Le compagnon Sa`îd Ibn `Âmir (qu’Allâh l’agrée)
Au Nom d’Allâh, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.
Ô Allâh, prie sur notre maître Muḥammad, celui qui a ouvert ce qui était fermé, qui a scellé ce qui avait précédé, le défenseur de la Vérité par la Vérité, le guide vers Ton droit chemin, ainsi que sur sa famille, selon sa valeur et son rang immense.
Des hommes fidèles assis sous l’ombre bénie du bien-aimé Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui).
Allah le Très Haut a dit :
« Il est des hommes fidèles que ni la passion du négoce ni le commerce ne les détournent de la joie d’exalter Dieu, d’accomplir la prière ou de faire l’aumône… » (Sourate 24 La lumière, verset 37)
Voici des hommes qui ont connu de près le bien-aimé Messager (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). Certains l’ont accompagné dès le début de sa mission, d’autres en cours de chemin. Mais tous sont venus, au moment qui leur fut prédestiné, à une époque où de grands bouleversements allaient être opérés.
Ces hommes sont arrivés au bon moment, pour assister et participer à la diffusion de la mission dont le Messager (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) a eu la charge. Évidemment, nous ne pourrons pas parler de tous ces hommes, qui sont des milliers. Toutefois, nous allons illustrer ces hommes dignes de ce nom par lettre alphabétique pour nous motiver à prendre la bonne habitude de lire leur vie exemplaire, pour la refaire vivre en nous et autour de nous, ils sont des étoiles brillantes, étincelantes et éternelles pour toute l’humanité et pour toutes les époques.
Dans leurs portraits, on verra ceux qui ont accompagné le Messager (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). On verra leur foi inébranlable, leur détermination, leur héroïsme, ainsi que leur allégeance à Allah et son Messager (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). On verra aussi leurs sacrifices, les difficultés qu’ils ont supportées, ainsi que le triomphe qu’ils ont mérité. On verra enfin le grand rôle qu’ils ont assumé pour libérer l’humanité des affres du polythéisme et des ténèbres qui les entouraient à travers une lumière éclatante et pure. Si la lumière du jour s’éteint au coucher du soleil, la lumière de la foi de ces hommes sincères n’a jamais décliné d’un clin d’un œil.
Le bien-aimé Cheikh Tidjani (qu’Allah l’agrée) fut interrogé sur le mérite entre le degré d’un compagnon du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) qui n’a pas eu l’Ouverture (fath) et celui du Pôle qui n’est pas un compagnon. Il répondit (qu’Allah l’agrée) que le compagnon du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) est meilleur que le Pôle car le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) a dit : « Allah a élu mes Compagnons parmi les gens des mondes hormis les prophètes et les envoyés. » Tout en précisant : « cela est dû à l’intense sollicitude d’Allah visà-vis de son Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) et une prérogative à son égard. »
Et la parole du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) qui dit : « Si un parmi vous dépensait la mesure du mont Ouhoud en or il n’arriverait pas à l’équivalent de leur poignée (des compagnons) ou la moitié ».
Le bien-aimé cheikh Ahmed Tidjani (qu’Allah sanctifie son précieux secret) a affirmé aussi : « La différence entre les œuvres des compagnons (qu’Allah les agrée) et les nôtres est comme la différence entre l’allure des oiseaux les plus rapides à celui de la fourmi. »
Abdoullâh ibn Mas’oûd (qu’Allah l’agrée) a dit : « Eux sont les Compagnons de Muhammad (sur lui soit la paix). Ils étaient la meilleure partie de cette Umma : ceux qui avaient les cœurs les plus vertueux, ceux qui étaient les plus profonds en connaissance et ceux qui faisaient le moins de maniérisme. Dieu les a choisis pour être en compagnie de Son Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) et pour établir Sa Religion. Reconnaissez donc leur valeur et suivez leurs traces. Et attachez-vous à ce que vous pouvez de leurs qualités et de leur conduite. Car ils étaient sur le chemin droit ». (Cité dans Mishkât ul-maçâbîh).
Sa`îd Ibn `Âmir, qu’Allah soit satisfait de lui
Avant sa conversion, Sa`îd Ibn `Âmir Al-Jumahî (qu’Allah l’agrée) fut parmi les milliers de personnes qui partirent pour la région de Tan`îm, aux alentours de la Mecque, répondant à l’invitation des Qurayshites à assister à la mise à mort de Khubayb Ibn `Adiy, un des compagnons du Prophète — paix et bénédictions sur lui — qu’ils avaient capturé traîtreusement.
