LA PRIÈRE : NOTRE RELATION AVEC ALLÂH
LA PRIÈRE : NOTRE RELATION AVEC ALLÂH
Le souvenir d’Allâh est la vie de notre cœur
Au Nom d’Allâh, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.
Ô Allâh, répands Tes bénédictions sur notre maître Muḥammad, celui qui a ouvert ce qui était fermé, qui a scellé ce qui avait précédé, le soutien de la Vérité par la Vérité, et le guide vers Ton droit chemin, ainsi que sur sa famille, à la mesure de son rang et de son immense valeur.
- La prière est avant tout la relation entre le serviteur et son Seigneur
Allâh ﷻ dit :
إِنَّنِي أَنَا اللَّهُ لَا إِلَٰهَ إِلَّا أَنَا فَاعْبُدْنِي وَأَقِمِ الصَّلَاةَ لِذِكْرِي
« Certes, c’est Moi Allâh. Il n’y a aucune divinité digne d’adoration en dehors de Moi. Adore-Moi donc et accomplis la prière pour te souvenir de Moi. »
(Sourate Ṭâ-Hâ 20, verset 14)
La prière est avant tout la relation d’adoration entre le serviteur et son Seigneur.
Elle ne se limite pas à des gestes, à des paroles ou à des horaires déterminés. Elle est cette rencontre privilégiée dans laquelle le serviteur se présente devant son Adoré, avec humilité, amour, sincérité et soumission.
Allâh nous enseigne la finalité de cette adoration :
وَأَقِمِ الصَّلَاةَ لِذِكْرِي
« Et accomplis la prière pour te souvenir de Moi. »
La prière doit donc être notre préoccupation première, car notre relation avec Allâh doit être au centre de notre existence.
Ce ne sont pas nos occupations qui doivent déterminer la place de la prière dans notre vie, mais la prière qui doit organiser nos occupations.
Nous devons attendre la prière avec amour, nous y préparer avec empressement et l’accomplir avec présence du cœur.
Notre préoccupation ne doit pas être uniquement de savoir si nous avons accompli notre prière, mais également de nous interroger sur la manière dont nous nous sommes présentés devant notre Adoré.
- Le cœur vit par le souvenir d’Allâh
Allâh ﷻ dit :
الَّذِينَ آمَنُوا وَتَطْمَئِنُّ قُلُوبُهُمْ بِذِكْرِ اللَّهِ أَلَا بِذِكْرِ اللَّهِ تَطْمَئِنُّ الْقُلُوبُ
« Ceux qui ont cru et dont les cœurs se tranquillisent à l’évocation d’Allâh. N’est-ce point par l’évocation d’Allâh que les cœurs se tranquillisent ? »
(Sourate Ar-Ra‘d 13, verset 28)
Le cœur vit par le souvenir d’Allâh, comme le corps vit par la nourriture.
De même que le corps a besoin de nourriture pour subsister, le cœur a besoin du rappel d’Allâh pour entretenir sa vie spirituelle.
Le corps peut être vivant alors que le cœur demeure plongé dans l’insouciance.
Et le cœur peut retrouver sa lumière lorsqu’il revient sincèrement vers son Seigneur.
Le souvenir d’Allâh n’est donc pas une simple occupation de la langue. Il doit devenir une présence intérieure qui accompagne le serviteur dans sa vie quotidienne.
Que notre langue mentionne Allâh, que notre cœur se souvienne de Lui et que nos actes témoignent de notre attachement à Lui.
Ce que disent les savants
L’imâm Ibn al-Qayyim, dans Al-Wâbil aṣ-Ṣayyib, développe l’enseignement selon lequel le rappel d’Allâh est pour le cœur ce que l’eau est pour le poisson. Cette comparaison souligne le besoin vital du cœur pour le dhikr.
L’imâm Al-Qurṭubî, dans son commentaire du verset 28, sourate Ar-Ra’d 13, explique la tranquillité des cœurs par leur apaisement dans le rappel d’Allâh et la certitude de la foi.
Ainsi, la véritable tranquillité du cœur ne dépend pas uniquement des circonstances extérieures, mais de son attachement à son Seigneur.
- La prière préserve de la turpitude et du mal
Allâh ﷻ dit :
اتْلُ مَا أُوحِيَ إِلَيْكَ مِنَ الْكِتَابِ وَأَقِمِ الصَّلَاةَ إِنَّ الصَّلَاةَ تَنْهَىٰ عَنِ الْفَحْشَاءِ وَالْمُنْكَرِ وَلَذِكْرُ اللَّهِ أَكْبَرُ وَاللَّهُ يَعْلَمُ مَا تَصْنَعُونَ
« Récite ce qui t’est révélé du Livre et accomplis la prière. Certes, la prière préserve de la turpitude et du blâmable. Et le rappel d’Allâh est certes ce qu’il y a de plus grand. Et Allâh sait ce que vous faites. »
(Sourate Al-‘Ankabût 29, verset 45)
Nous devons comprendre que la préservation contre la turpitude et le mal est l’un des fruits de la prière.
