui m’était arrivé. Il me dit :
« Viens avec moi chez nous. »

Je l’accompagnai jusqu’à sa demeure, près du lieu où l’on puisait l’eau, à proximité du quartier des laveurs, dans le quartier des marchands de cuivre. Il entra et je le suivis. Il s’assit sur l’estrade intérieure, et je m’assis à ses côtés.

Il dit :
« Raconte-moi ce que tu as vu. »

Je lui décrivis tout, puis je fondis en larmes. Il dit alors :

« Il n’y a de dieu que Dieu. Voilà quatre cents ans que nous n’avons pas entendu quelqu’un mentionner de telles choses. »

Le pauvre serviteur en Allâh
et disciple de Cheikh Ahmed Tidjani
— qu’Allâh sanctifie son précieux secret —
Mohammed El Mansour El Mohieddine Tidjani