Avec sa jeunesse et sa force exubérante, Sa`îd (qu’Allah l’agrée) bouscula la foule pour rejoindre en tête du cortège les Qurayshites de haut rang tels que Sufyan Ibn Harb ou Safwân Ibn Ummayah.
Il pouvait voir le prisonnier, attaché avec des chaînes, les femmes et les enfants le poussant vers le lieu préparé pour sa mort. La mort de Khubayb (qu’Allah l’agrée) devait servir de revanche aux pertes subies par les Qurayshites durant la bataille de Badr.
Lorsque la foule arriva au lieu prévu, Sa`îd Ibn `Âmir (qu’Allah l’agrée) prit place de sorte à surplomber Khubayb (qu’Allah l’agrée). Tandis que ce dernier approchait de la croix en bois, il demanda d’une voix ferme, mais posée entre les cris des femmes et des enfants : « Laissez-moi prier deux rak’at avant de mourir. »
Les Qurayshites acceptèrent. Sa`îd regardait Khubayb (qu’Allah les agrée) prier en direction de la Ka`bah. Comme ces deux rak’at semblaient belles et paisibles ! Puis, il vit Khubayb (qu’Allah l’agrée) faire face aux chefs de Quraysh : « Par Dieu, si vous pensez que j’ai demandé à prier par peur de la mort, vous vous trompez, dit-il. »
Sa`îd (qu’Allah l’agrée) vit alors les gens commencer à démembrer le corps de Khubayb (qu’Allah l’agrée) alors que celui-ci était toujours vivant, tout en se raillant de lui : « Ne préférerais-tu pas voir Muhammad à ta place et être libre ? »
Tandis que son sang coulait, il répondit : « Par Dieu, je n’aimerais pas être sain et sauf au sein de ma famille tout en sachant qu’une seule épine a pu blesser Muhammad (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). »
Les poings levés, les Qurayshites criaient : « Tuez-le ! Tuez-le ! »
Sa`îd regarda Khubayb (qu’Allah les agrée) lever les yeux au ciel au-dessus de la croix de bois : « Considère-les tous, ô Seigneur ! dit-il, détruis-les et n’en épargne aucun ! » Ensuite, Sa`îd (qu’Allah l’agrée) ne put compter le nombre d’épées et de lances qui transpercèrent le corps de Khubayb (qu’Allah l’agrée).
Les Qurayshites retournèrent à la Mecque et oublièrent rapidement cette exécution. Khubayb (qu’Allah l’agrée) et sa mort étaient toujours présents dans l’esprit de Sa`îd (qu’Allah l’agrée) qui approchait maintenant de l’âge adulte. Dans ses rêves, Sa`îd (qu’Allah l’agrée) le voyait devant lui, calme et satisfait, priant ses deux rak’at, devant la croix de bois. Il entendait également l’écho de sa voix lorsqu’il invoqua le châtiment d’Allâh sur les Qurayshites. Il craignait que le tonnerre ou toute autre calamité ne le frappe.
Khubayb (qu’Allah l’agrée), par sa mort, avait appris à Sa`îd (qu’Allah l’agrée) ce qu’il n’avait jamais réalisé jusqu’alors : que la vraie vie était la foi et la conviction ainsi que la lutte dans le sentier de la foi, même jusqu’à la mort. Il lui apprit également qu’une foi profondément ancrée peut faire des merveilles et des miracles. Il lui apprit autre chose : l’homme qui inspirait un amour tel que celui de Khubayb (qu’Allah l’agrée) ne pouvait être qu’un prophète bénéficiant de la faveur divine.
Ainsi, le cœur de Sa`îd (qu’Allah l’agrée) s’ouvrit à l’islam. Il se leva dans une assemblée de Quraysh et annonça qu’il s’affranchissait de leurs péchés et de leur fardeau. Il renonça à leurs idoles et leurs superstitions et proclama son entrée dans la religion de Dieu.
Sa`îd Ibn `Âmir (qu’Allah l’agrée) émigra vers Médine et s’attacha au Prophète — paix et bénédictions sur lui —. Il prit part, avec le Prophète — paix et bénédictions sur lui —, à la bataille de Khaibar ainsi qu’à d’autres engagements par la suite. Après la mort du Prophète — paix et bénédictions sur lui —, Sa`îd (qu’Allah l’agrée) continua de servir activement l’islam sous ses deux successeurs Abu Bakr et `Omar (qu’Allah les agrée). Il mena la vie unique et exemplaire du croyant soucieux de l’au-delà. Il rechercha la satisfaction et les bénédictions de Dieu bien plus que les désirs égoïstes et les plaisirs matériels.