Nous ne prions pas uniquement pour nous éloigner du mal. Nous prions avant tout parce qu’Allâh est notre Seigneur et qu’Il mérite notre adoration.
C’est de cette relation d’adoration, lorsqu’elle est vécue avec sincérité, humilité et présence du cœur, que découlent la purification de l’âme, l’éducation du nafs et la transformation du comportement.
Ce que disent les savants
L’imâm At-Ṭabarî explique, dans son commentaire de ce verset, que la prière détourne des actes de désobéissance et rapporte plusieurs interprétations de la grandeur du rappel d’Allâh.
L’imâm Al-Qurṭubî, savant mâlikite, rapporte que le rappel d’Allâh et la conscience de Sa surveillance contribuent à éloigner le serviteur du mal.
L’imâm Ibn Kathîr rapporte, d’après Abû al-‘Âliya, trois qualités fondamentales de la prière : la sincérité, la crainte révérencielle et le rappel d’Allâh.
Ces enseignements nous montrent que la prière doit éduquer le serviteur intérieurement et extérieurement.
- La relation avec Allâh ne doit pas s’interrompre après la prière
Allâh ﷻ dit :
فَإِذَا قَضَيْتُمُ الصَّلَاةَ فَاذْكُرُوا اللَّهَ قِيَامًا وَقُعُودًا وَعَلَىٰ جُنُوبِكُمْ
« Quand vous avez accompli la prière, invoquez Allâh debout, assis ou couchés sur vos côtés. »
(Sourate An-Nisâ’ 4, verset 103)
Ce verset nous enseigne que le rappel d’Allâh ne s’arrête pas lorsque la prière se termine.
Les cinq prières quotidiennes sont des rendez-vous privilégiés avec notre Adoré, mais notre relation avec Lui doit se prolonger dans toutes nos occupations.
Le serviteur travaille, s’occupe de sa famille, assume ses responsabilités et accomplit ses devoirs, sans que son cœur perde nécessairement le souvenir de son Seigneur.
La prière nourrit le rappel d’Allâh, et le rappel d’Allâh entretient la vie spirituelle du cœur.
La véritable préoccupation du serviteur doit être de préserver sa relation avec Allâh, en toutes circonstances.
- L’enseignement du Bien-Aimé Prophète ﷺ
Premier hadith : le rappel d’Allâh est la vie du cœur
Le Messager d’Allâh ﷺ a dit :
مَثَلُ الَّذِي يَذْكُرُ رَبَّهُ وَالَّذِي لَا يَذْكُرُ رَبَّهُ مَثَلُ الْحَيِّ وَالْمَيِّتِ
« L’exemple de celui qui évoque son Seigneur et de celui qui ne L’évoque pas est celui du vivant et du mort. »
Ṣaḥîḥ al-Bukhârî, n° 6407.
Ce hadith nous enseigne la différence entre la vie physique et la vie spirituelle du cœur.
Un être humain peut être vivant physiquement, tout en ayant un cœur dominé par l’insouciance.
Le rappel d’Allâh réveille le cœur, le nourrit et l’oriente vers son Seigneur.
Deuxième hadith : la prière est une occupation
Le Bien-Aimé Prophète Muḥammad ﷺ a dit :
إِنَّ فِي الصَّلَاةِ لَشُغْلًا
« Certes, dans la prière, il y a une occupation. »
Ṣaḥîḥ al-Bukhârî, n° 1199 et 1216 ; Ṣaḥîḥ Muslim, n° 538.
Ce hadith est rapporté par ‘Abd Allâh ibn Mas‘ûd (qu’Allâh l’agrée).
Il raconte qu’auparavant les compagnons saluaient le Prophète ﷺ pendant sa prière et qu’il leur répondait. Plus tard, lorsqu’ils le saluèrent, il ne répondit pas et leur expliqua :
إِنَّ فِي الصَّلَاةِ لَشُغْلًا
« Certes, dans la prière, il y a une occupation. »
Ce que disent les savants
L’imâm Ibn Ḥajar al-‘Asqalânî, dans Fatḥ al-Bârî, explique que cette occupation comprend la récitation du Coran, le rappel d’Allâh et l’invocation.
