Offrir la récompense (des œuvres) au noble et bien-aimé Prophète ﷺ
Réponse de Seyyidinâ Cheikh Ahmed Tidjânî (رَضِيَ اللهُ عَنهُ)
Sache que le Prophète ﷺ est totalement indépendant de toutes les créatures, dans leur globalité comme dans leurs détails, individuellement et collectivement — y compris de leurs prières sur lui et de leurs dons sous forme de récompenses d’actes pieux offerts pour lui.
Il se suffit de son Seigneur, tout d’abord, ainsi que de ce que Celui-ci lui a accordé en grâces immenses et en faveurs accomplies.
Il ﷺ occupe auprès de son Seigneur un rang que nul autre ne peut atteindre, et il n’a nul besoin, à ce niveau, de quelque surplus ou apport venant d’un autre.
Cela est confirmé par la Parole d’Allah, exalté soit-Il :
« Ton Seigneur t’accordera certes, jusqu’à ce que tu sois satisfait. » (Sourate Ad-Duḥā, v.5)
Ce don — bien que présenté d’une manière simple, accessible à l’intelligence humaine — cache une réalité dont même la plus infime partie échappe à la compréhension, à plus forte raison la totalité.
En effet, Allah lui accorde de Sa Grâce selon l’immensité de Sa Seigneurie, et Il comble la station du Prophète ﷺ selon son rang et sa proximité auprès de Lui.
Imagine donc un don provenant d’un rang divin infini, destiné à une position elle-même infinie : comment mesurer un tel don ? Et comment l’intellect humain pourrait-il en cerner l’ampleur ?
C’est pourquoi Allah dit :
« Et la grâce d’Allah sur toi est immense. » (Sourate An-Nisā’, v.113)
Et la plus basse des stations dans la richesse du Prophète ﷺ, c’est que depuis sa mission prophétique jusqu’à la fin des temps, toute personne œuvrant sincèrement pour Allah, parmi ceux qui sont entrés dans le cercle de sa mission prophétique ﷺ, verra ses œuvres — ainsi que leurs récompenses respectives, quelle qu’en soit l’ampleur — revenir au Prophète ﷺ.
Avec cela, il n’a nul besoin d’un surplus par l’envoi des récompenses d’autrui. Cette position manifeste une richesse spirituelle absolue, sans limite — et ce n’est là que la plus basse de ses stations dans la richesse !
Qu’en est-il alors de ce qui est au-delà ? De ces faveurs plus grandes encore, ces grâces sublimes et puissantes que même les pôles spirituels (aqṭāb) ne peuvent porter par la seule capacité de leurs intelligences — et à plus forte raison ceux qui sont en-dessous d’eux.
À la lumière de tout cela, comprends bien :
Il n’a aucun besoin des prières que les gens adressent sur lui ﷺ. Elles n’ont pas été prescrites pour qu’il en tire un bénéfice ﷺ.
Il n’a pas besoin non plus que les récompenses des actes lui soient offertes.
Celui qui imagine que l’envoi de récompenses peut “augmenter” sa station ou lui apporter un bénéfice est comme quelqu’un qui jette une goutte d’encre dans un océan dont la longueur, la largeur et la profondeur couvrent une distance de cent mille ans de marche, et croit, par cette goutte, apporter un supplément à l’océan !
Quelle nécessité cet océan a-t-il d’une telle goutte ? Et quel effet cela pourrait-il avoir ?
Lorsque tu as compris cela, que tu as perçu son immense richesse et son rang auprès de son Seigneur, alors sache que si Allah a ordonné à Ses serviteurs de prier sur le Prophète ﷺ, ce n’est pas pour que le Prophète bénéficie de cette prière — mais pour qu’ils prennent conscience de son rang élevé, de sa distinction auprès d’Allah, et de la supériorité de son élection sur toutes les créatures.
C’est aussi pour leur faire savoir qu’aucune œuvre n’est acceptée auprès d’Allah si ce n’est en recherchant la proximité d’Allah par l’intermédiaire du Prophète ﷺ.
Celui donc qui cherche la proximité d’Allah sans passer par lui, qui tourne le dos à son noble rang et se détourne de la législation contenue dans le message qu’il a apporté ﷺ, s’expose à la colère extrême d’Allah, à Sa malédiction, à l’éloignement, au rejet, et à la perte totale de ses œuvres.
Il n’y a pas de voie vers Allah si ce n’est par lui ﷺ — comme la prière sur lui ﷺ et la conformité à sa Loi.
Ainsi, la prière sur le Prophète ﷺ nous enseigne son immense valeur auprès de son Seigneur. Elle nous instruit sur la nécessité de passer par lui dans toutes les demandes et orientations, et non pour lui apporter un quelconque bénéfice, comme certains peuvent le croire à tort — car il est parfaitement indépendant, comme cela a été expliqué.
Quant à offrir la récompense (des œuvres) au Prophète ﷺ, réfléchis bien à ce que nous avons mentionné au sujet de sa richesse, puis considère cette autre image :
Imagine un roi d’une immense royauté, à la souveraineté colossale. Il possède dans son royaume des trésors innombrables, si vastes que chacun s’étendrait de la terre au ciel, remplis de pierres précieuses, d’or, d’argent, de cultures et de tout ce qu’on peut posséder.
En face de lui, un pauvre homme ne possède rien d’autre que deux morceaux de pain. Ayant entendu parler du roi, il se met à l’aimer profondément et à le vénérer dans son cœur.
Il lui offre donc un des deux morceaux de pain — non pas parce que le roi en a besoin, mais par amour et par exaltation.
Et bien que le roi n’ait nul besoin de cette offrande, il sait pertinemment que ce pauvre n’a donné cela que par amour et sincère vénération — et que s’il avait eu plus, il l’aurait donné.
Et le roi, en raison de sa grande générosité, ayant connaissance de la pauvreté du serviteur et de l’effort qu’il a fourni, ainsi que de la sincérité de l’intention dans son amour et sa vénération, manifeste de la joie et de la satisfaction envers ce pauvre et son cadeau — non pas parce qu’il en a besoin, mais en récompense de cette sincérité. Il récompense ce cadeau par un don inestimable, non pour le pain en lui-même, mais pour l’amour et la vénération sincères qui l’ont motivé.
Ainsi, à partir de ces proportions et de cet exemple, on comprend la portée de l’offrande de la récompense au Prophète ﷺ.
Quant à son indépendance de cette récompense, elle a été illustrée par l’image de l’océan et de la goutte d’encre.
Et quant à sa récompense de celui qui lui envoie cette offrande, elle est représentée par l’image du roi et du pain.
Wa-s-salām.
Fin de ce qu’il dicta (qu’Allah l’agrée).
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Le pauvre serviteur en Allah et disciple de Cheikh Ahmed Tidjani (qu’ALLAH sanctifie son précieux secret),
Mohammed El Mansour El Mohieddine Tidjani