Abû Bakr et `Omar (qu’Allah les agrée) le connaissaient pour son honnêteté et sa piété. Ils l’écoutaient et suivaient ses conseils. Sa`îd (qu’Allah l’agrée) vint une fois voir `Omar (qu’Allah l’agrée) au début de son califat et dit : « Je t’invite à craindre Dieu lorsque tu traites avec les gens et à ne pas craindre les gens dans ta relation avec Dieu. Ne laisse pas les actions dévier de tes paroles, car le meilleur discours est celui qui est confirmé par l’action. Tiens compte de ceux à qui ont été confiées les affaires des musulmans, de près ou de loin. Aime pour eux ce que tu aimes pour toi et ta famille et rejette pour eux ce que tu rejettes pour toi et ta famille. Surmonte tout obstacle pour atteindre la vérité et ne crains pas les dires de ceux qui critiquent les prescriptions de Dieu.»
« Qui peut être à la hauteur de cela Sa`îd ? demanda `Omar (qu’Allah l’agrée).
– Un homme tel que toi, à qui Dieu a confié les affaires de la communauté de Muhammad (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) et qui se sent responsable vis-à-vis de Dieu seul, répondit Sa`îd (qu’Allah l’agrée).
– Sa`îd, dit-il, je te nomme gouverneur de Hims.
– `Omar, implora Sa`îd (qu’Allah l’agrée), je te demande par Dieu de ne pas causer mon égarement par la préoccupation des affaires de ce bas monde.
– Tu as placé sur moi la responsabilité du califat et maintenant tu m’abandonnes ! dit `Omar (qu’Allah l’agrée) fâché.
– Par Dieu, je ne t’abandonne pas, répondit rapidement Sa`îd (qu’Allah l’agrée). »
`Omar (qu’Allah l’agrée) le nomma donc gouverneur de Hims en Syrie et lui offrit une somme d’argent. « Que dois-je faire de ceci, ô, Amir Al-Mu’minîn ? demanda Sa`îd (qu’Allah l’agrée), l’allocation de bayt al-mâl (Trésor public) sera plus que suffisante pour mes besoins. » Avec cela, il se dirigea vers Hims.
Quelque temps après, une délégation en provenance de Hims, composée de personnes en qui `Omar (qu’Allah l’agrée) avait confiance, vint en visite à Médine. Il leur demanda d’inscrire les noms des pauvres à Hims afin qu’il puisse subvenir à leurs besoins. Ils préparèrent une liste où le nom de Sa`îd Ibn `Âmir (qu’Allah l’agrée) était mentionné.
« Qui est Sa`îd Ibn `Âmir ? demanda `Omar (qu’Allah l’agrée).
-Notre émir, répondirent-ils.
-Votre émir est pauvre ? demanda `Omar (qu’Allah l’agrée), perplexe.
-Oui, affirmèrent-ils, par Dieu, plusieurs jours passent sans qu’un feu ne soit allumé dans sa maison. »
`Omar (qu’Allah l’agrée) en fut très ému et il pleura. Il prit mille dinars, les mis dans une bourse et dit : « Faites-lui parvenir mon salut et dites-lui que l’Émir des Croyants a envoyé cet argent pour l’aider à subvenir à ses besoins.»
La délégation se présenta à Sa`îd (qu’Allah l’agrée) avec la bourse. Quand il vit qu’elle contenait de l’argent, il la refusa et dit : « À Dieu nous appartenons et vers Lui sera notre retour. »
Il le dit comme si un grand malheur venait de le toucher. Sa femme, alarmée, se rua vers lui et demanda : « Que se passe-t-il Sa`îd ? Est-ce que le Calife est mort ?
-C’est pire que ça.
-Les musulmans ont-ils été vaincus lors d’une bataille ?
-C’est pire que ça. Ce bas monde est tombé sur moi pour corrompre mon audelà et créer le désordre dans ma maison.
-Alors, débarrasse-toi de lui, dit-elle sans rien savoir des fameux dinars.
-M’aideras-tu à le faire ? demanda-t-il »
Elle accepta. Il prit les dinars, les mit dans un sac et les distribua aux pauvres parmi les musulmans.
Peu de temps après, `Omar Ibn Al-Khattâb (qu’Allah l’agrée) se rendit en Syrie pour se rendre compte des conditions qui y régnaient. Lorsqu’il arriva à Hims, également appelée « petite Kûfah », car, comme à Kûfah, ses habitants se plaignaient de leurs dirigeants, il demanda ce qu’ils pensaient de Sa`îd (qu’Allah l’agrée). Ils se plaignirent de quatre habitudes qu’il avait, tout aussi grave l’une que l’autre.
