La Réalité du Dévoilement

Au Nom dAllāh, le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux

Ô Allāh, prie sur notre maître Muhammad,
l’Ouverture de ce qui fut fermé,
le Sceau de ce qui a précédé,
le Défenseur de la vérité par la vérité,
et le Guide vers Ta voie droite.

Qu’Allāh prie sur lui, sur sa famille et ses compagnons, selon Sa valeur et Son immense mérite.

Je transmets un enseignement digne de la Station du Sceau de la Sainteté Muḥammadienne, celle de notre cher et bien-aimé Seyyidinâ Cheikh Ahmed Tidjânî (que Allāh préserve son précieux secret).

La Réalité du Dévoilement

Notre bien-aimé cheikh Tidjani fut interrogé (qu’Allāh l’agrée) en ces termes :

« Ô notre maître, quAllāh perpétue ton élévation et ton ascension, expose-nous la réalité du dévoilement véridique : lorsquil contredit l’énoncé explicite, lequel des deux doit être privilégié ? »

Il répondit :

1. Concordance entre l’énoncé explicite et le dévoilement véridique

« Sache que l’énoncé explicite et le dévoilement véridique, lorsqu’ils proviennent de leurs véritables détenteurs, ne peuvent diverger ni quant à leur substance ni quant à leur finalité.

Ils ne sont, en réalité, qu’une seule et même chose issue d’une seule et même source.

En effet :

• l’énoncé explicite émane de la noble Essence de notre maître Muḥammad ﷺ , que ce soit sous la forme du hadith ou du Coran ;

• tandis que le dévoilement véridique jaillit, pour ceux qui en sont les dépositaires, de l’effusion de sa Réalité Muhammadienne.

Dans les deux cas, il ﷺ en est l’intermédiaire,
et tous deux proviennent d’Allāh.
C’est pourquoi nous disons qu’ils ne peuvent se contredire. »

2. Lumière, ténèbres et discernement intérieur

« Le dévoilement véridique ne renvoie qu’à ce vers quoi renvoie l’énoncé explicite :

— soit par expression directe,
— soit par allusion,
— soit par implication.

Ainsi :

• s’il voit la chose sous forme de lumière, ou entourée de lumière, cela indique qu’elle est demandée par la Loi :
soit obligatoire (wājib), soit recommandée (mandūb) ;

• s’il la voit sous forme de ténèbres, ou enveloppée de ténèbres, cela indique qu’elle est interdite (ḥarām) ou réprouvée (makrūh) ;

• s’il ne perçoit ni lumière ni obscurité, la chose est alors permise (mubāḥ), non demandée ni dans son accomplissement ni dans son abandon.

Le statut du permis peut toutefois changer en raison de circonstances particulières :

s’il conduit à commettre un interdit, ou devient un moyen d’accomplir une obligation ou une recommandation.

Autrement, il demeure permis. »

3. Après la fatwa : le cœur du gnostique

« Et si les muftis te donnent une fatwa sur une question, alors consulte ton cœur à son sujet.

Mais cela n’est valable que pour le gnostique. accompli (al-‘ārif al-kāmil), car c’est lui le détenteur du dévoilement véridique, du fait de l’éloignement de son nafs.

Lorsqu’il en est séparé par les lumières de la sainteté, tout ce vers quoi il s’oriente dans ses affaires provient d’Allāh, mais cela concerne uniquement ses affaires religieuses.

Quant aux affaires du bas-monde, il est comme les autres créatures. »

4. Parole du maître Chādhilî (qu’Allāh l’agrée)

« J’étais souvent en quête des paroles des gens du tasawwuf, jusqu’à ce que le Vrai,(exalté soit-Il) me parla dans certaines situations, m’interdisant de poursuivre cette recherche.

Il me dit :

La connaissance que Je te donne te suffit.
Elle te dispense du savoir des anciens et des derniers,
excepté le savoir des prophètes et des messagers.”
»

5. Le principe absolu : l’intermédiation de la Prophétie

« En vérité, c’est là le principe fondamental auquel tout revient :

il n’existe d’intermédiaire entre Allāh et les serviteurs que la prophétie.

Quiconque prétend en sortir, c’est-à-dire croire recevoir directement d’Allāh sans passer par la prophétie, devient mécréant et perd la vie d’ici-bas et celle de l’au-delà.

Quant à ce qui a été mentionné à propos de l’intellect qui recevrait la science d’Allāh sans intermédiaire, cela signifie seulement qu’il ne perçoit pas l’intermédiaire, non qu’elle n’existe pas.

Car cette intermédiaire existe bel et bien :

c’est la Réalité Muḥammadienne (al-ḥaqīqah al-Muḥammadiyyah).

Nul n’a accès à sa compréhension, encore moins à sa vision, car elle est plus cachée que le plus profond des secrets. »

6. L’illusion du sans intermédiaire

« Celui qui croit recevoir la science directement d’Allāh, sans intermédiaire, ne la reçoit en vérité que par le truchement de la Réalité Muḥammadienne, bien qu’il ne la voie pas.

S’il croit la recevoir directement du Vrai, c’est qu’il est voilé par le rideau de la confusion. »

7. Le secret de la Présence

« Au moment où le serviteur reçoit du Seigneur,
son être s’anéantit totalement :

ni conscience de soi, ni perception d’un autre existant.

Dans cette Présence,
il entend ce qu’il entend des inspirations divines :

il n’y a alors que le Vrai qui parle et celui qui reçoit.

Il se peut qu’un secret parmi les secrets de la Présence sacrée se révèle au connaisseur.
Ce secret l’emporte au-delà de son âme, voile son existence parmi tous les êtres, et lui dévoile l’essence même du Vrai.

Il devient alors :

— parlant sans langue,
— entendant sans oreilles,
— percevant sans sens,
— conscient par la Vérité,
en Vérité,
depuis la Vérité.

Et l’intermédiation de la Réalité Muḥammadienne est bien présente, quoique ni perçue, ni conçue, ni sentie. »

8. Parole du Cheikh al-Akbar Ibn ‘Arabî (quAllāh l’agrée)

« N’eussent été les savants du ẓāhir (la science extérieure), les saints seraient venus d’Allāh avec ce avec quoi sont venus les prophètes. »

Le sens :

cela concerne ce qui est en dehors du domaine de la législation, car la fonction législative appartient exclusivement à la prophétie.
Aucun saint ne peut y prétendre.

Dans tout ce qui relève au-delà de la législation, prophétie et sainteté se rejoignent.


Le pauvre serviteur en Allāh
et disciple de Cheikh Ahmed Tidjani
(qu’ALLAH sanctifie son précieux secret),
Mohammed El Mansour El Mohieddine Tidjani