Il souligne que la prière est une conversation intime avec Allâh (munâjât) qui exige de s’y consacrer pleinement.
L’imâm An-Nawawî enseigne également que celui qui prie doit se consacrer à sa prière, méditer ce qu’il prononce et ne pas se détourner vers d’autres occupations.
Le contexte premier du hadith concerne la parole pendant la prière. Son enseignement nous invite également à rechercher une présence intérieure véritable.
La prière est une occupation du serviteur avec son Seigneur. Lorsqu’il entre en prière, son cœur doit chercher à se libérer de toute préoccupation qui le détourne de son Adoré.
Le serviteur se tient devant Allâh, récite Sa Parole, Le glorifie, L’invoque et se souvient de Lui.
La prière doit donc être notre préoccupation première, non parce qu’elle nous dispense de nos autres responsabilités, mais parce que notre relation avec Allâh donne son orientation à toute notre existence.
La prière est notre rendez-vous avec Allâh, le rappel d’Allâh est la vie de notre cœur, et la présence du cœur est ce que nous devons rechercher dans notre adoration.
- Exhortation : faisons de notre relation avec Allâh notre préoccupation première
Mes frères et sœurs bien-aimés,
Nous devons nous interroger sur la place qu’occupe Allâh dans nos cœurs.
Combien de temps consacrons-nous aux préoccupations du bas monde, et quelle place accordons-nous à notre relation avec notre Adoré ?
Nous nous préoccupons de notre nourriture, de notre santé, de nos biens, de nos familles et de notre avenir.
Toutes ces responsabilités ont leur place dans notre existence.
Mais qu’en est-il de la nourriture de notre cœur ?
Qu’en est-il de notre souvenir d’Allâh ?
Qu’en est-il de notre présence devant Lui lorsque nous accomplissons la prière ?
Le corps réclame sa nourriture et nous nous empressons de la lui donner.
Mais lorsque le cœur est privé du souvenir d’Allâh, ressentons-nous réellement sa faim spirituelle ?
Voilà pourquoi la prière doit être notre préoccupation première.
Non pas seulement parce qu’elle est une obligation, mais parce qu’elle est notre relation d’adoration avec Celui qui nous a créés, qui nous nourrit, qui nous accorde Ses bienfaits et vers Qui nous retournerons.
Lorsque nous prononçons Allâhu Akbar, notre cœur doit reconnaître que rien n’est plus grand qu’Allâh.
Lorsque nous nous inclinons, notre cœur doit s’humilier devant Sa Grandeur.
Lorsque nous nous prosternons, notre cœur doit reconnaître sa pauvreté absolue devant Lui.
Et lorsque nous quittons notre prière, nous devons chercher à préserver cette présence dans nos occupations quotidiennes.
Car la prière est notre rendez-vous avec Allâh, et le rappel d’Allâh est la vie de notre cœur.
Que nos cinq prières deviennent les piliers autour desquels s’organise notre existence.
Que le souvenir d’Allâh accompagne nos paroles, nos pensées, nos décisions et nos actes.
Que notre cœur ne recherche pas seulement les bienfaits de notre Seigneur, mais qu’il s’attache avant tout à Celui qui nous les accorde.
Et que notre plus grande aspiration soit Sa satisfaction et Sa proximité.
Qu’Allâh nous accorde une prière sincère, une langue qui Le mentionne, un cœur vivant par Son souvenir et une âme entièrement orientée vers Lui.
Âmîn.
Ô Allâh, répands Tes bénédictions sur notre maître Muḥammad, celui qui a ouvert ce qui était fermé, qui a scellé ce qui avait précédé, le soutien de la Vérité par la Vérité, et le guide vers Ton droit chemin, ainsi que sur sa famille, à la mesure de son rang et de son immense valeur.
Le pauvre serviteur en Allâh et disciple de Cheikh Ahmed Tidjani (qu’Allâh sanctifie son précieux secret),
Mohammed El Mansour El Mohieddine Tidjani
Références :
At-Ṭabarî, Jâmi‘ al-Bayân (20:14 ; 29:45) ; Al-Qurṭubî, Al-Jâmi‘ li-Aḥkâm al-Qur’ân (13:28 ; 29:45) ;
Ibn Kathîr, Tafsîr al-Qur’ân al-‘Aẓîm (29:45) ;
Ibn al-Qayyim, Al-Wâbil aṣ-Ṣayyib ;
Ibn Ḥajar, Fatḥ al-Bârî, commentaire du hadith 1216 ;
An-Nawawî, commentaire de Ṣaḥîḥ Muslim, hadith 538.
Les explications des savants sont reformulées et non citées littéralement.