« Je vais vous mettre face à face, promit `Omar (qu’Allah l’agrée), et je jure par Dieu que mon opinion à son sujet n’en sera pas touchée. J’ai toujours eu une grande confiance en lui. »
Quand le rendez-vous fut fixé, `Omar (qu’Allah l’agrée) les questionna sur les plaintes qu’ils avaient à son sujet.
« Il vient nous voir seulement quand le soleil est déjà bien haut, dirent-ils.
-Que réponds-tu à cela Sa`îd ?, demanda `Omar (qu’Allah l’agrée). »
Sa`îd (qu’Allah l’agrée) resta silencieux un instant, puis il dit : « Par Dieu, je ne voulais vraiment pas dire ceci, mais il semble ne pas y avoir d’autre solution. Ma famille ne dispose pas d’aide domestique alors je me lève chaque matin et je prépare la pâte pour le pain. J’attends qu’elle lève et je la fais cuire. Ensuite, je sors voir les gens.
-De quoi d’autre vous plaignez-vous ? demanda `Omar (qu’Allah l’agrée).
-Il ne répond à personne pendant la nuit, dirent-ils.
-Par Dieu, dit Sa`îd (qu’Allah l’agrée) à contrecœur, j’aurais voulu garder cela pour moi. Je réserve ma journée pour eux et ma nuit pour Dieu, qu’Il soit Glorifié.
-Et quelle est votre autre plainte à son sujet ? demanda `Omar (qu’Allah l’agrée) (qu’Allah l’agrée).
-Un jour par mois, il ne vient pas nous voir, dirent-ils.
-Je n’ai pas d’aide domestique, ô, Amir Al-Mu’minin !, répondit Sa`îd (qu’Allah l’agrée), et je n’ai pas de vêtements à part ceux que je porte. Une fois par mois, je les lave et j’attends qu’ils sèchent. Puis, je sors plus tard dans la journée.
-Y a-t-il une autre plainte ? demanda `Omar (qu’Allah l’agrée).
-De temps en temps, il s’évanouit pendant les réunions, dirent-ils.
-J’ai été témoin de la mise à mort de Khubayb Ibn `Adiyy alors que j’étais mécréant, répondit Sa`îd (qu’Allah l’agrée). J’ai vu les Qurayshites le découper et lui dire : « Ne préférerais-tu pas voir Muhammad à ta place et être libre ? ». À cela, Khubayb a répondu : « Par Dieu, je n’aimerais pas être sain et sauf au sein de ma famille tout en sachant qu’une seule épine a pu blesser Muhammad. » Par Dieu, chaque fois que je me rappelle ce jour où je ne l’ai pas secouru, je pense seulement que Dieu ne me pardonnera pas et je m’évanouis.
-Louange à Dieu, dit `Omar (qu’Allah l’agrée), mon estime à son sujet n’a pas été entachée. »
Plus tard, il envoya mille dinars à Sa`îd (qu’Allah l’agrée) pour l’aider. Quand sa femme vit la somme, elle dit : « Louange à Dieu qui nous a enrichis pour ton service ! Achète-nous quelques provisions et procure-nous une aide domestique.
-N’y a-t-il pas une façon meilleure de dépenser cette somme ? demanda Sa`îd (qu’Allah l’agrée). Dépensons-la pour chaque personne qui viendra à nous. Notre récompense sera meilleure, car nous agirons pour Dieu.
-Cela sera une meilleure chose, acquiesça-t-elle. »
Il mit les dinars dans de petits sacs et dit aux membres de sa famille : « Amenez ceci à la veuve d’untel, aux orphelins d’untel, aux nécessiteux de telle famille et aux indigents de la famille de telle personne. »
Sa`îd Ibn `Âmir Al-Jumahî (qu’Allah l’agrée) faisait partie de ceux qui se sacrifiaient même lorsqu’ils étaient lourdement touchés par la pauvreté. Qu’Allah soit satisfait de lui. Amine
Ô Allah ! Prie sur notre seigneur Mohammed, Celui qui a ouvert ce qui était clos, et clos ce qui a précédé, le soutien de la Vérité par la Vérité, le guide vers Ton droit chemin, ainsi que sur sa noble famille, selon sa valeur et à la mesure de son immense dignité.
Le pauvre serviteur en Allâh et disciple de Cheikh Ahmed Tidjani (qu’Allâh sanctifie son précieux secret),
Mohammed El Mansour El Mohieddine Tidjani
